‹ Œuvres diversesChapitre 138 sur 281 · DES PÉCHÉS · texte numérisé non relu

DES PÉCHÉS

PREMIER POINT

Nous n'appréhendons pas le péché, parce que nous ne considérons pas assez son malheur; car le péché est appelé une aversion ou détour de Dieu, et une conversion à la créature; et, c'est en cet éloignement de Dieu que consiste le mal principal du péché. Hélas! voyez combien de fois vous vous êtes éloignée de ce bon Dieu. Eh! mon âme, devez-vous dire, est-il possible que vous preniez plaisir à vous divertir [détourner] de la source de tout bien, pour aller dans les abîmes du péché?

DEUXIÈME POINT

Considérez, qu'il y a plusieurs malheureux escaliers par où l'âme descend à la perdition : l'ingratitude, l'attention aux choses humaines, qui ôte celle des choses divines, l'habitude aux pensées frivoles et superflues, une certaine maudite accoutumance de parler mal du prochain, d'où, en parlant du mal d'autrui, on perd la honte du sien propre, et de là on descend à s'oublier de recourir à Dieu par prières, et enfin, l'on se précipite en un tel malheur, que l'on boit sans remords l'iniquité comme l'eau. 0 âme destinée aux félicités éternelles ! je vous fais voir cette infortunée descente, afin que vous retiriez vos pieds de ces mauvais pas.

TROISIÈME POINT

Considérez, que ceux-là se perdent avec Caïn, qui ne se veulent pas bien confesser, ou qui le font par habitude, sans un vrai remords de leurs péchés, et un ferme propos de s'amender : ceux-là au contraire se sauvent avec le bon Larron, et avec Job, qui assurait ne point garder son péché en son sein, mais qui

s'accusait de ses fautes. Hélas! nous péchons au corps, et en l'âme par d'innombrables façons d'omission, de commission et d'inadvertance, et ceux-là se déçoivent eux-mêmes qui, pour se voir en religion et hors des occasions des griefs péchés , qui sont plus visibles, estiment leurs fautes petites, et négligent d'en avoir la douleur; car, pour petits que soient les péchés, c'est une grande ingratitude envers Dieu, et lui seul sait la gravité de nos péchés, et non pas nous.

Première affection. — Sus, mon âme, approchons -nous de Dieu, il reçoit les pécheurs; ne quittons plus notre Jésus, le voilà qui nous appelle : «Retournez, retournez, dit-il, enfants » errants qui délaissez votre Père. » Ah ! Seigneur, voici que je viens à vous, parce que vous m'avez appelé; recevez-moi, selon votre parole, et je vivrai. Non, jamais, Seigneur, moyennant votre grâce, non, jamais je ne veux m'éloigner de vous. Hélas! je ne l'ai que trop fait, c'est de quoi je me repens de tout mon cœur.

Deuxième affection. — 0 Dieu! plein de clémence, plus grande est votre miséricorde que mon iniquité; si vous me vouliez reprendre selon votre justice, que serait-ce de moi? car je vois qu'il n'y a pas un de ces mauvais escaliers sur lequel je n'aie posé mon pied : et, partant, ô mon Père! j'ai péché contre le ciel, et devant vous, et ne suis pas digne d'être nommée votre fille, et néanmoins, j'aspire encore à ce bonheur.

Troisième affection. — Ah! Seigneur, désormais, avec votre grâce, j'accuserai mes péchés avec grande douleur, n'estimant jamais faute petite, puisque c'est un si grand Dieu à qui mes péchés s'attaquent. Ah! Seigneur, vous attendez et différez la correction du pécheur, mais vous ne vous tairez pas toujours s'il ne s'amende : il faut donc, mon chétif cœur, vous fondre par une sainte contrition et pénitence, pour la seule considération de l'infinie bonté de Dieu, que vous avez offensé, et vous

remplir d'une vive résolution de mourir plutôt que de pécher volontairement. 0 Seigneur! qui voyez l'imbécillité [faiblesse] de mon cœur, fortifiez-le de votre secours, afin que cette mienne résolution soit efficace.

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