‹ Œuvres diversesChapitre 144 sur 281 · DE L'OBÉISSANCE · texte numérisé non relu

DE L'OBÉISSANCE

PREMIER POINT

Considérez ce que c'est que l'obéissance religieuse que vous avez vouée; c'est une entière résignation (dit saint Climacus), de toutes les volontés humaines, une mort volontaire, une vie sans curiosité, un chemin assuré qui ne cherche point d'excuse devant Dieu , une navigation certaine, un tombeau de la propre volonté, et un réveil de l'humilité. Hélas! voyez combien mal vous avez observé une vertu si digne; si vous ne la pratiquez comme il faut, vous exposez votre âme à tous les maux contraires aux biens susdits.

DEUXIÈME POINT

Pour vous époinconner davantage à la pratique de cette vertu, considérez le doux Jésus en la maison de saint Joseph, retiré à l'écart du monde, et étant en tout obéissant : car ce fut là qu'il commença la vie monastique; mais, mon Dieu! en quoi obéitil? En des choses basses et viles, à aider à tirer une scie, ou à manier un rabot, lui, le Dieu de toute Majesté et de toute gloire; et, nous, créatures pleines de toute vileté et de toute abjection, à peine embrassons-nous joyeusement une obéissance, si notre propre gloire et satisfaction n'y est attachée.

TROISIKME POINT,

Repassez par votre esprit cette sainte parole du Sauveur : « Je ne suis pas venu en ce monde pour faire ma volonté, mais « celle de mon Père , qui m'a envoyé , » et dites : 0 mon Dieu ! je ne suis pas venue en ce saint monastère faire ma volonté, mais celle de mon Père céleste qui m'y a envoyée par son inspiration, laquelle je vois en mes règles, en mes observances, et en tout ce que mes supérieurs m'ordonnent. Certes, la religieuse qui veut avoir de la volonté propre au monastère, n'imite pas son Epoux, et pour cela, au jour du Jugement, elle méritera d'être jugée avec les mondains et volontaires. 0 Dieu! quelle confusion !

Première affection. — Seigneur, je confesse que tout est assuré en l'obéissance, et tout est incertain hors d'icelle; hélas ! que j'ai fait un grand mal! laissant vivre ma propre volonté, j'ai démenti mon vœu et ma profession. Hé! le grand malheur! je me suis reprise après m'être donnée à vous : ah! Seigneur, je me repens de cette faute , et derechef me jetant entre les bras de l'obéissance et de mes supérieurs, je me résous avec votre grâce de cheminer à l'aveugle, ne regardant point où l'on me fait passer, mais seulement le bienheureux pays où l'on me conduit, à savoir en votre sainte éternité.

Deuxième affection. — Ah ! mon doux et obéissant Seigneur, que j'ai été ma! avisée quand j'ai préféré les obéissances des choses plus hautes aux plus petites! Non, mon Dieu, ne permettez pas que ce désordre m'arrive, mais faites-moi voir d'un œil dévot les choses plus basses, comme des exercices esquels on peut imiter plus facilement votre sainte humanité abaissée et humiliée. Que donc jamais il ne m'arrive de murmurer de quoi que l'on me commande, ni de trouver à redire des emplois qu'on me donnera, mais que d'une sincère affection j'estime

que ma viande et ma douce nourriture est de faire en tout la sainte obéissance.

Troisième affection. — 0 propre jugement, séducteur de ma volonté! et vous, ma volonté, il est temps que je vous anéantisse, autrement vous m'anéantiriez. Ah ! mon Dieu, non, je ne veux point retrancher ma propre volonté parce qu'elle me conduit toujours au mal, mais parce qu'elle m'empêche de vous suivre. 0 vous qui avez été obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix, faites que je ne vive, ni que je ne meure que par obéissance. Hélas! le Sauveur ne veut pas faire sa volonté toute sainte, oserais-je présumer jamais de faire la mienne, qui est toute mauvaise?

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