A LA FIN D'UNE RETRAITE ANNUELLE
59. Notre sanctification est en la volonté de Dieu, à laquelle dès longtemps je me suis abandonnée sans aucune réserve selon l'attrait que sa divine Providence m'en a toujours donné : en suite de quoi je lui laisse et délaisse, derechef, le soin de vouloir pour moi, et en faire tout ce qu'il lui plaira, et de toutes choses, me résolvant et déterminant, moyennant sa divine grâce, d'embrasser et faire cette divine volonté en tout ce que je la
pourrai connaître : 1° en fontes les choses où elle m'est signifiée; 2° en tous événements, quels qu'ils soient; pour suivre fidèlement les volontés et désirs du prochain, ce que j'embrasse et i suivrai au péril de toutes mes inclinations, en tout ce qui ne sera point péché. Comme je suis résolue de tenir ma volonté si simplement unie, en toutes choses, à celle de mon Dieu, que rien ne soit entre deux, et de ne désirer jamais d'autres bras pour me porter, ni d'autre sein pour me reposer que le sien et sa Providence, je l'entreprendrai en la seule confiance en la grâce divine, me voyant dépouillée entre ses mains sans aucune réserve : désir de mort, ni de salut, ni de prétentions de choses quelconques, laissant tout mon être, pour le temps et l'éternité, aux soins et dispositions de son amour éternel , auquel je me confie et repose, sans étendre ma vue ailleurs, espérant qu'il accomplira en moi ses éternels desseins , et l'en supplie de tout mon cœur très-humblement, et d'ôter de moi tout ce qui lui déplaît. 0 éternelle Providence, au soin de laquelle je laisse tout mon être, pour en disposer pour le temps et l'éternité, selon son trèsbon plaisir, n'en voulant plus avoir souci, ains celui seul de me remettre et reposer, en esprit de très-simple confiance, lui rapportant tout, et m'adressant à Dieu en tout, sans nulle réflexion sur le passé, sur le présent ni sur l'avenir; mais seulement me rendre fidèle es occasions que sa divine Providence me présentera dans chaque moment. Bref, avec sa grâce, je me suis résolue de m'anéantir et me perdre toute en lui, et d'y tenir ma vue simplement arrêtée sans l'en divertir volontairement, l'y remettant simplement, quand je m'apercevrai distraite : suivre la lumière du bien ; faire tout en esprit de repos. Amen, Jésus, Amen.
60. Notre sanctification est en la volonté de Dieu, et notre perfection gît à nous y conformer par une très-fidèle obéissance à ses commandements, conseils, règles de notre vocation, au
juste désir du prochain et à la lumière du bien que nous connaîtrons. Quant à la volonté du bon plaisir, il la faut laisser vouloir pour nous, et en faire, et de toutes choses, ce que bon lui semblera, ne regarder pas les choses qui arrivent, en elles; mais, cette volonté seule, aux événements grands et petits, fâcheux ou agréables, l'aimant également en tout, et y acquiesçant très-simplement sans divertir ma vue ailleurs.
61. 0 très-divine volonté, qui m'avez environnée de vos miséricordes, je vous en rends infinies actions de grâces, et vous adore du profond de mon âme, et de toutes mes forces et affections ; j'abandonne et remets tout mon être, pour le temps et l'éternité, à votre merci, vous suppliant de toute l'humilité de mon cœur d'accomplir en moi vos éternels desseins, sans me permettre que j'y donne aucun empêchement. Vos yeux divins qui pénètrent les intimes replis de mon cœur, voient que mon unique désir est en l'accomplissement de vos très-saints contentements et bons plaisirs; mais ils voient aussi mon imbécillité et impuissance; c'est pourquoi, prosternée aux pieds de votre infinie miséricorde, je vous conjure, mon Sauveur, par l'équité et douceur de cette même très-sainte volonté, et par l'assistance de votre très-sainte Mère, m'octroyer la grâce de faire et souffrir tout ce qu'il lui plaira, comme il lui plaira, afin que, consommée au feu de cette très-amoureuse volonté, ce lui soit une victime et holocauste agréable, qui, sans fin, le loue et bénisse avec tous les saints, par tous les siècles. Amen.
D'après les citations faites par la Mère de CJiaugy , dans sa Vie de notre sainte Mère Jeanne-Françoise de Chantai, (lesquelles citations sont, dit-elle, extraites du Petit Livret) r
il est évident que la copie manuscrite de nos archives n'est qu'une partie de ce précieux Petit Livret, attendu que plusieurs de ces citations ne se trouvent pas dans ladite copie.
Si la publication de ces précieux fragments pouvait nous faire découvrir le Petit Livret en son entier, nous bénirions à jamais la douce Providence de la communication qui nous serait faite de ce cher trésor.