‹ Œuvres diversesChapitre 154 sur 281 · DU JARDIN DES OLIVES · texte numérisé non relu

DU JARDIN DES OLIVES

PKEMIER POINT.

Considérez le Seigneur de la Majesté retiré la nuit dans ce jardin des Olives, il devient blême, la douleur le saisit : ce Ah! « dit-il^ mon âme est triste jusqu'à la mort, » et se prosternant en prières, il dit à son Père Eternel : « Mon Père, s'il est pos- « sible que ce calice passe, mais non point ma volonté, ains la a vôtre soit faite, n et répéta par trois fois la même oraison, avec telle angoisse et force, qu'il se prit à suer sang et eau tout ensemble.

DEUXIEME POINT

Considérez, qu'est-ce qui peut avoir tiré ces tristesses de la mort dans l'àme de la vie? Sans doute c'est l'amour qui l'a chargé de tous les péchés des hommes, et qui voulut, pour le bien des hommes, lui faire ressentir les effets et les appréhensions de la partie inférieure. Que dites-vous, mon Jésus, que votre Ame est triste jusqu'à la mort? Hélas! n'est-ce pas vous qui avez dit à vos apôtres, que vous avez un grand désir d'être baptisé du baptême de votre Passion? Oui, c'est vous-même :

mais, comme dit saint Augustin, nous ayant premièrement créés par puissance et autorité , vous nous voulez racheter par faiblesse et par souffrance.

TROISIEME POINT

Considérez, que le Père Eternel exauça son Fils pour sa révérence, dit saint Paul, et, comme au Benjamin de son Cœur, il lui envoya la coupe des tourments par un de ses angéîiques serviteurs. Lors le doux Jésus reçut ce calice avec tant d'à-

mour, qu'il résolut de le boire jusqu'à la dernière goutte, et de n'y laisser ni affronts, ni supplices, ni confusions, ni douleurs qu'il ne subît, et pour cela il va lui-même au-devant de ses ennemis.

Première affection. — 0 Jésus! affligé jusqu'à la mort, que je vous puis bien dire maintenant : Eve a goûté au jardin la douceur du fruit; et à vous, mon Rédempteur, l'amour vous y fait goûter l'amertume de la peine due à son vain plaisir. Ah ! qu'il y a de grands secrets enfermés dans ce jardin! Cher Epoux, quand vous êtes triste et affligé, vous vous éloignez de vos plus intimes, et pour peu que j'aie d'ennuis, je cours aux créatures, pour avoir du divertissement; vous vous adressez à votre Père, mais avec une telle résignation et persévérance, que vous en suez le sang; et moi, je ne puis pas seulement veiller une heure avec vous, je me lasse de la prière, mes résignations ne sont qu'à demi. Ah! que désormais, Seigneur, j'apprenne votre langage : non ma volonté, ô mon Père ! mais la vôtre se fasse.

Deuxième affection. — Eh! Jésus, l'amour plus fort que la mort vous chargera, en ce jardin de vos douleurs, de tous mes péchés, de toutes mes infidélités, de tous les refus que je devais faire de vos grâces, et par ainsi l'amour vous angoissa sur ma misère. Mon doux Jésus, si de telles appréhensions peuvent être

en votre partie inférieure envisageant la mort, que dois-je penser, moi criminelle, vous voyant ainsi, Roi d'innocence, sinon que véritablement comme votre mort a acquis la vie à vos enfants , avec votre faiblesse leur a acquis la force?

Troisième affection. — 0 créatures! ne m'empêchez pas de boire le calice des afflictions que mon Père céleste m'envoie, car je veux me rendre conforme à mon Jésus souffrant. Prenez, mon humble Jésus , prenez ce calice, que le Père vous envoie : ah! mon âme, qu'est-ce que le Père envoie à son Fils, de la consolation? mais plutôt un surcroît de tourments : n'était que sa consolation est de faire en tout la volonté de son Père, ce qui le fortifie; qu'au lieu de reculer il va audevant des travaux. 0 créatures! qui que vous soyez, ne m'empêchez point de prendre le calice que mon Père me donne.

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