DE LA CHASTETÉ
PREMIER POIXT.
Considérez la grâce que Dieu vous à faite de vous avoir choisie pour son épouse, puisque ordinairement les filles changent leur condition en celle de leur époux, et deviennent reines s'il est roi; regardez avec quelle révérence vous devez estimer cette grâce. « Ils ont été faits abominables comme les choses « qu'ils ont aimées, » dit le Prophète des méchants, et nous pouvons dire des bons qu'ils se rendent aimables comme les choses qu'ils aiment.
DEUXIEME POINT
Voyez à quel bonheur Dieu vous a appelée; ceux qui demeurent au siècle courent grande fortune [chance] de présentera
Dieu un cœur partagé, et partant de voir l'Epoux céleste en faire refus , disant : L'on ne peut servir à deux maîtres. Mais les âmes qui quittent absolument tout pour se consacrera Dieu, sont délivrées de ce danger, et doivent barrer la porte de leur cœur de la barre d'une chaste crainte, afin que jamais rien n'y entre que ce qui tend à l'amour et au service de leur Epoux.
TROISIEME POINT
Repassez par votre esprit la perfection intérieure à laquelle ce vœu vous oblige, la tirant des propres paroles de la règle, qui ne vous donne plus liberté de vivre, respirer, ni aspirer que pour l'Epoux céleste : que s'il faut encore avoir de la conversation, qu'elle soit immaculée et angélique. Ah! que bienheureux sont les purs et nets de cœur, car ils verront Dieu!
Première affection, — 0 Jésus! cher époux des âmes pures, j'admire les excès de ^/otre bonté, qui, m'ayant choisie pour une dignité si grande que d'être votre épouse, ne m'a pas encore rejetée, vu que si souvent je vous ai manqué de fidélité; j'en rends mille grâces à votre souveraine douceur. Mon âme, humiliez-vous fort devant cette grande troupe de Vierges qui suivent V Agneau partout oh il va, et sa très-sainte Mère ; suppliez-les qu'elles vous offrent à Jésus, Roi des Vierges, et soyons dévotes à notre bon Ange , car ces célestes esprits prennent plaisir à garder le lit du roi Salomon, à savoir l'âme pure, humble, dévote et fidèle.
Deuxième affection. — Mon Bien-aimé , pour garder à vous seul le jardin de mon cœur, faites-moi la grâce que je l'entoure tout des épines d'une sainte mortification; que je ferme les portes et fenêtres de mes sens, afin qu'il ne sorte dehors aucune de mes pensées, mais que toute mon âme demeure entièrement occupée auprès de vous, ô mon unique consolation et ma très-douce retraite!
Troisième affection. — Quand sera-ce, mon Dieu, qu'aidée de votre grâce, je marcherai en ma voie, selon toute l'étendue de mes obligations, et que les paroles de mes vœux seront toujours devant mes yeux, afin qu'évitant l'évagation, l'immortification des sens, les inutiles occupations d'esprit, je n'aspire et ne respire qu'à vous? Faites-moi cette grâce, ô mon trèsbon Dieu! et que plutôt les choses de ce monde me tournent en amertume et mortification, afin que vous seul soyez doux à mon âme, et que mes pensées n'aient de plaisir qu'en votre douceur souveraine.