DE L'ENFER
PREMIER POINT
Considérez qu'après le jugement, les esprits réprouvés, avec leurs corps complices de leurs forfaits et compagnons de leurs peines, entreront pour jamais dans leur épouvantable demeure, et habiteront éternellement en ce lieu de ténèbres , où l'horreur habite, et où il n'y a point d'ordre, ains une effroyable confusion.
DEUXIÈME POINT
Ces infortunés demeureront dans leur infernale prison, pleins
d'une rage désespérée de savoir une perfection si souverainement aimable, sans en jamais pouvoir avoir ni la jouissance ni l'amour, parce que, tandis qu'ils l'ont pu aimer et servir, ils ne l'ont pas voulu, ce qui m'apprend qu'il faut travailler tandis que j'ai la lumière.
TROISIÈME POINT
Considérez, qu'entre tous les maux de ces infortunés, c'est qu'ils brûleront d'une soif d'autant plus violente, que le souvenir de la belle source éternelle aiguisera leur ardeur, et ils seront éternellement comme des chiens enragés, périssant d'une faim d'autant plus véhémente, que leur mémoire en affinera l'insatiable cruauté , par le souvenir du festin éternel dont ils sont privés; et, se maudissant les uns les autres, ils maudiront réciproquement leur Créateur, voyant qu'à toujours, et jamais, en éternité, ils seront malheureux.
Première affection. — 0 Dieu ! quand je vois Adam et Eve descendre du paradis terrestre (après avoir été comblés de tant de grâces) chargés de leurs péchés, si pleins de misères que l'on peut dire : Qui sont ceux-ci qui descendent du paradis, si abondants de calamités? je suis tout étonnée; mais, ô Sauveur du monde! je le suis bien davantage quand je vois une àme nourrie au paradis de l'Eglise, enrichie des trésors d'icelle, capable de la félicité éternelle, descendre par sa faute dans le malheur éternel. Ah! Dieu, mon Dieu! ce dis-je, elle pouvait être votre épouse et la voilà votre ennemie; elle pouvait jouir de l'Eglise triomphante , et la voilà citoyenne de la Babylone infernale. O péché! ô propre volonté! c'est vous qui conduisez cette malheureuse en ce désastre, et c'est donc vous que je déteste de tout mon pouvoir.
Deuxième affection. — Oâmes religieuses! hélas! hâtez-vous; de servir Dieu, et d'entrer dans- le chemin étroit de toutes vos observances, car il conduit à la vie. Eh! mon doux Jésus, dé-
tournez mes pas de celte voie large et spacieuse, sensuelle, volontaire et libertine qui conduit à la mort éternelle, et où il y en a tant qui entrent! gardez-moi encore de suivre cette voie double et tortue, qui conduit les hypocrites à perdition.
Troisième affection. — 0 âmes religieuses! hélas! vous avez tant de moyens de vous perfectionner, vous êtes sur l'échelle mystique qui aboutit au ciel. Ah ! que si par votre détraquement, vous vous jetez dans l'abîme éternel, que vous y serez profondément enchâssées : c'est au plus profond, dit un saint contemplatif. 0 très-sainte Vierge! ne permettez pas que jamais aucune des brebis de votre troupe soit jetée parmi les boucs et les loups infernaux.
Ah! Mère de toute douceur, je fuis l'enfer, parce que l'on n'y aime point votre Fils ni vous; car les Bienheureux s'estimeraient damnés s'ils étaient privés un moment de cet amour. 0 Mère du saint amour! faites-moi tellement commencer d'aimer que je puisse éternellement aimer votre très-saint Fils.