POUR NOUS AIDER A CONNAITRE NOTRE MISÈRE ET FAIBLESSE
PREMIER POINT
Qu'est-ce que la créature humaine, qu'une chétive fumée qui se dissipe, et, comme dit Job : « Une vaine feuille d'arbre » agitée du vent, le jouet des maux, une inconstance sans fer v meté, et pour fin la proie d'un sépulcre »; mais encore cette misère est même parvenue à tej excès par la liberté de sa volonté dépravée, qu'elle convertit quasi toutes choses en son propre malheur, et se vient rompre le col sur la pierre vive qui était posée pour son appui et fermeté.
DEUXIEME POINT
Regardez qu'étant si peu de chose, qu'est-ce que vous pouvez de vous-même? à savoir, faire beaucoup de mal et point de bien ; vous pouvez tomber en mille péchés et demeurer en ce misérable état, sans vous en pouvoir relever de vous-même jusqu'à ce que le Seigneur, par des lumières, craintes, remords
et mouvements salutaires, vous fasse retournera lui ; dites donc avec saint Augustin : « 0 Seigneur, sans vous je puis aller à la » mort, mais jamais sans vous je ne saurai trouver le chemin » de la vie. »
TROISIEME POINT
Considérez de plus, que votre fragilité est si grande qu'étant daus le chemin de la vertu, vous n'y sauriez cheminer de vousmême; si Notre-Seigneur, par un soin continuel, ne veillait à votre conduite, vous forligneriez à tout moment, et vous détraqueriez.
0 âmes religieuses ! gardez-vous que le Seigneur ne fasse de vous cette plainte : « Israël était faible , je le conduisais moi- » même, mais il s'est secoué de ma main et s1 est perdu. »
Première affection. — Hé! Seigneur, soyez à mon aide, ains plutôt hàtez-vous de m'aider; hélas! je ne suis qu'un atome et un rien, et je me veux élever.
0 mon Dieu! je dirai avec David, que vous êtes mon Père, mon Dieu et le roc de mon salut; ôtez-moi de la conduite de ma propre volonté, et que votre dextre soutienne votre imbécile [faible] servante.
Deuxième affection. Mais, ô mon Dieu! si, selon ma misère, il m'arrive de tomber en ce malheureux précipice du péché, hélas ! regardez-moi de votre œil propice : car, sans votre secours, je ne puis nullement avoir la pensée de sortir de cet abîme; ma chère âme, concevez bien cette misère, et partant tenez-vous toujours très-humble et dépendante de votre divin Epoux.
Troisième affection. — Seigneur, je confesse que mon commencement, ma persévérance et ma fin dépendent de vous; hélas! si votre bonté ne m'eût secourue déjà et dès longtemps, je serais périe. 0 Conducteur d'Israël! non, jamais, moyennant
votre grâce, je ne veux quitter votre douce main, qui me porte et conduit par la voie de votre volonté. Eh! plutôt, Seigneur, que votre dextre soit sous mon chef, et que votre senestre m'embrasse; ainsi je verrai que je n'ai rien que je ne l'aie reçu de votre bonté. De quoi donc me glorilîerai-je? sinon de n'être rien , et que mon Dieu soit tout.