DE LA SOUMISSION QUE LE SAUVEUR PRATIQUE EN SA DIVINE ENFANCE
PREMIER POINT
Considérez, premièrement la soumission de ce Fils éternel à la volonté de son Père céleste ; voyant qu'il voulait sauver l'homme, il s'offrit et se soumit de descendre en terre , et s'enfermer dans les pures entrailles de la très-sainte Vierge ; lui qui était tout grand, tout voyant, tout-puissanl , tout parfait, ne refusa point, et, comme chante l'Eglise, ri eut pas en horreur cette petite prison obscure et étroite, parce que telle était la volonté de son Père.
DEUXIÈME POINT
Considérez, que ce bon Sauveur s'étant soumis à l'office de Rédempteur des hommes, se soumit si entièrement à tout ce qui en dépendait, qu'il fut content de cacher sa sagesse éternelle sous le voile de l'enfance; lui qui était la parole incréée, se soumit à ne parler point, qu'en l'âge des autres enfants; bref, ce riche, ce fort, cet immortel se soumit à ne paraître que pauvre, que faible et que mortel; et moi, petit ver de terre, je veux parler, je me veux élever.
TROISIEME POINT
Considérez jusques où passa la soumission de ce divin Sauveur, puisque l'Evangéliste dit qu'zY était en tout obéissant à la sainte Vierge et au glorieux saint Joseph ; il se laisse totalement à la merci de leur conduite, porter, rapporter et tourner à toutes mains avec une égale indifférence, à cause, sans doute qu'il les regardait comme des personnes commises par son Père éternel pour la conduite de sa très-sainte enfance.
Première affection. — 0 Dieu éternel! Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui pour notre bien l'avez envoyé de votre sein prendre notre vie, afin qu'il nous donnât la sienne : eh! envoyez à mon cœur des affections de reconnaissance, et sur mes lèvres des actions de grâces pour ce bienfait. 0 doux Jésus'! si selon ma petitesse je pouvais entrer dans l'imitation de votre soumission, que je serais heureuse! Quand l'obéissance m'enverrait ou me laisserait là, ou me commettrait à quelque chose, je ne trouverais point de lieu trop petit, trop incommode; tout serait bien reçu de ma volonté, si elle était soumise à celle de mon Père céleste. Est-il possible, ô mon Dieu! que je vous voie tant entreprendre pour moi, et que je ne veuille rien entreprendre pour vous? Il faut, ma chère âme, prendre courage, pour imiter votre Epoux; montez à lui par cette heureuse descente de la soumission et démission de vous-même.
Deuxième affectioîi. — Ah! mon Seigneur, puisque pour vous obéir j'ai pris la vocation religieuse, aussi pour vous imiter, je veux , avec votre grâce, me soumettre à votre exemple à tout ce qui dépend et appartient à cet état; n'étant rien, je désirerai de ne rien paraître ; devant être faite comme un petit enfant, pour avoir le Royaume des Cieux, je me tiendrai en silence, et comme ne sachant pas parler, sinon pour la charité
ou nécessité; tels sont les désirs de mon cœur. Mais, ô doux et divin Enfant! j'attends de vous, et non de moi, la grâce, la force et la fidélité dont j'ai besoin pour en venir à l'effet.
Troisième affection. — Que m'apprenez-vous, ô mon divin
Maître! dans vos soumissions à la très-sainte Vierge et à saint
Joseph, sinon à ne rien demander et à ne rien refuser; mais
à me tenir entièrement dépendante de la volonté et direction
des supérieurs, que le Père céleste a ordonnés sur moi. Ah! mon Dieu, que je devrais bien avoir honte, vous voyant être
en tout obéissant, et moi être si souvent rebelle; ne permettez
plus, Seigneur, que ce malheur m'arrive, mais accordez-moi
celte miséricorde qu'en adorant votre soumission, j'entre dans
la pratique de cette sainte vertu.