DE LA MORT
PREMIER POINT
Considérez, que c'est un grand reproche, ô mortels! de mou rir sans y avoir pensé : la mort qui domine sur cette vie périssable ne tient point de train ordinaire, elle prend tantôt ici, tantôt là, sans choix ni méthode, les bons emmy les mauvais, les jeunes parmi les vieux. Oh! que bienheureux sont ceux qui vivent en continuelle défiance de mourir, et se trouveront toujours prêts à mourir, en sorte qu'ils puissent revivre éternellemenr en la vie où il n'y a point de mort.
DEUXIEME POINT
Considérez, que Dieu nous ayant mises en la maison de ce monde, au jour qu'il sait, et que nous ignorons, il nous appellera devant lui avec cette semonce : « Viens rendre compte de ta » dépense, de tes vœux, de tes règles et observances ; bref, de » tons les biens sur lesquels je {avais constituée. » Hélas ! de quelle issue ce compte sera-t-il suivi? Je ne sais, car toutes choses sont réservées incertaines pour le temps à venir.
TROISIEME POINT
Considérez, que le juste ne meurt pointa l'impourvu; car c'est bien avoir pourvu à sa mort que d'avoir persévéré en la justice
chrétienne, et en l'obéissance religieuse jusques à la fin ; aussi l'Eglise ne fait pas simplement requérir de ne mourir pas de mort soudaine, mais de mort imprévue.
Première affection. — Quand l'état religieux n'apporterait autre bien que celui d'une perpétuelle préparation à la mort, il le faudrait avoir en grand respect. Ah! mon âme, la mort nous apprend tous les jours que tout ce que ce monde fait voir de grand, n'est qu'illusion et mensonge, et que la vie de l'homme s'enfuit comme une bouffée de vent qui passe. Sus donc, jetonsnous aux pieds du Roi immortel, duquel la mort est plus aimable que la vie de tous les rois de la terre : ah! doux Jésus! donnezmoi ce bon souvenir de la mort qui tue le péché, qui m'humilie pensant à ma poudre, et qui me fasse mépriser tout ce qui est périssable.
Deuxième affection, — 0 mon Bienheureux Père! ah! que vous ne mourûtes pas de mort imprévue, vous qui étiez si souvent profondément attentif, et aux écoutes pour entendre sonner la retraite, et qui disiez : « Je pense à me mettre en équipage » pour le grand voyage éternel. » Ah! que je devrais être attentive à cette pratique que vous nous avez ordonnée, de soupirer les heures inutilement passées, puisque de toutes il faudra rendre compte au jour du trépas : prenez garde, ô ma chère âme! comme vous observez tout ce qui dépend de votre Institut; car je vous avertis qu'il faudra rendre compte de tout à votre grand Juge : ô Jésus! souvenez-vous que vous êtes ensemble et mon juge, et mon père, et mon sauveur, et mon examinateur.
Troisième affection. — Hélas! quand je pense comme j'ai employé le temps de Dieu , je suis bien en peine qu'il ne me veuille pas donner son éternité, puisque/ ne la donne qu'à ceux qui emploient bien leur temps, disait notre saint Fondateur. Si ce serviteur fidèle dit cela de lui-même, que dois-je dire de moi, dépensière inique? O mon doux Jésus! humiliée
sur ma face devant vous, je vous requiers de n'entrer point en compte exact avec votre servante, car qui pourrait soutenir votre ire? mais plutôt, faites-moi cette grâce, qu'à l'imitation de mon Bienheureux Père , je prenne tant de soin de vous bien servir, que je vous laisse et abandonne tout le soin de ma mort.