DU JUGEMENT
PREMIER POINT
Considérez, mon âme, que vous êtes bien insensible, si vous ne tremblez point au souvenir de ce jour final , où le feu consumant viendra devant la présence du Juge; les foudres et les tempêtes bruiront autour de lui, les eaux s'élèveront et jetteront des flammes, les monstres marins et toutes les bêtes de la terre hurleront lamentablement et effroyablement; et, quand le Juge viendra, il ébranlera les cieux, les étoiles tomberont à ses pieds, la lune sera faite comme de sang, le soleil très-obscur, noir et sans lumière. 0 Dieu! quelle convulsion en la naturel mais c'est Dieu qui l'a fait, car l'univers est si noble que personne ne le peut détruire que son Créateur.
DEUXIÈME POINT
Considérez, que Jésus étant assis au siège de sa Judicalure, et toutes les nations devant lui, il séparera, comme les bergers, les boucs d'avec les brebis, et imprimera es esprits des damnés l'appréhension de la perte qu'ils feront, en une façon admirable : car la divine Majesté leur fera voir clairement la beauté de sa face, et les trésors de sa bonté. A la vue de cet abîme infini de délices, la volonté, par un effort extrême, se voudra lancer sur
icelui, pour s'unir à Lui et jouir de son amour; mais ce sera pour néant, car dès que la divine beauté aura pénétré l'entendement de ces infortunés, la divine justice ôtera tellement la force à la volonté, qu'elle ne pourra nullement aimer cet objet si aimable, et ils entendront cet épouvantable arrêt : « Retirez- 5j vous de moi, maudits de mou Père; allez au feu éternel. »
TROISIEME POINT
Et le Juge se tournant vers ses chères brebis : « Venez, 55 dira-t-il , bénis de mon Père , posséder le royaume qui vous est 55 préparé. 55 Alors la force du commandement d'aimer cessera pour faire place à la force du contentement, et alors nous verrons que le commandement d'amour que le roi Jésus a donné aux citoyens de la Jérusalem militante, n'a été que pour leur faire mériter la bourgeoisie de la Jérusalem triomphante.
Première affection. — 0 Juge souverain ! quand vous ferez éclore toute la nature humaine en éternité, vous briserez la coque de ce inonde visible; j'adore votre puissance, mais j'invoque votre miséricorde; car, en ce jour de votre ire, si les colonnes du Ciel sont ébranlées d'étonnement, que sera-ce dans mon cœur, qui comme un petit fétu s'agite à tous vents ? Hélas ! ô bon Dieu! vous rendrez à chacun selon ses œuvres; il ne me faut donc mettre en souci que de bien faire, car ce sera le jour de vos rémunérations générales. Oui, même la terre, ô mon Dieu! qui a porté vos élus, sera changée, quant à la figure, et faite plus claire qu'un miroir; le soleil aura sept fois plus de clarté qu'il n'en a maintenant, et la lune sera claire comme le soleil; ah! qu'il fera bon voir le roi Jésus au jour de sa majesté !
Deuxième affection. — Que dis-je? en ce jour, hélas! que servira-t-il aux méchants de le voir s'ils ne le peuvent pas aimer? Ah! Seigneur, délivrez-moi de celte tristesse éternelle
et de ce désespoir immortel de ceux qui se verront dans une impossibilité, ains dans une aversion effroyable d'aimer une tant aimable bonté.
Mon àme, c'est à vous maintenant à vous juger, condamner et corriger, et à vous adonner aux solides vertus de votre vocation , car quand bien en ce jour formidable vous diriez : Seigneur, j'ai ressuscité des morts et fait des miracles en ton nom, vous ne lairriez pas d'ouïr cette redoutable parole : « Allez, v ouvriers d'iniquité, je ne vous reconnais point, car vous ria- » vez pas observé vos vœux et vos règles. »
Troisième affection. — 0 sainte et bénite troupe, bénite immortellement soyez-vous! Ah! vous êtes bénite, parce que vous avez été simple et obéissante comme brebis : faites, ô doux Jésus, mon doux Maître! que je vous bénisse tout le long de cette vie par bonnes œuvres, afin que vous me bénissiez tout le long de votre éternité, et donniez votre dextre à l'ouvrage de vos mains.