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ET INTÉRIEUR

Mes chères filles, je veux bien, puisque vous le désirez, vous dire quelques mots du dépouillement, et c'est avec raison, d'autant que nous voici proches de la fin de l'année.

Notre Bienheureux Père a sagement institué les changements pour nous montrer qu'il nous faut dépouiller, non-seulement des choses extérieures, mais aussi des intérieures. C'est indigne d'une àme religieuse de s'attacher à autre chose qu'à Dieu, et de loger ses affections ailleurs.

Ce n'est pas grand'chose, ce semble, d'être un peu attachée aux images, au chapelet, à une croix, à une cellule, à sa charge ; néanmoins , il ne le faut pas faire, car cela servirait d'obstacle à notre perfection, et nous ferions contre la perfection du vœu de la sainte pauvreté, et contre l'esprit de notre Institut, qui nous montre bien que nous ne pouvons pas même nous attacher

aux choses qui nous sont données pour notre usage , puisqu'il est ordonné qu'on nous les changera. Mais d'être attachée à sa volonté propre, à son jugement et à son opinion, à sa propre estime, à ses intérêts et satisfactions, et de vouloir être aimée, oh! que cela est bien plus dangereux et nuisible à notre avancement, et beaucoup plus malaisé à découvrir et déraciner!

Or, je vous veux donner seulement deux pratiques du dépouillement pour ne pas beaucoup charger votre esprit : c'est l'humilité et la douceur : il se faut dépouiller de la vanité, de la bonne opinion que nous avons de nous-mêmes.

Oh! que nous avons sujet de nous anéantir, de nous mésestimer, et non pas d'avoir de la complaisance; tenons-nous donc basses et petites aux yeux de Notre -Seigneur, des créatures et de nous-même; car, enfin, nous nous tenons si peu rabaissées et si peu humiliées, que c'est pitié ! Nous avons trop bonne opinion de nous-mêmes, partant, connaissons-nous bien, et nous tenons simplement pour ce que nous sommes; autrement nos affaires n'iront pas bien, et nous ne prendrons pas bien l'esprit de l'Institut. Soyons donc telles, je vous supplie, mes chères Sœurs, que l'on ne voie respirer qu'humilité en nos paroles, en nos actions et déportements, et que cette vertu remise davantage en nous.

La douceur, selon que l'entend notre Bienheureux Père, nous fera dépouiller de nos inclinations et passions, et nous rendra gracieuses envers le prochain, et tranquille en nous-mêmes, sans nous chagriner de nos imperfections, ne recevant aucune sécheresse et dureté de cœur, quoi qu'il nous arrive. Je vous souhaite cette cordialité et cette douceur.

Si notre saint Fondateur n'en avait fait un Entretien, j'en parlerais davantage, tant j'ai d'affection de la voir régner parmi nous. La vraie douceur et dilection n'est autre chose qu'un amour de cœur qui nous fait tirer à nous, par compassion, toutes les peines, souffrances et défauts de nos Sœurs, pour y

compatir. Cette dilection doit être si grande les unes envers les autres, que si une Sœur nous demandait une pièce de notre cœur, nous la lui devrions donner, si c'était en notre pouvoir.

Oh! que nous sommes bien éloignées de ces sentiments -là, puisque même nous ne leur donnons pas librement et gracieusement, un réchaud , un pot, une corbeille, un mouchoir, ou choses semblables ; et néanmoins la Sœur a tout autant de part que nous à ce qu'elle nous demande à emprunter.

Or, je sais bien que tant que nous vivrons nous ferons continuellement des manquements, et je ne m'en étonne point; mais de toujours commettre les mêmes, cela montre que nous ne travaillons pas assez fidèlement à notre amendement; car dès que nous connaissons quelques imperfections en nous, nous devrions tellement bander nos efforts de ce côté-là, que nous nous en affranchissions, d'autant que ces imperfections étant corrigées, il en renaîtra d'autres, et ainsi nous avons assez d'ouvrage, et Notre-Seigneur a coutume d'en laisser pour nous tenir en humilité. Mais, pour Dieu, prenons un grand courage , et quaud nous aurons commis quelques fautes, ne craignons point de mettre les genoux en terre, pour demander pardon à la Sœur envers laquelle nous avons failli, et nous réparerons suffisamment notre défaut devant Dieu et devant les créatures; mais qu'on ne néglige pas, je vous prie, cette pratique, qui nous doit être en recommandation particulière, puisqu'elle nous a été conseillée et recommandée par notre Bienheureux Père.

C'est un des plus sensibles crève-cœur que nous puissions avoir à l'heure de la mort, que de n'avoir pas bien vécu et fait notre profit des avertissements et corrections qui nous auront été faits, et même des enseignements qui nous auront été donnés. Oui, nous aurons beaucoup de regrets en ce passage-là, et je vous puis assurer que ce sera un des plus sensibles, car nous verrons bien que cela aura été la cause du peu d'avancement que nous aurons fait. Or, prenons donc garde à nous, et

faisons bien pendant que nous en avons le temps; nous devons cela à Dieu et à notre perfection , rendant nos âmes pures et agréables à sa divine Majesté : nous y sommes étroitement obligées par le devoir de notre vocation, et nous devons cet accroissement de gloire accidentelle à notre Bienheureux Père. Pour moi, je ne suis pas digne d'être mise en considération ; mais je sais pourtant que l'amour filial que vous me portez, mes chères filles, vous fait désirer ma consolation.

Véritablement, je n'en ai point de plus grande en ce monde, que de voir mes Sœurs faire leur devoir et s'avancer à la perfection ; comme aussi ma plus grande douleur serait d'en voir quelques-unes de lâches et négligentes qui ne travaillent point à leur avancement, de sorte que ce qui m'afflige ou me console en ce monde, c'est le bien ou le mal de nos Sœurs, car l'amour maternel que je leur porte me fait désirer leur bonheur et profit spirituel. Pour moi, je suis la plus défaillante de toutes; mais, grâce à mon Dieu, je ne pèche point de propos délibéré. J'espère que si vous priez bien pour moi je me relèverai de mes misères et que je ferai beaucoup mieux mon devoir à l'avenir. Je sais que vous faites toutes de même, et que vous ne péchez point avec réflexion. Prions bien les unes pour les autres; non-seulement pour celles avec qui nous vivons, mais encore pour toutes celles de l'Institut, car je souhaite ardemment que tous nos monastères n'aient qu'un seul cœur et une seule àme en Dieu.

(Fait à nos Sœurs de N.)

9UR LA PURETÉ d' INTENTION , LA SIMPLICITÉ, LE CHANGEMENT

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