AUX OBÉISSANCES, ETC
On me dit que les officières s'exemptent facilement des communautés, mais avec congé. Je vous dis qu'il ne faut pas le faire, bien qu'avec permission, sans la vraie nécessité; autrement la faute est pour celle qui la demande et non pour celle qui la donne. Il faut, dans ces occasions, prendre toujours l'avis de la discrétion et de la charité; surtout les infirmières ne doivent rien laisser à faire autour des pauvres malades, à quelque heure que ce soit, de ce qui est de la nécessité et de la charité, parce que c'est là une première obéissance. Mais surtout, ce à quoi il faut prendre garde, c'est de ne point perdre de temps, en sorte qu'il ne soit besoin de prendre celui des exercices pour faire ce que nous aurions pu faire, au lieu de nous amuser à parlei ou à faire des petites choses qui se peuvent différer.
L'économe doit assurément assister aux communautés, et lorsqu'on a besoin d'elle, on la sonne; il ne faut pas qu'on craigne de mal édifier de la sonner souvent, parce qu'on sait bien qu'elle a des affaires qui ne se peuvent pas souvent remettre.
Pour la grande jardinière, je voudrais qu'elle fût des Sœurs domestiques, d'autant que c'est un exercice de fatigue et qui
requiert de l'assiduité à y travailler le matin après Prime, et pendant l'assemblée, pour y planter des herbes ou pour aider à le nettoyer; cela sert même de récréation.
Prenez garde, mes filles; n'attendez pas de venir demander vos congés à la supérieure, lorsque vous la voyez plus préoccupée des affaires, pour les obtenir plus facilement. Il est vrai, la supérieure se doit toujours rendre attentive, mais il faut aussi que vous usiez de discrétion et de simplicité dans ces occasions.
Il ne faut pas, sous prétexte qu'on ne fait rien à l'Office, s'en exempter souvent; parce que, si bien vous ne chantez pas, vous faites toujours votre devoir en assistant, en chœur, avec modestie et attention à Dieu. La supérieure peut pourtant, en cela comme du reste, dispenser selon la nécessité.
Il n'y a rien, mes filles, qui maintient tant le bon ordre d'une maison religieuse que de voir les communautés bien suivies et nombreuses.
La supérieure peut commander; si elle commande bien, à la bonne heure; si elle commande mal, la faute sera sur elle, et vous ne rendrez pas compte de ce que vous faites par obéissance. C'est à nous d'obéir : si nous obéissons bien, Dieu nous bénira; si nous obéissons mal, et que nous demandions des congés non nécessaires, la ï ute sera sur nous. Si la supérieure accorde les congés à une qu'elle affectionnera, qui ne soient de nécessité, alors la faute sera à toutes deux.
L'on dit que nos Sœurs se récréent fort bien durant la récréation, mais qu'elles ne pensent point aux congés qu'elles ont à demander [aux obéissances], et qu'elles vont, à toute heure, trouver la supérieure pour les avoir? Pour cela, je ne sais point d'autre remède pour les faire amender que de leur dire doucement : Ma Sœur, venez à l'obéissance de midi, de ce soir, ou de demain, et je vous donnerai la permission que vous demandez. Cela les rend attentives à leur devoir. Mais si ce qu'on demande est nécessaire, il faut le leur permettre, et leur dire qu'on le
refusera si elles ne s'amendent. La supérieure se doit tenir un quart d'heure, après l'obéissance, pour écouter les Sœurs; un demi-quart pour la communauté. Mais la Sœur économe, si elle voit qu'il y ait quelque Sœur un peu longue, elle doit s'avancer et dire : Ma Mère, nos Sœurs officières ont besoin de parler à Votre Charité. Ainsi ces Sœurs si longues à parler se retireront, et si quelque Sœur veut parler en particulier un peu plus long, qu'elle prenne l'heure avec la supérieure; autrement les pauvres Mères seraient bien importunées.
Il y a des Sœurs qui arrêtent la supérieure, dites-vous, lorsqu'elle vient à table, que le dernier est sonné? C'est ce qu'il ne faut pas faire, que par nécessité, parce que cela fait retarder la Bénédiction, et il faut toujours que la communauté aille son train ordinaire. Mais si la supérieure ne peut pas venir, pour quelque affaire, après que la communauté est assemblée, tant au chœur qu'au réfectoire, il faut que l'assistante attende l'espace d'un Pater et Ave, et puis, sans sortir de sa place, pour aller voir si la supérieure vient, qu'elle dise le Benedicite.
Or, mes filles sont bonnes ; mais elles veulent bien que je leur dise un petit mot en confiance : c'est que je ne vois pas, ce me semble, chez elles, autant d'esprit intérieur que j'en trouvais autrefois. C'est peut-être parce que, présentement, vous êtes toutes dans l'occupation et dans les charges; mais, mes chères filles, c'est en ce temps qu'il faut prendre garde à vous, afin que ces choses inférieures ne vous ôtent point les célestes. 11 n'est rien qui relâche plus le cœur que la dissipation, et le peu de soin de conserver en tout temps la pureté de ce même cœur. On manque à ce soin lorsqu'on veut suivre ses inclinations, qu'on ne va aux exercices de communauté que de corps, et que l'affection [de ce cœur] reste à une quenouille et à un ouvrage. Travaillez bien lorsqu'il en est l'heure; mais, soit par complaisance pour la supérieure, pour les autres ou pour vous-mêmes, ne vous amusez point à votre besogne, ne vous y empressez
point au détriment de la dévotion, qui apportera plus d'avantages à votre monastère, avec la suite des exercices, que tout autre travail. Cherchons toujours premièrement le royaume de Dieu, et tout le reste nous sera donné. Notre Bienheureux Père disait une fois « qu'il faut préférer l'obéissance à tous ces petits désirs. »
Tâchons donc de garder cette pureté de cœur, que Dieu demande de nous, et ne souhaitons point tant d'être aimées et estimées des créatures. Contentons-nous de posséder cette pureté : pureté d'intention, pureté d'action, pureté d'affection; que votre âme ne respire, en tout, que pureté; de cette façon vous attirerez sur vous toutes sortes de bénédictions et de grâces célestes. Je vous les souhaite. Amen.