SUITE DU MÊME SUJET
Je vous ai promis, mes chères filles, de vous conduire par la voie en laquelle le Maître souverain veut que ses disciples marchent. Qui veut venir après moi, dit cet aimable Sauveur,
qu'il renonce à soi-même, prenne sa croix et me suive. Dernièrement, nous fîmes voir ce que c'était que renoncer à soimême, qui n'est autre chose que de laisser ruiner et abattre ses inclinations, passions et volontés propres, et cela par une trèsabsolue mortification de tout soi-même, tant en l'esprit qu'au cœur et au corps. Maintenant donc j'ai à vous dire que, quiconque veut suivre notre cher Sauveur, il ne suffit pas de renoncer à soi-même, quoique ce soit déjà une chose bien bonne, mais il faut encore prendre sa croix et la porter.
Céans, nous n'avons pas de grandes croix; au moins, pour mon regard, je n'en trouve presque pas; néanmoins, c'est une chose certaine qu'il y en a. Ce sera quelquefois une croix à une fille que le silence, que de recevoir la correction, les avertissements, les mortifications, les pénitences, avoir disette de quelque chose, souffrir ses petits maux quotidiens, sans en rien dire, sinon aux supérieurs, ou directrice. C'est une bonne croix et bien utile, de supporter le prochain, s'assujettir à être entièrement modeste, et mille autres pratiques qui sont journalières. Voilà les croix qu'il faut porter, et non-seulement les porter, mais joyeusement. 0 vrai Dieu ! ce seul mot de croix, réjouit toute une âme fervente et amoureuse de son Dieu. Je vous recommande donc, mes chères filles, d'aimer vos croix en les portant de bonne grâce et de bon cœur; acceptez-les; offrez-les à Notre-Seigneur, et les unissez à la sienne.
Vous demandez, si c'est une croix qu'il faille aimer d'avoir des distractions à l'oraison? Non, certes, il la faut détester; mais il faut aimer la peine qu'elles nous donnent. Quelquefois nous les avons méritées pour une juste punition de nos lâchetés à nous tenir en la présence divine, le long de la journée. Alors, recevons-les comme un juste châtiment de notre paresse. Mais, cela n'étant pas , recevons la peine qu'elles nous apportent comme une juste croix, mais avec une grande humilité, nous reconnaissant toujours coupables.
Vous demandez encore si c'est une croix que les imperfections [impatiences] qui traversent l'esprit. Oui, puisque tout ce qui peine est croix, c'est une croix aux âmes généreuses de se voir sujettes aux aversions, répugnances et chutes; bien qu'elles tâchent toujours d'en tirer le fruit d'une douce et sainte humilité. Non, mes chères Sœurs, il n'est point permis de choisir nos croix : celle que la divine Providence nous présente, portons-la; c'est la nôtre. Mais celles que nous choisirions seraient infectées d'amour-propre, recherche, vaine complaisance; bref, notre choix gâte tout. Non, vraiment, ma fille, l'on ne perd pas tout le gain que l'on avait fait en supportant plusieurs années quelque croix, pour en avoir, par après, parlé avec complaisance à quelque Sœur. Mais, savez-vous ce qu'il faut faire? Il se faut bien humilier de voir notre faiblesse, et puis ne plus retourner à telle faute.
Ce qui empêche la perfection chrétienne, et ce qui retarde la perfection religieuse, c'est la recherche du propre intérêt. Un esprit nu du monde, qui tâche à mortifier la chair, et qui est désintéressé, parviendra, en peu de temps, à la très-haute perfection de l'union amoureuse avec son Dieu, qui est le trésor des trésors. - — La fidèle Epouse de Jésus-Christ ne doit rechercher, ni avoir d'autre intérêt que celui de la gloire de son Roi et Epoux. Chose déplorable au temps où nous sommes! Plusieurs se plaisent plus à se contenter eux-mêmes qu'à contenter Dieul
SUR CES PAROLES DE NOTRE-SEIGNEUR : « LE ROYAUME DES CIEUX SOUFFRE VIOLENCE, ETC. »
Je vous apporte, mes filles, une vérité infaillible : il est impossible que vous entriez au ciel, ni par conséquent que vous soyez sauvées, sans vous faire violence; car, Notre-Seigneur Ta dit lui-même : // n'y a que les violents qui le ravissent. Je vous répète cela, afin que, sachant cette vérité, vous graviez dans vos cœurs cette intime résolution de ne vous épargner en rien ; mais de vous vaincre et faire force en tout , pour acquérir les saintes vertus, et vous rendre conformes et exactes à tout ce que la règle ordonne, au péril de toutes vos inclinations. Il faut toutefois que cette violence soit douce , quoique forte ; car, vous voyez, mes filles, que la voie par laquelle on vous conduit est suave, et, néanmoins, ferme. Toujours il en faut venir là : se faire violence ; et si Dieu a caché le prix de la gloire éternelle , qui est un bien inestimable, dans la victoire que nous devons remporter sur nous-mêmes , comment ne tâcherions-nous pas de nous vaincre ? Comment oserions-nous penser d'être lâches à nous surmonter? Voyez que pour apprendre un art, quoique vil, il y faut du travail et de l'attention; regardez un jeune garçon qui veut apprendre à être cordonnier, combien de fois le jour faut-il qu'il renonce à ses inclinations? Il faut qu'il demeure tout le jour courbé à tirer des bras; il faut qu'il souffre d'être battu. Voyez encore un qui prétend d'être docteur, il passera quelquefois vingt ans pour parvenir à la fin de ses études , qui ne sont pas toutefois comparables à la vocation à laquelle nous travaillons, ni pour une fin plus sainte, plus haute et plus
pure; car c'est pour parvenir à l'union de notre âme avec Dieu, à la perfection de notre vocation, et pour acquérir les vertus solides, qui demeurent toujours, voire, qui nous accompagnent jusqu'au ciel, et seront notre richesse. Il faut donc travailler, mais d'un travail fidèle, constant, fort, suave et amoureux; car, c'est pour Dieu que nous travaillons, c'est pour l'éternité que nous combattons contre nous-mêmes. Il faut travailler fidèlement; mais nous ne devons pas entreprendre toutes les vertus ensemble, ains, une après l'autre; c'est pourquoi, le mois passé, je vous donnai le défi de V attention aux 'petites choses , et je vous donne, ce mois-ci, celui de ï obéissance avec ses deux dépendances : la promptitude aux exercices et la simplicité. Il faut, mes chères filles, que vous rapportiez toute votre vie à cette sainte obéissance, et que toutes vos actions tendent à cette fin. Si vous observez le silence, que ce soit par obéissance; si vous pratiquez quelque autre point de notre sainte règle, que ce soit encore à cette fin ; que si vous condescendez à vos Sœurs, que ce soit avec intention d'obéir ; bref, que vous donniez à tout ce que vous ferez, et même à tout ce que vous penserez, le mérite de la sainte obéissance.
Il faut obéir à tout ce que votre maîtresse vous dira, simplement et amoureusement, et ne permettre jamais à votre esprit de discourir si ce que l'on vous commande est bien ou mal; mais, faire simplement et promptement tout ce que l'on voudra de vous. Non, mes filles, ne permettez pas à vos esprits de faire le discernement : ceci ne serait-il point mieux que cela? Non, répondez à de telles pensées : il me suffit que l'on me commande; c'est assez, quoique les choses vous semblent extravagantes. Ne désistez point de faire celte réponse : l'obéissance le veut, je le ferai.
Il faut, de plus, être si promptes, que l'on ne tarde pas un moment, pas d'un clin d'œil. Quand l'obéissance vous appelle, il faut quitter tout ce qui se peut quitter, sinon que vous teniez h. 33
une chandelle allumée ; il ne faudrait pas la jeter là, mais il la faudrait éteindre. Gomme aussi, si vous teniez un pot de vin, il faudrait le mettre à terre et fermer le tonneau , afin qu'il ne répandît pas. Mais, tout ce qui se peut quitter, il le faut lâcher soudain, sans retardement quelconque; et je ne veux point que le mois prochain Ton me dise que l'on a fait beaucoup de fautes, et que l'on n'y a pas pensé. Oh ! non, mes filles, pensez-y ; j'en veux être moi-même; que si je fais de grosses fautes, je tous les viendrai dire fidèlement.
(Faite en 1631)
SUR LE MAL QIj' APPORTE A L'AME UNE CRAINTE SERVILE, ET LE BIEN QU'ON TROUVE A SERVIR DIEU AVEC UN COEUR PUR, SIMPLE, LARGE ET CONFIANT.
Notre maîtresse, que voulez-vous que je dise à vos Sœurs novices? Je leur dirai simplement la pensée qui m'est venue plus de vingt fois : c'est que je regarde quelquefois nos filles, et je vois , grâces à Dieu , qu'elles marchent comme il faut; mais, il m'est venu celte pensée , qu'elles marchent un peu trop par la crainte. Je veux dire qu'il me vient en vue qu'elles craignent un peu trop les yeux de leur maîtresse et de leurs Sœurs, et qu'elles craignent trop de faillir, et cela me fait penser que c'est plutôt par la crainte d'être averties que par le seul et unique motif de plaire à Dieu. Ma pensée n'est-elle pas véritable, mes chères filles? Si cela est, il faut tout de bon s'affranchir de ce défaut; car, si vous faites vos actions pour les yeux de votre
maîtresse, ou par crainte que vos Sœurs ne vous en avertissent, et si vous n'êtes soigneuses de garder cette pureté de cœur, et de faire tout pour plaire à Dieu seul, je vous dis et vous assure que vous ne serez jamais que de vraies idoles de religion.
Notre maîtresse , inculquez bien dans l'esprit de vos novices l'amour à la pureté d'intention; car où est la pureté d'intention en une âme, toutes les vertus y seront bientôt assurément; et, si elle n'a pas la pureté d'intention, elle n'a ni vraie vertu ni vraie dévotion.
Je vous dis derechef, mes chères filles, que si vous ne faites autant de bonnes actions lorsque nul ne vous voit que Dieu, si vous n'êtes aussi soigneuses de vous maintenir modestes et recueillies lorsque vous êtes en vos cellules, et aussi affectionnées à vous maintenir dans l'exacte observance , quand vous êtes seules, que quand vous êtes à la vue de votre maîtresse, vous ne vaudrez jamais rien en la religion, ni pour vous, ni pour les autres, ni pour le monastère, et ne serez que des fantômes, des masques et des idoles de religion , qui ne font qu'occuper les cloîtres, et n'y servent que d'ennuis et de matière de mortification aux autres; car quand vous n'aurez plus votre maîtresse , vous vous relâcherez et donnerez bien de l'exercice à une supérieure. Vous devez être beaucoup plus soigneuses de vous tenir sur vos gardes, pour ne pas faillir et pour bien faire, lorsqu'il n'y a que Dieu et vous, qui si vous étiez à la vue de toute la terre, de votre supérieure, de votre maîtresse et de toutes vos Sœurs ; car les yeux de Dieu vous doivent être en tel respect, que tout votre soin, toute votre étude, toute votre attention doivent être de ne leur point déplaire et de ne les point offenser.
Il n'y a rien qui offense tant les yeux de Dieu que de voir une religieuse se garder de broncher, etde faire des infidélités devant les yeux des créatures, etne faire cas de commettre des infidélités devant les siens divins ; comme il n'y a rien qui lui agrée tant que
de voir une âme fidèle , soit qu'on la voie ou qu'on ne la voie pas. La chaste épouse doit craindre, mais d'une sainte crainte,
d'offenser les yeux de son Epoux; elle doit toujours penser que si les créatures ne la voient pas, le Créateur, auquel rien n'est caché, la voit; et elle craint d'une sainte crainte d'offenser ses yeux divins. C'est là, ma fille, la vraie fidélité; car c'est où vous trouverez le plus d'amour de Dieu et de quoi iî vous saura bon gré.
Au commencement il se faut servir de tout : de la crainte servile, de la chaste, de l'amoureuse et de la filiale ; enfin il faut faire flèche de tout bois, à cause de la multitude d'ennemis qui attaque les commençants. Cela donc n'est pas mauvais, d'honorer la vue et la présence de la maîtresse, et se tenir en respect devant elle , pourvu que vous ayez cette fidélité d'être aussi attentives sur vous, quand il n'y aura que Dieu qui vous verra, que lorsque vos supérieures vous verront. Voire même, mes filles, je voudrais que vous fussiez si fidèles à Dieu, que vous fissiez plus d'attention, quand vous êtes seules, pour ne point broncher, que quand vous êtes devant votre maîtresse, comme disant en vous-mêmes : Je suis ici devant ma maîtresse, si je fais quelque faute elle me le fera bien savoir, car elle aime mon bien ; il faut donc me tenir en liberté de cœur. Mais je suis seule ici avec mon Dieu; si je suis infidèle, si je me relâche, qui m'en reprendra? Oh ! c'est ici qu'il faut être fidèle, car les yeux de Dieu sont sur moi. Je suis en secret, mais Dieu voit le secret des cœurs et rien ne lui est caché. 0 mon Dieu! je respecterai votre présence et honorerai votre regard.
J'aurais encore envie, mes chères filles, que vous fussiez plus attentives à faire le bien qu'à vous garder du mal. J'entends ces petites imperfections, tant il semble que vous soyez restreintes, gênées, comme si on vous avait pressées entre deux ais, tant vous craignez, ce semble, de faire, ou dire rien de mal. Il ne faut pas cela, mes filles; il faut la sainte franchise, la douce
affabilité, une sainte et modeste liberté d'esprit et de cœur, une conversation affable et gracieuse, humble, courageuse, égale et naïve. C'est là qu'est l'esprit de notre vocation, et non pas d'être si resserrées, de tout craindre; élargissez-vous, je vous prie, et n'ayez pas des cœurs tant étroits ; mais des cœurs larges, grands, spacieux, amples, qui tiennent sans contrainte Dieu, toutes ses grâces, et les vertus de votre vocation et Institut. La vraie servante de Dieu doit avoir toujours dans son cœur et sur son visage, la candeur, la douceur, la franchise, et la sainte liberté des enfants de Dieu.
Eh! savez-vous? Dieu ne se plaît pas dans des cœurs étroits et resserrés comme celui de ma sœur N. Elle est légère naturellement; elle veut dompter cela, elle se tient si resserrée qu'on dirait qu'elle n'ose pas souffler. Oh! ma fille! ce n'est pas ainsi qu'il faut entreprendre votre besogne. Il faut aller tout doux: se garder, dans l'occasion, de faire le mal ; être attentive à faire le bien , et cela sans contrainte ni gêne. Faire le bien parce qu'il plaît à Dieu; fuir le mal parce qu'il lui déplaît, sans autre motif
Quand on vous dit, mes filles, qu'il vous faut tenir humbles, basses, petites et soumises, l'on vous dit vrai ; car c'est le propre lieu des novices que d'être sous les pieds de tout le monde : c'est leur vrai élément que l'humilité et abjection; leur vrai bien, que la mortification; leur vraie nourriture, que l'oraison et attention à Dieu. Mais l'on ne veut pas dire pour cela que vous vous teniez gênées, caria contrainte n'est rien moins que l'humilité.
La vraie et parfaite humilité est sans contrainte. Elle est fondée sur la sainte liberté d'esprit qu'ont les enfants de Dieu, qui est d'être indépendante de toutes les choses créées. L'essence de la vraie humilité de cœur, que le Sauveur nous recommande, c'est de connaître que nous ne sommes rien qu'une vapeur, qu'une ombre, qu'un vrai rien, et en être bien aise; se com-
plaire et se délecter de notre rien, afin que Dieu soit notre tout : et le haut point d'humilité c'est de désirer, d'accepter, et être bien aise de se voir pourchassée, et nous complaire que tout le monde nous connaisse, estime et traite comme des choses viles, abjectes et de néant. Cette humilité-ci n'apporte point de contrainte; au contraire, elle donne à l'âme qui la possède la vraie et sainte liberté. Elle ouvre le cœur pour recevoir tout de la main du bon Dieu.
Mes chères filles, il faut mettre cette maxime bien avant dans vos cœurs : que rien du tout n'arrive que par l'ordonnance de ce grand bon Père Céleste, duquel l'œil et la Providence s'étendent sur toutes les créatures; et, sous cette Providence divine, il faut vivre toute remise et toute libre; car les contraintes et les gênes sont pour les enfants du siècle, qui vivent sous l'esclavage du monde, et non pour les enfants de Dieu, qui vivent sous son joug, qui est doux et suave.
Quand je dis de vous ouvrir, de prendre de la liberté d'esprit, cela ne veut pas dire qu'il faille s'évaporer, faire des gestes contre la modestie , dire des paroles oiseuses , porter la vue égarée : ce n'est pas cela, mes filles, car c'est la liberté malheureuse et fausse. Mais, ce que je veux dire, c'est que vous fassiez tout en esprit de joie, avec plaisir de voir que vous faites des choses pou1- plaire à Dieu. Si vous portez la vue basse, que ce soit sans gêne, gaiement pour Dieu, étant en vous-mêmes bien aises d'avoir cette pratique à lui présenter; que vous soyez intérieurement bien aises de vous tenir en modestie, et d'assujettir votre corps et tous ses sens et ses mouvements, parce que les yeux de Dieu sont sur vous, et que la modestie religieuse lui est agréable, et ainsi de toutes les mortifications. Conversez franchement, joyeusement, simplement et très-cordialement ensemble, parce que Dieu aime l'innocence et la suave rondeur des âmes dédiées à son service et vouées à son amour.
Voilà donc la pratique que je laisse à nos filles, de faire leurs
actions avec une intention pure et droite, et non pas pour les yeux de leur maîtresse ni de leurs Sœurs, mais par la révérence de ceux de leur Sauveur, et qu'elles soient fort suaves et libres de la sainte liberté qui les conduira à la parfaite observance; toute liberté qui n'aboutit pas là est fausse. Apprenons donc à ces filles à s'ouvrir de telle sorte, qu'elles se tiennent toujours exactes à leurs devoirs; car la liberté d'esprit n'est pas la dissipation, c'est l'observance amoureuse. Cela est bien doux, mes filles, n'est-il pas vrai, de servir Dieu sans autre contrainte que celle de l'amour de ce bon Dieu et de votre vocation. Certes , il vous faut faire force à vous-mêmes, car il n'y a que les violents qui ravissent ie ciel. Il faut contraindre vos vieilles habitudes et inclinations pour les ajuster à la raison et à la règle; mais il faut que cette sainte violence se fasse sans contrainte, ains avec liberté d'esprit, et avec une suave joie intérieure de se contraindre pour Dieu. Mais, mes filles, que ce soit bien pour Dieu seul : pesez bien ceci; car, puisqu'il me semble que vous le comprenez, et que vous désirez de l'embrasser, j'espère que vous le pratiquerez. Je vous assure que c'est la doctrine salutaire et qui me semble vous être maintenant plus utile. Notre maîtresse, inculquez-la bien dans les cœurs et la leur faites bien comprendre, afin que, l'ayant bien comprise, elles la pratiquent. Elles sont de bonne volonté, toutes nos filles, et j'espère que Dieu les bénira, pourvu qu'elles soient très-humbles, trèsdouces, de bonne observance, et qu'elles fassent bien ce que je viens de dire.
Ma sœur N. ne rira plus quand on la mortifiera, car c'est une légèreté de laquelle elle veut bien s'amender. G ma fille ! toutes les mortifications que l'on vous fait au noviciat vous doivent être en respect; car non-seulement elles ont été ordonnées par notre saint Fondateur; mais aussi Dieu, de toute éternité, vous a préparé tous ces petits moyens pour vous aider à vous avancer en la voie de la perfection et du salut. Voyez-vous donc de quel
œil il les faut regarder? Dorénavant, ma fille, regardez-les avec révérence et recevez-les avec dévotion.
Nos filles se récréent-elles bien? Je désire qu'elles soient non-seulement recueillies, cordiales et suaves, mais je veux aussi qu'elles soient joyeuses et allègres, et qu'elles travaillent à leur besogne avec des cœurs qui ne soient ni contraints ni timides; mais avec des cœurs larges, contents et joyeux, et qu'elles soient toujours gracieuses, sans mines refrognées.
sur l'indifférence a recevoir des consolations ou des sécheresses
en l'oraison.
Mes très-chères filles, c'est une bonne finesse pour l'oraison que la simplicité avec Dieu, car par cette voie l'àme se conforme et se rend semblable, en quelque façon, à son Dieu, qui est un esprit fort pur et très- simple. Bienheureuses sont les âmes qui se laissent entièrement conduire à l'attrait de Dieu, le suivant en simplicité de cœur, retranchant à leur esprit toute curiosité, multiplicité, répliques, distinctions, ou désirs de se voir soi-même, suivant simplement et fidèlement la simplicité de leur attrait.
Ma fille, qui ne cherche pas la suavité de l'oraison, ne s'aperçoit pas quand il n'y trouve pas la douceur et suavité. Quand une personne va en un lieu sans prétention d'y trouver quelque chose, encore qu'elle la rencontre, elle n'y pense pas toutefois; et, si elle n'y trouve rien , elle ne s'en met pas en peine, parce qu'elle ne cherchait rien : ainsi , mes chères filles , allez à j l'oraison, non pour chercher les goûts, non pour y recevoir des consolations, mais pour vous tenir en une extrême révérence et
abaissement devant Dieu, pour épancher votre misère devant sa miséricorde, pour vous tenir, nonobstant toutes vos distractions, en sa sainte présence, ne voulant et ne cherchant que son bon plaisir et sa sainte volonté; ainsi faisant, vous ne vous apercevrez pas si vous n'avez point de goût , parce que ce n'est point le goût que vous cherchez, mais Notre-Seigneur, lequel vous trouverez toujours par la foi ; cela doit vous suffire. Faites fidèlement votre devoir et ne vous mettez pas en peine, il saura bien faire le sien envers vous quand il en sera temps.
Oh! que je voudrais bien que nos Sœurs n'allassent point chercher leurs goûts et consolations en l'oraison, mais seulement Notre-Seigneur et sa sainte volonté, qui n'est pas moins dans les distractions involontaires que dans les suavités délectables, qui font grand bien toutefois quand Notre-Seigneur les donne. Et j'ai tant de confiance en nos Sœurs, que je m'assure que quand il plaira à Notre-Seigneur de leur en donner elles ne les refuseront pas. Quand vous en aurez, mes filles, humiliez-vous fort, et confessez que vous ne méritez pas d'être nourries de cette manne qui fortifie si fort l'âme et la fait courir si allègrement au service de Dieu; faites-en profit, mais ne vous y attachez pas. Quand vous n'en aurez point ne les désirez pas; mais humiliez-vous fort, reconnaissant que vous ne méritez pas ces suavités divines, parce que vous ne vous mortifiez pas assez ou que vous n'êtes pas assez fidèles à en tirer profit, et ne laissez pas de faire votre petit devoir, étant soigneuses de faire force pratiques de vertus, force oraisons jaculatoires, force rejet des distractions, et, Dieu vous voyant ainsi, vous bénira.
SUS LA PURETÉ DE COEUR ET L'iMPORTANCE DE S'AFFECTIONNER