‹ Œuvres diversesChapitre 54 sur 273 · Sur Isis et Osiris, ebap. lvi · texte numérisé non relu

Sur Isis et Osiris, ebap. lvi

3. Ackerblad, toc. tard., p. 47. Malgré la certitude que j’ai de la valeur de chacun des éléments phonétiques du groupe I , je ne crois

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pas qu’il doive se lire cottu, mais seulement coth, et peut-être même seulement cor.

l’inscription hiéroglyphique de rosette 90

lémée et de Bérénice, mais sans réussir à assigner à chacun des signes qui les composent leur véritable valeur; ses autres lectures sont fausses, quoiqu’il ait rencontré juste dans la détermination de la valeur alphabétique de plusieurs caractères.

Quelque minces qu’ils soient, ces premiers résultats constitueraient en faveur du docteur Young un titre considérable, s’il ne les avait pas compromis lui-même en s’engageant dans une fausse voie, et en publiant des traductions tout aussi imaginaires que celles de ses devanciers. La solution du problème était réservée au génie de Champollion le jeune; c’est un honneur que personne ne peut lui disputer

Rentrant dans la voie qu'avaient indiquée les idées émises par Zoëga et par Warburton, et que Young avait si imparfaitement utilisées, Champollion réussit à reconnaître la grande importance du principe phonétique dans l’écriture hiéroglyphique. Sa brillante découverte de la fonction des caractères déterminatifs lui révéla le grand fait de l’emploi simultané, dans cette écriture, des signes phonétiques et des signes idéographiques. Le sceau du Livre Fermé était enfin brisé. Champollion marcha vite ; après huit ans d’études , il avait codifié la plupart des règles fondamentales de la langue des anciens Égyptiens, et si largement assis les bases de la science du déchiffrement, qu’il est juste de reconnaître que tous les progrès se trouvaient en germe dans les idées du maître. La Grammaire égyptienne qu’il nous a laissée est assurément l’une des œuvres les plus merveilleuses du génie deriiommc.

Champollion avait beaucoup travaillé sur les textes de la pierre de Rosette; c’est à cette étude qu’il fut redevable de son initiation, quoiqu’il eût aussi porté ses premières investigations sur d’autres monuments. On a retrouvé dans ses manuscrits un travail sur les inscriptions démotique et hiéroglyphique de Rosette. Ce travail n’a pas été publié, mais Letronne l’a consulté pour compléter ses explications

du texte grec1. On en trouve quelques phrases éparses dans la Grammaire égyptienne. M. Ch. Lenormant, dans sa traduction de l’inscription grecque, a d’ailleurs rapporté les interprétations fragmentaires que Champollion avait données du texte hiéroglyphique, et les a souvent accompagnées de bonnes et sages remarques2. Le mémoire deM. Lenormant est surtout utile pour faire juger des difficultés qu’offrait encore en 1840 l’explication de ce texte.

Dix ans plus tard, M. le docteur Henri Brugscli, l’un des hommes qui ont rendu les plus grands services à la science, publiait à Berlin une dissertation latine sur l’inscription hiéroglyphique de Rosette3, comprenant une copie du texte avec traduction interlinéaire. C’était un bon travail pour l'époque, et encore aujourd’hui un livre commode et utile pour l’étude.

Mais les disciples de Champollion n’étaient pas seuls sur la brèche. Des investigateurs d’un autre ordre s’appliquèrent aussi ;i l’explication du monument bilingue. Spohn et Palin furent de ce nombre. De leurs recherches, dépourvues de règle et de méthode, sont sorties des traductions, complètes comme on devait s’y attendre, mais dont il ne restera rien de plus que de celles du jésuite Kircher. Le même oubli est réservé à celle que le docteur Uhlemann a fait paraître en 1853 sous ce titre pompeux : « Inscriptionis Roseitanw » decretum sacerdotale accuratissime recognovit, latine » vertit , explicavit, cum versione grœca aliisquc ejusdeni » temporis monumentis hieroglyphicis contulit atque com- » posait, glossario instruxit Mari midi anus Adolphus » Uhlemann. Lipsiœ, Libraria Dykiana. »

1. Letronne, Inscription grecque de Rosette, Paris, Firinin Diclot,

2. Ch. Lenormant. Essai sur le texte grec de l'inscription de Rosette, Paris, Leleux, 1840.

3. Inscriptio Rosettana hicroglgphica , etc. Berolini, Lib. Duemmler,

En annonçant cette publication, l’auteur exprimait son espoir de la voir conduire à heureuse fin la guerre qu’il avait entreprise contre lecole de Champollion ; il prenait d’ailleurs la précaution de faire ses réserves contre les critiques qu’il s’attendait à voir se produire, déclarant qu’il n’aurait égard qu’à celles des savants orientalistes, profondément versés dans la connaissance du copte'. Mais ni les égyptologues, ni les coptologues, ni les orientalistes, savants ou non, ne daignèrent prêter la moindre attention à l’œuvre de notre adversaire, malgré les prodigieux résultats qu’il annonçait, et son livre est allé disparaître sans bruit dans le gouffre de l’oubli, tombe commune de tous les systèmes imaginaires.

En fait, l’école de Champollion n’a consacré à l’explication du monument de Rosette qu’un bien petit nombre de publications. Il ne faut pas s’en montrer surpris : la pierre a perdu une portion considérable de sa partie supérieure et se trouve en outre échancrée à ses deux angles inférieurs. Du texte hiéroglyphique, les premiers groupes conservés se rapportent à la ligne 27 du grec; mais ces groupes sont tellement frustes qu’on en peut à peine tirer parti; il en est de même de ceux qui se voient à la deuxième ligne. Ce qui reste d’un peu suivi dans la partie hiéroglyphique correspond à la ligne 31 de l’inscription grecque, qui ne comprend en tout que 54 lignes. Mais les lignes hiéroglyphiques sont fort loin d’être entières; une double cassure les a entamées toutes plus ou moins profondément. Il en résulte que, loin de reproduire les vingt-quatre dernières lignes du grec, elles n’en représentent guère que la moitié, ce qui correspond à environ un quart seulement de l’inscription entière, et encore cette correspondance est-elle notablement restreinte par les lacunes du texte grec, dont il n’est pas une seule ligne qui n’ait perdu ses derniers mots dans la cassure des

1. Z eitschrift der deutsch. Morg. Gcsellsch., Band 7, p. 611.

l’inscription hiéroglyphique de rosette

coins de la pierre; de telle sorte que l’insuffisance des hiéroglyphes est souvent aggravée par l’insuffisance du texte grec.

Ces débris de l’inscription hiéroglyphique se prêtaient mal, on le conçoit aisément, aux recherches philologiques : il fallait compléter par hypothèse la plupart des phrases; d’un autre côté, les références au grec rencontraient précisément des passages interrompus par des lacunes; il était conséquemment difficile de ressaisir l’enchaînement des deux textes, et peu sûr de s'y appuyer pour expliquer d’autres documents. D’un autre côté, les égyptologues n’étaient pas excités par le désir de faire connaître le contenu de l’inscription, ni par l’espoir d’arriver à des constatations historiques de quelque importance. Le texte grec avait tout dit, et personne ne songera sérieusement, même aujourd’hui, à rien ajouter d’essentiel aux travaux de Letronne et de ses devanciers.

11 ne faut pas croire cependant que ce texte eut été complètement laissé de côté par les disciples de Champollion. Au contraire, tous l’ont interrogé au début de leurs études; tous en ont fait des traductions plus ou moins complètes, qu’ils n’ont pas jugées dignes de la publicité, et qu’on connaît seulement par quelques passages cités dans des dissertations philologiques.

L’utilité d’une traduction complète de ce texte n’est guère plus appréciable aujourd’hui, quoiqu'il soit possible d'en expliquer à peu près complètement toutes les parties lisibles. Cette possibilité est une conséquence naturelle des grands progrès réalisés pendant ces dernières années par la science du déchiffrement. A ces progrès, chacun des disciples de Champollion a contribué dans la mesure de ses forces et de son activité. C'est ainsi, par exemple, pour citer quelques faits dans le cadre des découvertes qui ont été directement utiles à l’interprétation du monument de Rosette, que M. Brugsch a constaté la véritable lecture et la signification

L INSCRIPTION HIEROGLYPHIQUE DE ROSETTE

du groupe ^ , epne, temple, dont les éléments, consi¬

dérés isolément, donnaient le sens porte de maison. Le même savant a de même correctement expliqué l’expression

doit de Rougé la première mention du signe employé pour exprimer la préposition vx, et à

M. Bircli l’explication de la formule RUT

J’avais, de mon côté, reconnu la valeur du groupe

D’autres travailleurs ont aussi apporté quelques pierres à l’édifice, qu’on peut désormais élever sans beaucoup do peine.

La traduction que j’ai préparée depuis bien des années, et que j’ai complétée à mesure que les nouvelles conquêtes de la science m’en fournissaient l’occasion, n’était pas destinée à la publicité. Je m’étais cependant déterminé à la joindre comme accessoire à l’analyse du grand texte bilingue de Canope. Mais cette analyse entrant dans le plan du travail de M. Lepsius sur ce nouveau texte, je n’ai pas à aborder ce sujet dans une publication qui ferait double emploi avec celle de mon savant confrère et ami de Berlin. Je me décide en conséquence à communiquer au public la portion de mon mémoire qui concernait l’inscription de Rosette.

Si, comme je l’ai dit, cette publication ne peut prétendre à une utilité bien grande pour les égyptologues, elle servira du moins à mettre un terme aux fausses appréciations qui se font encore jour, de temps à autre, au sujet de l’état d’avancement et des ressources de notre science. Dans ses attaques violentes contre le système de Champollion, Sir Cornwall Lewis se faisait une arme de la circonstance que les égyptologues s’étaient montrés impuissants à traduire le texte hiéroglyphique de Rosette. Tout dernièrement encore, un helléniste français présentait la découverte du décret de

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Canope comme une ressource inespérée pour couronner cinquante années d’efforts continus1 2.

Sans aucun doute, la science égyptologicjue comprend encore beaucoup de questions embarrassantes, beaucoup de problèmes sans solution; mais s'il reste des points de doute pour l’intelligence des textes, ce n’est pas à coup sûr à propos do ceux dont nous possédons la traduction en grec. Il ne peut y avoir dans ce cas d’autres difficultés que celles (pii résultent d’un état incomplet des textes, et des difficultés de ce genre sont communes aux monuments de toute époque et de toute langue. Si, d’un autre côté, on rencontre des obstacles spéciaux à la nature de certains sujets, le grec n’en est pas plus exempt (pie l’égyptien. Les tâtonnements des traducteurs de l'inscription hiéroglyphique de Rosette ont leur contre-partie dans ceux des interprètes du texte grec. Que l’on compare entre eux les versions et les commentaires de Dutheil, d’Ameilhon, de Heyne, de Villoison, de Porson, de Drumann, de Ch. Lenormant et enfin de Letronne, et l’on reconnaîtra que, pas plus que les égyptologues, les hellénistes n’arrivent du premier jet à la perfection.

Ma traduction, pour laquelle je n’ai pas eu à faire appel à l’appui surabondant que m’offrait le texte bilingue de Canope, pourra servir d'annexe et de supplément au travail de M. Lopsius sur ce dernier document. Pour épargner aux lecteurs l’embarras des recherches dans de gros in-folio, j’y ai joint, dans la planche I, une réduction photographique du texte hiéroglyphique de Rosette, d’après la copie publiée par M. Lepsiusb La planche II donne la disposition du monument entier et montre la proportion de ce qu’il nous reste des trois textes3.

1. Voir à ce propos mou ouvrage intitulé : Voyage d’un Égyptien, etc., Introduction, Note additionnelle.

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