A ^ORAISON
Hé bien, mes filles, je vous amène une maîtresse; vous lui obéirez bien de bon cœur, je le sais bien, et lui rendrez le même honneur et la même simplicité qu'aux autres que vous avez eues ci-devant.
Et vous, notre maîtresse, vous servirez nos filles que voici, joyeusement, fidèlement et de bon cœur, notre nombre s'accroîtra. Ce que je désire que vous inculquiez le plus à celles qui seront sous votre charge , ce sont ces trois choses : premièrement la pureté de cœur, qui bannit toute sorte de péchés et imperfections volontaires; car qui se plaît de plaire à Dieu, fait tout purement pour son amour. La seconde chose, c'est la très-exacte observance de tout ce qui est de l'Inslitui, être trèssoigneuses que tout, entièrement, se pratique, voire même les moindres choses, et par ce moyen les rendre souples comme des gants; car c'est l'une de nos observances, que l'humble déférence des unes aux autres, avec un honneur grand et cordial, lequel, comme dit notre Bienheureux Père, ne consiste pas aux gestes extérieurs, mais aux véritables sentiments du cœur. La troisième chose c'est l'affection à l'oraison et au saint recueillement; car c'est là où elles recevront lumière et force pour une plus parfaite observance. Voyez-vous, mes filles, plus l'àme est proche de Dieu, mieux elle connaît sa volonté; et plus elle se rend familière avec sa bonté par l'oraison et le recueillement, plus aussi il lui donne de force pour embrasser ce qu'elle voit lui être agréable. Notre maîtresse, je ne
vous recommande pas de mortifier ces filles-ci, elles le sont déjà toutes. Et puis je n'aime pas ces mortifications qui surchargent l'attention, bandent l'esprit, accablent le corps, mais oui bien celles qui se rencontrent dans l'observance à chaque moment, selon l'ordre de la Divine Providence. A Dieu, mes chères filles, dans dix-neuf jours nous nous reverrons, Dieu aidant. Demeurez avec notre Seigneur, toutes à Lui, et ne crains point, petit troupeau, car c'est Dieu qui te gouverne, et mon Père Céleste a soin de toi.
(Faite en 1633)
SUR CES PAROLES : RIEN NE PEUT PROFITER A l'aME SANS LAMOUR