EXERCICES FAITS EN RETRAITE
51. Je veux bien que vous continuiez l'exercice du dépouillement de vous-même, vous laissant à Notre-Seigneur et à moi, Mais, ma très-chère Mère, entrejetez quelques actes de votre part, par manière d'oraison jaculatoire, en approbation des dépouillements, comme, par exemple : «Je le veux, Seigneur, tirez hardiment tout ce qui revêt mon cœur. 0 Seigneur! non, je n'excepte rien, arrachez-moi à moi-même! 0 moi-même! je te quitte pour jamais, jusqu'à ce que mon Seigneur me commande de te reprendre! » Cela doit être fait doucement, mais fortement entrejeté. Encore ne faut-il pas, ma très-chère Mère, s'il vous plaît, prendre aucune nourrice; mais, comme vous le voyez, il faut quitter celle que néanmoins vous avez, et demeurer comme une pauvre chétive créature devant le trône de la miséricorde de Dieu, et demeurer toute nue sans demander jamais ni affection ni action quelconque pour la créature, et néanmoins demeurez indifférente pour toutes celles qu'il lui plaira vous envoyer, sans vous amuser à considérer que ce sera moi qui vous servirai de nourrice à votre gré, car autrement vous ne sortiriez donc pas de vous-même, et auriez toujours votre compte, qui est néanmoins ce qu'il faut fuir sur toutes choses. Ces renoncements sont admirables : sa propre estime, ce que l'on était selon le monde, qui n'était en vérité rien, sinon en comparaison des misérables; sa propre volonté, sa complaisance en toutes créatures et en l'amour naturel, et, en somme, en tout soi-même, qu'il faut ensevelir dans un éternel abandonnement, pour ne le voir ni savoir comme nous l'avons eu ou su, ains seulement comme Dieu l'ordonnera.
Ecrivez-moi comme vous trouverez cette leçon bonne; il faut répéter cet exercice tous les ans, mais doucement et sans effort,
le confirmant simplement. 0 Dieu! que de consolations à mon âme de savoir ma Mère toute nue devant Dieu, au nom de Jésus- Christ, et pour son pur amour!
52. J'ai voué, par l'avis de mon Bienheureux Père, Tan 1611, que quand je connaîtrais clairement et distinctement, sans doute, ce qui sera plus agréable à mon Dieu et plus parfait, pourvu que j'aie le loisir de faire l'élection , que, moyennant sa grâce , je le ferai sans restriction de chose quelconque. Je viens de confirmer mon vœu ce jour de la conversion de saint Paul, 1627. Veuille mon Sauveur que ce soit à sa gloire ! j'en supplie sa bonté, par l'intercession de sa sainte Mère, de saint Jean l'Evangéliste et de mon Bienheureux Père. Amen.
53. Dès le trépas de notre Bienheureux Père, je l'ai entendu en songe trois fois; en l'une, il me dit : 1° Dieu m'a envoyé à vous, pour vous dire que son dessein sur vous est que vous soyez extrêmement humble. 2° Dieu m'a commandé de vous rendre une parfaite colombe, 3° Ne vous plaignez jamais d'aucun manquement que Ion vous puisse faire , ne vous courroucez point pour ceux qui se feront au monastère; mais dites seulement : Quoi! les servantes de Dieu doivent -elles faire telles fautes? Ne vous empressez point; faites toutes choses avec V esprit de repos et de tranquillité.
54. Saint Jérôme dit que chacun offrait au temple selon ses moyens : les uns de l'or, de l'argent, des pierres précieuses; les autres de la soie, du drap d'or, de la pourpre. Pour moi, il me suffira, si j'offre au temple des poils de chèvre et des peaux de bête. Or, que les autres présentent à Dieu leurs vertus et œuvres héroïques et excellentes, et leur contemplation relevée; moi, il me suffira d'offrir à Dieu ma bassesse, mes misères, me tenant pour chétive, misérable, imparfaite et pécheresse, et me prt enter devant sa Majesté comme une pauvre nécessiteuse et
chétive créature. Oh ! que nous serions heureuses si nous ne prenions pas garde à ce que nous souffrons ou faisons, ains seulement que nous sommes en l'accomplissement de la volonté de Dieu, et que ce fût là tout notre contentement! *,
55. J'ai reconnu, par la grâce de Notre-Seigneur, que mes manquements procèdent de n'être pas assez attentivement attentive à Dieu et sur moi-même, ce qui m'empêche la pratique de la douce acceptation et acquiescement en tout ce qui m'arrive, et § encore plus celui de l'attention de faire tout pour Dieu, et d'être fidèle à faire le bien que je connais, et que je suis obligée. J'ai vu encore que je n'arrête pas mon esprit assez simplement à l'oraison, que j'y veux toujours faire quelque chose, en quoi je fais très-mal, puisque Dieu ne veut de moi que cet unique regard en toutes choses, par une très-simple remise et confiance, sans faire des actes. J'ai vu aussi que je m'empresse trop à faire ce qui me survient, j'en ressens un peu d'ardeur, portée du désir d'être déchargée de cela. Je laisse trop entrer les affaires et les choses qui ne servent de rien, en mon esprit, ce qui me cause de grandes distractions et éloignements du souvenir de Dieiic Or, je désire, moyennant sa divine bonté, sans laquelle je ne peux rien, de mettre ordre à mon amendement. Je me veux opiniâtrer fermement à retrancher et séparer de mon esprit tout cela, et le tenir, le plus que je pourrai, dans cet unique regard et très-simple unité, qui me suffit pour tout faire, par ordre ,
y peu penser et ne m'empresser nullement pour en être quitte : faire le bien et fuir le mal, et voir, trois fois le jour, si je le fais. Ce que je ferai moyennant Dieu.
56. 0 Bonté souveraine de la souveraine Providence de mon Dieu ! je me délaisse à jamais entre vos bras , soit que vous me soyez douce ou rigoureuse. Menez-moi meshuy, par là où il vous plaira, je ne regarderai point le chemin par où vous me ferez
passer, mais, à vous, ô mon Dieu, qui me conduisez. Mon âme ne trouve point de repos hors des bras et du sein de cette céleste Providence, ma vraie mère, ma force et mon rempart; c'est pourquoi je me résous, moyennant votre aide divine, ô mon Sauveur, de suivre vos désirs et vos ordonnances, sans jamais regarder ni éplucher les causes, pourquoi vous faites plutôt ceci que cela; ains, à yeux clos, je vous suivrai selon vos volontés divines sans rechercher mon propre goût. C'est à quoi je me détermine, de laisser tout faire à Dieu, ne me mêlant que de me tenir en repos entre ses bras, sans désirer chose quelconque que selon qu'il m'insistera à vouloir, à désirer, à souhaiter. Je vous offre cette résolution, ô mon Dieu, vous suppliant de la bénir, entreprenant le tout, appuyée sur votre bonté, libéralité et miséricorde, et en la totale confiance de vous, et méfiance de moi , et de mon infinie misère et infirmité.
57. J'ai eu cette vue que Dieu veut que j'aille à lui de toutes choses, très-simplement et droitement sans entremise de chose quelconque, et que je me contente de ce très-simple regard en lui, sans aucun acte , mais par un absolu et entier abandonnement de tout ce que je suis et de toutes choses à sa sainte volonté, demeurant dans un repos d'amoureuse confiance en son soin paternel pour tout ce qui me concerne, sans réserve, lui laissant vouloir pour moi, et faire tout ce qu'il lui plaira et de toutes choses, sans que jamais je me veuille arrêter volontairement à regarder ce qui se passe en moi, ni à chose quelconque. Mais je me tiendrai en lui, le regardant et le laissant faire, acquiesçant simplement à tout ce qu'il lui plaira, avec l'aide de sa grâce, en laquelle je me résous d'éviter même l'ombre du mal ; de faire tous mes exercices et toutes mes actions le mieux que je pourrai, et d'employer fidèlement les occasions que sa Providence me donnera pour la pratique des vertus, soit dans Faction ou dans la souffrance. Je tâcherai d'être modérée en
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tout et de parler tardivement. Mon Sauveur, guidez-moi et m'aidez.
58. Résolutions renouvelées au commencement de mon année soixante ^deuxième. 1° D'observer inviolablement la dernière pratique que notre Bienheureux Père m'a donnée, de ne plus vivre selon la nature, mais entièrement selon la lumière de la grâce, laquelle je me suis totalement déterminée de suivre fidèlement sans réserve, moyennant sa sainte assistance. 2° De débarrasser mon esprit du souvenir de tout ce qui n'est point Dieu , sinon autant que la nécessité de mes justes devoirs m'y obligera, mais surtout quand j'irai faire mes exercices spirituels, faisant état, durant ce temps-là, qu'il n'y a que Dieu et moi au monde. 3° Je parlerai peu, et tacherai de dire beaucoup en me taisant, par la modestie, patience et recueillement en Dieu , et cette entreprise n'est faite que sur le seul fondement de l'humble et filiale confiance que mon Dieu m'assistera pour accomplir cette sienne volonté en moi, laquelle j'adore et chéris comme mon unique prétention et désir en toutes mes actions. Amen, Amen.