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DES CHARGES, ETC

Je suis bien aise que nos Sœurs fassent bien la récréation, car il faut bien faire Faction présente, et c'est une bénédiction de Dieu sur toutes nos maisons. Mais il faut faire l'oraison aussi bien que la récréation. C'est une chose nécessaire aux filles que de bien se récréer; mais, quand Ton est sujette à faire des éclats de rire, il faut, en dressant son intention, faire un petit regard sur cela.

Vous demandez, ma chère fille, comme il faut dresser son intention, et si, quand on fait ses actions sans y prendre garde, et que l'on se redresse ensuite, si elles ne sont pas valables? Oui, ma fille, car quand vous avez offert à Dieu, le matin, toutes vos actions, il faut marcher en simplicité. Notre Bienheureux Père dit qu'il ne faut pas tant d'exercices spirituels, mais qu'il les faut bien faire.

Vous demandez comme il faut marcher en simplicité avec Dieu ? 11 ne faut point faire de réflexions sur ce que l'on nous dira. Une Sœur vous viendra prier de quelque chose : eh bien , il le faut faire simplement et penser à Dieu, le faisant, sans réfléchir sur ce qu'elle nous aura dit, et c'est marcher en simplicité. Comme quand vous rendez compte, il faut dire simplement ce que vous savez.

Vous dites, quand on rend compte et que l'on biaise un peu, afin que l'on ne connaisse pas la chose comme elle est, si cela est marcher droitement devant Dieu? Non, ma fille; nous ne venons rendre compte que pour nous humilier, et afin de faire

connaître qui nous sommes ; si je savais qu'une de nos Sœurs aimât bien son abjection et qu'elle s'humiliât, vraiment j'en serais bien aise, car je n'aime point ces coulpes que l'on dit [en direction:] J'ai parlé trop haut..., j'ai fait des éclats de rire... ; des choses que tout le monde sait et a vues; mais il faut dire les pensées qui nous peuvent bien humilier et mortifier.

Vous demandez comme il faut garder l'unité avec Dieu? Ma fille, il faut bien observer votre règle, bien faire ce que votre supérieure vous ordonnera, tout ce que nos Sœurs vous diront et être bien condescendante; quand vous observerez bien tout ceci, vous conserverez votre union avec Dieu.

Je désirerais bien que nos Sœurs soient ferventes, non de cette ferveur que l'on ressent, qui fait soupirer gros, mais d'une bonne résolution.

Il faut travailler, car si Dieu a fait des grâces particulières à quelques Saintes, comme à sainte Catherine de Gênes, sainte Madeleine et plusieurs autres, lesquelles ont eu prou peine et travail parmi les tentations, il oe serait pas raisonnable que nous eussions les vertus sans peine. La bonne Mère Thérèse dit que si nous voulons, nous acquerrons le recueillement en un an, voire, en six mois, même en trois; mais il faut aimer parfaitement. Saint Augustin dit : Aime et fais tout ce que tu voudras

Ma fille, je n'aime point qu'on pratique cela, de prendre les intentions [de la supérieure.] Vous les pouvez néanmoins prendre pour la charité; comme, par exemple, si une Sœur avait mal au cœur, il faudrait aller quérir quelque cordial pour lui en donner; et, quand elle est malade et qu'elle est couchée près de vous, si elle a besoin de quelque chose, ou bien d'être recouverte, il le faut faire, car alors la charité nous fait courir, et c'est Yintention de la charité et de la nécessité. Mais de dire : Ma Mère , j 'ai pris votre intention pour faire cela ; vous avez plutôt pris celle de votre inclination. Oh! je n'aime point

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cela. Enfin, la vraie règle des filles de la Visitation, c'est l'humilité et la douceur envers le prochain.

II est vrai que c'est une rude chose de changer si souvent de charges ; mais il le faut, et que les supérieures renversent tout : que les directrices soient un peu portières, les portières un peu dépensières, etc. L'on fait ainsi à Annecy et je faisais de même àN..., parce que ces filles étaient un peu sujettes à la vanité; je les changeais de trois en trois mois. Quelquefois, je mettais de jeunes Sœurs officières, et les anciennes, leurs aides, ce que notre Bienheureux Père ayant vu , il en fut bien aise. Ma Sœur, vous les devez tantôt faire monter au grenier, puis les faire descendre à la cave, et ainsi toujours changer. Si elles n'étaient pas capables de cela, il les y faudrait rendre; car la constitution ne dit-elle pas, qu'on leur enseignera que la Congrégation est une école de la mortification des sens et de l'entière abnégation de sa propre volonté

Je remarque que nos Sœurs ont un grand désir de la perfection; mais elles ne peuvent se mortifier. Je ne conseillerais pas que l'on demandât les mortifications, les humiliations, les robes rompues, mais se tenir prêles quand on les donnera, et cela est ne rien demander, ni rien refuser.

Il est malséant à une religieuse de lui voir toujours les mains à travers une grille. Oui, ma Sœur, c'est trop de demeurer une heure au parloir; c'est bien assez d'une demi-heure, si ce n'est en quelque occasion particulière. Aller au parloir à l'heure des Offices et de l'oraison, cela ne se doit jamais faire que pour des grandes occasions; et, si ce sont des amis, ils doivent savoir le temps des Offices et de l'oraison et leur dire, après la première fois : C'est maintenant le temps de notre oraison, si vous désirez de me parler, il faut revenir à une telle heure. La règle ne ditelle pas que Von ne retirera point les Sœurs des Offices, de l'oraison et du réfectoire que pour de pressantes occasions?

(Fait à nos Sœurs de N. )

sur l'union entre les monastères, l'estime du prochain, la simplicité a suivre la direction de la supérieure, etc.

Mes très-chères filles, si nous sommes bien unies les unes avec les autres, nous marcherons à grands pas à la perfection. Cette union est tellement nécessaire aux filles de la Visitation pour conserver leur esprit, que lorsqu'elle manquera, l'esprit de l'Ordre dé faudra. Cette union ne doit pas seulement s'étendre à cette maison, mais généralement à tous les monastères de l'Ordre, et lorsque nous verrons que les autres auront besoin de quelque chose, soit pour le temporel, soit pour le spirituel, nous les devons aider d'aussi bon cœur que si c'était pour nousmêmes, voire, de meilleur cœur, s'il se pouvait. C'était l'intention de noire Bienheureux Père et son désir, comme, au contraire, ce lui eût été un grand déplaisir de voir de la désunion entre nous..... Nous ne devons chercher en toutes choses que la plus grande gloire de Dieu , et faire à autrui ce que nous voudrions qui nous fût fait, car nous devons autant aimer le repos de nos Sœurs que le nôtre propre.

La marque de l'amour de Dieu, c'est l'amour du prochain, et cette parole que le Fils de Dieu dit à ses Apôtres : Aimezvous les uns les autres, comme je vous ai aimés, nous y doit bien exciter.

Vous me demandez encore, comme il se faut compotier quand il nous vient des pensées d'envie contre celles que nous voyons être plus estimées que nous, et qu'on emploie en des charges honorables? A cela, je vous dirai, que notre Bienheureux Père avait tellement d'estime du prochain, qu'il ne le re-

gardait jamais que comme la vive image de Jésus-Christ, et non jamais ses imperfections, mais la vertu qui y était; et, s'il n'y en connaissait aucune, il y regardait la grâce de Dieu en l'âme. Mes chères Sœurs, lorsque nous regarderons les vertus qui sont en nos Sœurs, nous les estimerons. Il est impossible d'aimer une personne si on ne l'estime; cet amour sera solide, et ne sera point sujet à changement; et ne laissons point emporter notre esprit à ces tricheries d'envie et de jalousie contre celles que nous croirons être estimées et louées.

Je vous conjure, mes chères filles, de ne point désirer l'agrandissement des maisons par les biens temporels, comme de regarder que celles qu'on reçoit aient beaucoup; mais regardons plutôt si elles sont bien douces et bien humbles. Cette vertu d'humilité doit être le fondement de notre Institut. J'ai ouï dire à notre Bienheureux Père , qu'il y avait une fois une religieuse d'un Ordre déchu de sa première ferveur, laquelle lui dit : « Monseigneur, vous établissez un Ordre, mais quand il y aura aussi longtemps qu'il aura été établi que le nôtre, il ne fleurira pas plus que celui-ci. » îl lui fit une réponse à sa façon accoutumée : « Nous y mettrons bien ordre, lui dit-il, et ferons les fondements si bas, et prendrons garde à ne pas élever le toit si haut; et, par ce moyen-là, il ne sera pas si facile à abattre. » Il disait encore : qu'il ne pouvait souffrir qu'on prît si fort garde de recevoir des filles droites, grandes, de belle taille.

Vous dites, si une fille croyait n'avoir point de jugement , si ce ne serait pas une marque d'humilité? L'humilité et la vérité est urne même chose; mais ce serait une vanité de croire d'avoir un bon jugement, et s'arrêter en ces pensées. C'est avoir bon jugement que de le savoir bien soumettre à ce que l'on veut de nous; et, lorsque nous y résistons, c'est une marque infaillible que nous n'avons point un bon jugement; car, pour l'ordinaire, celles qui croient en avoir, n'en ont point.

Nous devons toujours nous ressouvenir de ce qui est en nous

de plus abject, pour nous humilier devant Dieu toute notre vie, et devons avoir un grand amour de notre abjection, et notre Bienheureux Père disait, « qu'il ne se faut pas s'étonner des défauts que l'on voit au prochain, pourvu qu'il ait la volonté de s'en corriger! » Il était ennemi des immortiflées. Pour moi, j'aimerais mieux voir une fille manger hors du repas, et commettre des imperfections grossières, que d'en voir une autre en commettre d'orgueil, de duplicité, d'opiniâtreté et mutinerie; car celles-ci sont bien plus dangereuses et bien plus contraires à l'esprit de l'Ordre; pourvu que l'autre veuille se découvrir et en dire sa coulpe, l'abjection qu'elle en reçoit lui sert pour s'en humilier profondément devant Dieu , le reste de sa vie.

Vous dites, ma fille, si ce n'est pas un grand manquement de murmurer quand la supérieure ne laisse faire que six ou sept jours de retraite? Le murmure ne vaut rien en toutes façons, ma chère fille, mais surtout quand c'est contre la supérieure, et que l'on trouve à redire contre ses ordonnances; car il est en son pouvoir de faire faire la retraite plus courte ou plus longue, selon qu'elle le juge à propos, ainsi que la constitution dit. Il se faut bien garder de ces petits murmures, car nous devons regarder notre supérieure comme Jésus-Christ en terre. Luimême a dit : Qui vous écoute, m'écoute, qui vous méprise, me méprise. Voyez, je vous prie, ce que nous faisons quand nous contrevenons à ces ordonnances, et voulons examiner ses actions [de la supérieure] et lorsque nous y contrevenons, infailliblement nous résistons à l'esprit de Dieu, et suivons l'instinct du diable.

Notre Institut nous porte à l'humilité et bassesse, et ne veut point que nous fassions des choses qui nous puissent faire surestimer; car, pour l'ordinaire, l'esprit humain s'attache à ces choses apparentes, et ne regarde point à mortifier l'intérienr, qui est ce que Dieu demande de nous. J'ai ouï dire à notre Bienheureux Père que « qui est fidèle en la pratique de ses rè-

gles, trouve assez à faire. » Quand la pensée nous vient de baiser les pieds à nos Sœurs, il les faut baiser en esprit et se tenir au-dessous de toutes. C'est néanmoins une meilleure marque à une commençante de la voir portée à faire des pénitences, pourvu qu'elle soit soumise au jugement de ses supérieures, que d'en voir une autre pesante et paresseuse. Les pénitences sont bonnes quand elles nous sont ordonnées par la supérieure, car elle connaît celles à qui elles sont nécessaires; mais d'en faire de notre tête et de notre propre mouvement, cela ne se doit pas. La supérieure, qui est le gouvernail, doit ordonner des pénitences selon les fautes que l'on commet, car ce n'est pas à dire qu'il ne faille mortifier les défaillantes.

Vous dites, ma chère fille, si une Sœur pensait que la supérieure n'aurait pas assez d'expérience pour la conduire à la perfection où Dieu l'appelle, croyant en elle-même que les mortifications lui sont nécessaires pour sa perfection, et la supérieure lui dit que non; comme il faut faire à cela? 0 Jésus! il se faut bien garder d'écouter telles pensées; c'est un signe d'un grand orgueil et présomption. Si une fille avait ces pensées, il y aurait grande pitié en elle, et aurait grand besoin d'humilité, et devrait sans cesse demander à Notre-Seigneur la lumière pour se bien connaître ; car de penser se mieux connaître soi-même que la supérieure , c'est une tromperie de notre esprit. Lucifer ne voulut pas s'assujettir à son Dieu, qui l'avait créé si beau et si parfait; et, se voulant trop fier en son excellence, fut perdu misérablement. Le grand saint Michel, voyant sa présomption, prit la cause de son Maître en main, et dit : Qui est comme Dieu? et le jeta hors du paradis. Nous pouvons dire de la supérieure : Qui est comme la supérieure? car elle tient la place de Dieu, et ainsi, renverser noire propre jugement, et devons croire qu'elle a la lumière pour connaître par quelle voie il nous faut conduire au bien. Ma fille, ceci s'étend bien loin, nous en parlerons une autre fois.

Vous demandez si ce serait une bonne marque à une fille de ia Visitation de désirer de changer de monastère? Non, certes, ma chère fille. Quand une Sœur a le désir de changer de monastère, c'est signe qu'elle a l'esprit léger et ne Ta guère solide, et a dans son âme quelque passion mal mortifiée. Vous dites : Mais si c'était qu'une supérieure ne connût pas bien mon esprit, et me voulût conduire autrement qu'il ne faudrait, ne serait-il pas permis de le représenter? Voilà un beau prétexte, certes, et qui témoigne que l'on a de la vanité. Il y en eut une qui me fit une fois cette proposition, et me mandait qu'elle avancerait plus, ce lui semblait, sous ma conduite que non pas sous la supérieure qu'elle avait. C'est une tromperie de l'imagination, et une démangeaison d'esprit qu'il faut mortifier. Il se faut grandement humilier quand ces désirs frivoles nous viennent, car, que feriez-vous à cela? Notre Bienheureux Père dit « qu'il ne faut jamais ouvrir la porte à celles qui le désirent; car, pour changer de lieux, on ne change pas d'habitants; on trouve toujours les mêmes choses à faire et les mêmes difficultés. » Si vous êtes immortifiée, vous trouverez toutes choses difficiles. Mais, si on avait pour supérieure une jeune fille qui n'eût pas de l'expérience et qui n'eût pas demeuré dans le monde, ni passé par la mortification, si elle serait aussi capable d'entendre les peines qui peuvent survenir aux esprits? A cela je vous dis : que la grâce est au-dessus de toute expérience ; car, si elle se confie en Dieu et qu'elle soit humble, Dieu ne manquera jamais de lui donner la lumière nécessaire pour la conduite de ses filles; et les inférieures, pourvu qu'elles soient bien obéissantes, quelles supérieures qu'elles aient, n'iront jamais que par une voie bien assurée, car le vrai obéissant ne périra jamais. Pour moi, si j'avais une supérieure de sept ans, je crois que je lui obéirais de tout mon cœur, pourvu qu'elle ait l'esprit de Dieu. Ce serait une belle façon d'obéir, que de ne se vouloir soumettre qu'à une supérieure qui serait à notre goût, qui fût bien ii. 29

douce et qui nous supportât bien en nos imperfections ; au contraire, c'est une obéissance très-parfaite d'obéir à une supérieure qui n'aurait pas ces conditions-là, et qui nous mortifierait très-bien. Nous serions bien plus heureuses, dis-je, si on nous en donnait une de la sorte; car, si nous étions fidèles, nous ferions un grand avancement en peu de temps, à l'exemple d'un saint religieux qui fut si fidèle à la mortification, que jamais il ne se voulut plaindre de la conduite de son supérieur qui avait l'esprit altier et absolu, et qui mortifiait sans raison ce jeune religieux, lequel disait : « Non, Seigneur, quand je devrais mourir, je lui obéirai toute ma vie. » — Et lui-même a dit qu'il croyait que Dieu lui avait donné ce supérieur-là pour son bien, et qu'il avait plus avancé sous lui qu'il n'avait fait toute sa vie sous un autre, et croyait qu'il eût été perdu sans ce malgracieux supérieur. C'est la vérité que la vertu se connaît en ces occasions-là, car il est bien aisé d'être vertueux sous un supérieur qui est bien entendu. Quelquefois Dieu permet que nous ayons de ces malgracieux supérieurs, pour voir si nous lui serons fidèles. Je me souviens d'une supérieure, qui, en sortant de sa charge, emporta toute la perfection de ses filles; or, si nous ne regardions que Dieu, pourquoi n'obéirions-nous pas à une supérieure comme à l'autre?

Vous dites : si c'était une fille qui eût été nourrie dans des charges honorables, et n'aurait pas passé par la mortification, s'il n'y aurait pas à craindre? Je vous dis que ce n'est pas aux inférieures à prendre garde à cela, mais, oui bien, si elle a l'esprit de l'Ordre. Vous ne pouvez savoir si elle n'a pas été mortifiée. C'est un bon signe quand la supérieure emploie une Sœur en des charges honorables et qu'elle est estimée d'elle ; car, si elle la croyait imparfaite, elle ne l'y emploierait pas. Pour moi, je ne ferais guère d'état d'une fille qui ne serait pas estimée de sa supérieure, pourvu que je reconnaisse en la supérieure, l'humilité, la charité et le zèle de la perfection de ses

filles; au contraire, je ferai beaucoup d'état d'une que je verrais estimée d'elle.

Si une supérieure, nouvellement élue, ne faisait pas observer ce que la précédente avait coutume de faire? Je réponds que, pour les choses indifférentes qui ne sont ni commandées ni défendues, il n'y faut pas prendre garde, car il est bien dangereux de pointiller sur les actions de la supérieure. Néanmoins, si c'est chose contraire aux constitutions, j'aimerais mieux le dire à elle-même, avec humilité, que non pas à sa coadjutrice, car notre Bienheureux Père dit « que les plus confidentes sont les meilleures. »

Vous dites : si les conseillères devraient parler entre elles des manquements qu'elles voient commettre à la supérieure ? Non, elles ne le doivent pas faire, non plus que les autres Sœurs; car, si elles voient des manquements, elles doivent faire comme je viens de dire, mais avec beaucoup d'humilité et de simplicité : « Ma Mère, il me semble que Votre Charité manque en cela et en cela » ; et la supérieure serait bien maussade si elle ne recevait cet avertissement de bon cœur.

Vous demandez si les surveillantes doivent aller dans les cellules des Sœurs et dans les chambres de celles qui ont des charges? Non, elles n'y doivent point aller sans congé, non plus que les autres, si la supérieure ne le commet à quelqu'une, et ne doivent lever la vue qu'une ou deux fois, au plus, là où les Sœurs sont assemblées, Nous avons tant de surveillantes ! Nous avons la supérieure et l'assistante, qui doivent prendre garde aux manquements que les Sœurs font. Il ne se faut pas tant tourmenter pour remarquer et éplucher les fautes des Sœurs. Chacune y est pour soi en particulier. Je dis même que la supérieure ne se doit point tant peiner à cela.

Vous demandez quelles imperfections l'on doit dire au réfectoire quand on les demande? Il faut dire celles que nous voyons faire plus ordinairement et n'en dire qu'une ou deux, car je

n'approuve pas que l'on soit un quart d'heure, par manière de dire, à l'oreille d'une Sœur, pour lui dire ses imperfections, car cela étonne une pauvre fille, de lui en dire tant à la fois ; et celles qui les disent se peuvent très-bien contenter en disant bien le fait aux autres. C'est pourquoi, quand quelqu'une demande ses imperfections, il se faut grandement anéantir en soi-même, et les dire avec beaucoup d'humilité, car l'on peut fort bien manquer en cela; il serait mieux toutefois d'en dire de grosses en particulier, que d'en avertir, pourvu que cela se fasse avec charité.

Il ne faut jamais demander de parler en particulier à ses parents, et c'est bien assez de leur écrire une ou deux fois l'année; il ne faut pas non plus faire d'ouvrage pour eux.

Pour moi, je n'approuve point que l'on ait tant d'inclination à nous étendre et faire beaucoup de maisons ; car, disait notre Bienheureux Père, « ce n'est pas par la multiplicité des maisons que Dieu est glorifié, mais, oui bien, par la fidélité d'une chacune à l'observance des règles. »

(Fait à nos Sœurs de Lyon)

SUR LA REDDITION DE COMPTE; EXPLICATION DE CES PAROLES ! VIVRE DANS UNE PURETÉ IMMACULÉE ET ANGÉLIQUE, ET SUR L'AMOUR DE DIEU ET DU PROCHAIN, ETC.

Vous désirez savoir, mes chères filles, comment il faut faire pour rendre compte courtement, clairement et simplement?

Je vous dis que c'est une chose grandement importante que la reddition de compte.

La première chose qu'il faut faire, c'est d'y aller et procéder avec une grande sincérité de cœur, comme étant véritablement devant Dieu, et ensuite dire fort brièvement ce que nous avons à dire. Si nous avons une supérieure nouvelle qui ne nous connaisse pas, comme on en change assez souvent en nos maisons, il faut bien lui dire par le menu ce que nous faisons; mais, à la supérieure à laquelle nous rendons compte tous les mois, il n'est nullement besoin de faire tout cela, ni d'en agir de la sorte, car elle nous connaît assez d'ailleurs. Il nous faut donc rendre compte courtement, brièvement, et dire : Ma Mère, j'ai été ce mois-ci grandement fidèle ou infidèle à rejeter les distractions pendant l'oraison, et je m'y ?uis arrêtée volontairement, en telle ou telle occasion ou bien dire : Ce mois-ci,

je n'ai pas eu tant de distractions à l'oraison, j'ai fait tous mes efforts pour les pouvoir rejeter; j'ai été beaucoup plus attentive

à suivre mon point d'oraison et s'il est fortuitement arrivé

quelque chose d'extraordinaire, il le faut dire.

Il y a des filles qui viennent dire : J'ai fait l'oraison sur la

flagellation de Notre-Seigneur j'ai considéré sa patience

j'ai en affection d'être beaucoup patiente et elles ne disent

rien plus. Il ne faut pas faire comme cela, mais dire : J'ai senti

mon esprit bien plus recueilli et attentif à Dieu j'ai eu une

telle et telle affection à me mortifier Et puis, pour l'obéissance, il faut dire généralement tous les manquements que l'on y a faits, autant qu'on le peut, parce que cette Congrégation est établie universellement dans une parfaite obéissance.

Pour ce qui regarde la mortification, il faut dire : J'ai été fort lâche ou fidèle à la pratiquer j'en ai laissé passer beaucoup de bonnes occasions, par ma pure faute et par ma négligence ou bien : j'ai été plus fidèle à n'en pas tant laisser

passer sans en tirer profit

Il ne faut pas dire par le menu toutes les pratiques des vertus que l'on a faites, comme : d'avoir donné un siège, ou bien

d'avoir mortifié la curiosité en quelque chose; mais, si on avait fait quelque pratique de vertu extraordinaire, il la faudrait dire

Il me souvient d'avoir vu une fille qui semblait, quand elle venait rendre compte, qu'elle apportait un couteau pour s'égorger : elle exagérait si bien ses fautes, que les plus petites et les plus légères elle les faisait paraître aussi grosses que des montagnes, et il lui semblait qu'elle ne faisait jamais rien qui vaille, ne disant jamais aucune pratique de vertu; il ne faut pas faire comme cela ; ains dire tout simplement et le bien et le mal.

Que dites-vous, ma chère fille, comme il faut faire pour vivre dans une pureté immaculée et tout à fait angélique, pour ne vivre et ne respirer que pour notre Epoux céleste? Votre demande, ma chère fille, porte sa réponse. Il faut faire comme vous le dites : mais pour vivre évangéliquement, nous ne devons avoir que notre corps en terre et notre cœur au ciel, selon que le Texte Sacré nous enseigne par ces paroles : Votre conversation doit être dans le ciel. La conversation des Epouses de Jésus-Christ doit être toute innocente, toute pure et toute angélique, comme devant toujours être dans les cieux et avec Dieu même. Ainsi, à l'imitation des Anges, une vraie religieuse ne doit vivre que pour Dieu, ne parler que de Dieu, ne s'occuper que de Dieu, ne désirer que la gloire de Dieu, ne se réjouir qu'en Dieu et se contenter de Dieu.

Vous dites, ma fille, s'il ne faut pas aimer une Sœur que l'on verrait bien vertueuse, beaucoup plus qu'une autre qui ne le serait pas tant? Je vous dis, ma fille, qu'il faut aimer également nos Sœurs ; mais pourtant il faut toujours aimer et honorer la vertu dans ceux en qui elle se trouve véritablement.

Notre Bienheureux Père le dit excellemment bien dans un de ses Entretiens; mais il ne faut pas examiner celles qui sont plus vertueuses ou celles qui ne le sont pas tant, car Notre-Seigneur

n'a pas dit : Aimez le plus parfait; mais il a dit : Aimez-vous les uns et les autres comme je vous ai aimés.

[Une Sœur voulant répliquer quelque chose , notre digne Mère lui dit :] Laissez-moi faire, car les paroles de Dieu doivent être dites fort posément, avec tranquillité et dévotion, et une seule mériterait bien d'être écoutée avec beaucoup de recueillement et d'attention. Nous ne devons donc rien épargner pour le bien de notre prochain, non pas même la santé, s'il en était besoin, tout à l'exemple de Notre-Seigneur qui ne s'est pas contenté de dire qu'il nous aimait, mais il a donné son sang et sa vie pour nous. Et au dernier sermon qu'il fit à ses Apôtres, à la Cène, il leur dit : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, car c'est là mon Commandement.

Dans l'ancienne Loi Dieuavaitbien donné des Commandements à Moïse d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son àme, de toutes ses forces, et le prochain comme soi-même; mais quant à maintenant, dans la nouvelle Loi, Notre-Seigneur ordonne à ses Apôtres « de s'aimer les uns les autres comme il les avait aimés » , et dans un autre lieu il leur dit ces paroles expresses : C'est ici mon Commandement, que vous vous aimiez les uns les autres; car encore bien qu'il eût fait tous les autres commandements, il appelle néanmoins celui-ci par excellence et par

emmence , son commandement .

Quand on nous accuse et que l'on nous avertit de quelques manquements, comme par exemple : de lever la vue, de faire des répliques à l'obéissance, et tels autres défauts, et qu'ensuite de cela on parle mal gracieusement aux Sœurs qui nous ont donné cet avis, cela provient de ce que nous ne considérons pas assez le Commandement que Notre-Seigneur nous a fait d'aimer le prochain comme nous-même. Mais, ô Dieu, mes chères filles, il faut être si réjouies que l'on voie nos manquements, et si vous n'avez pas fait ceux dont on vous avertit, humiliez -vous, en croyant que vous en avez fait cent autres

bien encore plus grands, qui sont cachés à vos yeux; et puis on ne peut jamais nous accuser à tort, car nous faisons ordinairement quantité de manquements sans les connaître.

Oh ! que c'est un grand bonheur que l'on nous fasse voir nos défauts avec charité ! Hélas ! voyez-vous Notre-Seigneur qui est l'innocence et la pureté même, à qui on disait : endiablé, ivrogne, séducteur du peuple; et, pourtant, parmi tous ces difiamants opprobres, jamais il ne témoignait d'en avoir aucun sentiment; il ne prononça aucune parole, ou pour se plaindre ou pour se justifier.

Recevez donc généralement tout ce qui vous arrivera, quoi que ce soit, avec amour, et comme provenant immédiatement de sa sainte main, qui ne permet jamais qu'il nous arrive chose quelconque ni ne tourne à notre plus grand bien, et pour nous faire beaucoup mériter.

Quelquefois il permet, ce bon Sauveur, que l'on nous accuse de choses que nous n'avons pas faites, pour éprouver si nous avons de l'amour pour lui, et si nous voulons bien l'imiter en quelque chose; c'est pourquoi il faut aimer de tout notre cœur celles qui vous avertissent, et les embrasser fort amoureusement en esprit, sans prendre garde ni écouter le sentiment naturel qui nous en vient; il faut pour lors tordre son cœur comme une serviette, et le faire venir à la raison.

Nous devons être toutes capables des défauts les unes des autres ; il ne faut, en façon quelconque, s'en étonner, car si nous demeurons pendant un temps sans tomber en faute, viendra un autre temps, où nous ne ferons que faillir, et nous tomberons dans plusieurs imperfections, desquelles il ne faut pas manquer de faire un bon profit, en aimant l'abjection qui en revient, souffrant avec patience le retardement de notre perfection, faisant continuellement tout ce que nous pouvons pour notre avancement, et de bon cœur.

Travaillez tout de bon pour vous rendre fidèles à Notre-

Seigneur. Il faut, mes filles, vous résoudre à mourir à vousmêmes, à vous rendre tout à fait dignes de votre vocation, car Notre-Seigneur vous demandera un compte sévère et trèsexact des grâces et des talents qu'il vous aura confiés.

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