DES BÉNÉFICES
PREMIER POL\T
Considérez, que Dieu nous a faits comme la perfection et abrégé de l'univers; il a rendu notre âme un magasin de ses richesses, ce qui fit dire à David : « Les merveilles de la science » de Dieu se voient en moi. »
DEUXIEME POINT
Considérez, que Dieu vous a été si libéral, qu'il a fait tout ce monde pour vous. Vois, mon àme, le Ciel, la terre, et tout ce qui est créé; tout a été fait pour toi, partie pour ta nécessité, partie pour ta consolation et récréation. Mais comme en faut-il user? comme Notre-Seigneur et les Saints ont fait : sobrement, saintement et dévotement. Comme en ai-je usé? superfluement, mondainement et profanement; j'ai tout rapporté à moi-même, et me suis arrêtée au seul plaisir qui m'en revenait, étant comme ce mauvais négociateur auquel tout fut commis , et qui mésusa de tout.
TROISIEME POINT
Voyez, mon âme, la multitude des bénéfices que Dieu vous a départis : vous n'avez pas été étouffée au ventre de votre mère; vous avez été baptisée, nourrie en l'Eglise, retirée de la troupe mondaine , instruite en la voie de l'Esprit , inspirée de mille inspirations, éclairée de mille clartés, poussée à mille bonnes résolutions : quelle grâce en deviez-vous rendre! Mais, ô Dieu! combien peu fidèlement tout cela a-t-il été ménagé! Hélas! comme un enfant prodigue, vous avec mésusé des biens et de la bonté de votre Père; toutefois, recourez à votre Père; car étant bon il vous recevra.
Première affection. — 0 Seigneur! que votre libérale main a enrichi cette belle âme de grands dons! Ah! n'est-elle pas heureuse d'avoir la foi au Sauveur, l'espérance par icelui, l'affection avec le désir d'obéissance à ses divins vouloirs? 0 souverain Donateur! pour comble de vos bénéfices, faites encore celui-ci à mon âme, que jamais je n'abuse de vos divins présents; assurez ma foi, affermissez mon espérance, accroissez mon désir, échauffez mes affections, en sorte que je me rende
MEDITATIONS POUR LA SOLITUDE. Il
digne du bénéfice suréminent de la réception de votre très-saint Corps.
Deuxième affection. — Hélas! comme me suis-je rendue ingrate envers un si bénin et libéral Seigneur, vu que je sais que non-seulement il a fait pour moi tout ce que je vois, que je goûte et que je sens; mais que sa libéralité passant plus avant, œil n'a vu, ni oreille ouï les grands biens qu'il me réserve, si je suis une loyale servante. Ah! mon Roi, je reçois à tous moments les effets de votre libéralité, et à peine vous dis-je un grand merci; et, néanmoins, comme il ne se passe point cle moment que je ne jouisse de vos bienfaits, il ne s'en devrait point écouler que je ne vous envoyasse mes actions de grâces : mon âme, comme ferons-nous cette pratique? sinon de si bien et religieusement user de ce monde, comme n'en usant point, que toute notre vie soit une action de grâces; et, pour cela, i! faut nous attacher au Donateur et non à ses présents.
Troisième affection. — Hélas! mon Donateur, si David disait : « Que rendrai -je au Seigneur pour les biens qu'il ma » faits? » ah! que l'homme chrétien, ah! que l'âme religieuse devrait bien être en plus grande peine pour trouver de quoi vous faire des reconnaissances! 0 Dieu de toute bonté, c'est peu de chose si je vous fais un holocauste de moi-même; toutefois, s'il vous plaît de me demander mon cœur, tenez, Seigneur, je vous le donne, et que jamais il ne retourne en ma possession.