‹ Œuvres diversesChapitre 112 sur 281 · A LA PERFECTION · texte numérisé non relu

A LA PERFECTION

Je voudrais bien, mes chères filles, apporter ici le pur amour de Dieu dans vos cœurs, lesquels, je crois, voudraient bien aimer Dieu ; mais ils ne voudraient pas se servir du couteau de îa mortification, qui est nécessaire pour avancer en la perfection religieuse, à laquelle nous prétendons. Je n'ai point d'autre ambition que de vous servir et aider à l'acquérir. Je ne veux point d'autre perfection que celle qui est comprise dans nos règles, desquelles je veux parler. Je crois que toutes celles qui sont voilées ont vu la constitution de la directrice, dans laquelle notre Bienheureux Père, parlant à toutes, dit que la directrice doit tâcher Je bien j air 'e comprendre [aux cœurs des novices] l'intention quelles doivent avoir eue, en ï élection qu'elles ont faite d'abandonner le monde pour se retirer au monastère, qui est afin de s'unir plus parfaitement à Dieu, mortifiant leurs sens extérieurs, et encore plus leurs passions intérieures , pour rappeler toutes leurs forces au service de V Epoux céleste, par une pauvreté dépouillée de toute chose, une chasteté toute pure, une cbéissance établie en une parfaite abnéaation de sa propre volonté.

Je ne vous veux parler maintenant que de l'obligation que nous avons de tendre à la perfection chrétienne, sans laquelle nous n'aurons jamais le bonheur de jouir de la vision de Dieu. Il faut donc l'entreprendre et nous déterminer toutes à suivre la volonté de nos supérieurs, regagner le temps que nous avons perdu, et faire, dans cinq jours, plus que nous n'aurions fait dans un an. Je ne veux que cela de vous, qui est de prendre bon courage à vouloir faire le bien que nous voyons et éviter le mal ; car, si en vérité nous voulons, en vérité nous parviendrons.

Vous savez combien nous sommes obligées à Dieu, puisqu'il est notre Créateur et Rédempteur, lequel nous a donné une âme capable de la grâce, de la gloire et de son amour, qui est plus que tout. Il est notre Père, et ne demande de nous que la parfaite observance de nos règles, qui nous enseignent le moyen de tendre à la perfection. Si les enfants du monde sont obligés d'obéir à leur père, sous peine de la damnation éternelle, ne sommes-nous pas plus obligées d'obéir à Dieu , pour les raisons que je viens de dire, qui nous obligent si étroitement de l'aimer et servir, et tâcher de bien employer le temps qu'il nous donne; car, si nous ne le faisons, il nous en faudra rendre un compte très-étroit à l'heure de la mort. Cette âme qu'il nous a donnée doit vivre éternellement, et le corps doit ressusciter un jour glorieux si nous vivons en l'observance de nos règles. ïi nous a laissé notre volonté libre, pour nourrir et élever notre âme à la plus haute perfection. Il nous a donné notre âme en garde, comme ferait un grand roi s'il nous venait dire : Ma Sœur, je vous donne mon fils unique pour l'élever, je vous prie d'en avoir un grand soin; je récompenserai bien vos peines. Considérez combien vous en auriez de soin, afin que son père en eût du contentement : vous vous tiendriez bien heureuse que le prince vous eût fait l'honneur de vous donner son fils pour le servir; car vous en espéreriez une grande récompense, et

d'avoir un jour un fidèle ami en ce petit prince. Son père vous dirait : demandez-moi tout ce qu'il sera besoin pour lui, car je ne veux pas que vous épargniez rien de tout ce qui sera nécessaire pour le servir.

Voyez-vous, mes chères filles, votre âme est la fille unique du Père Eternel , il vous l'a donnée pour en avoir le même soin , voire , davantage que l'on n'en aurait pas du fils du roi. Il nous a dit que nous lui demandions toutes les vertus nécessaires et tout ce qui peut servir à la perfection; car il a dit : Demandez, et l'on vous donnera ; frappez, et l'on vous ouvrira. Ce sont les paroles de l'Évangile que Notre-Seigneur a prononcées de sa sacrée bouche ; demandez-lui donc avec une confiance toute filiale, car il ne manquera pas de vous donner ce qu'il connaît vous être nécessaire pour votre avancement en la perfection. li nous fera aussi rendre un compte très-exact des grâces qu'il nous donne, si nous les négligeons, et que nous n'en profitions pas assez. Faites-y donc attention, mes trèschères filles, je vous en conjure de tout mon cœur.

(Faite en 1627)

iLR L'crLlGATION DE MORTIFIER LES SENS EXTÉRIEURS ET ENCORE PLUS

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