DE L'AMOUR DU SAUVEUR PARMI SES TRAVAUX
PREMIER POIXT.
Considérez, que le Père Eternel a tant aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique; et le Fils a tant aimé la volonté de son Père, que, voyant qu'il avait envie de sauver la nature humaine , sans prendre garde à la bassesse et chétiveté de la chose, il offrit volontiers un prix prodigieux pour sa rançon : son sang, ses sueurs et sa vie.
DEUXIEME POIXT.
Ainsi ce Sauveur, dans cet amour, est à la volonté de son Père et au rachat du monde ; en chaque mystère de sa Passion,
il allait disant : 0 mon Père! la bien-aimée nature humaine serait suffisamment rachetée d'une de mes larmes; mais cela ne suffirait pas à la révérence que j'ai à votre volonté et à mon amour : je veux, outre ma détresse du jardin, que l'on me batte, que l'on me couronne d'épines, que l'on réduise mon corps en friche, que je sois semblable à un lépreux, sans forme ni beauté.
TROISIEME POINT
Ainsi le doux Jésus fut fouetté, couronné, condamné, moqué et rejeté en qualité d'homme; voué, destiné et dédié à porter et supporter les opprobres et ignominies, en punition due à tous les péchés, et a servi de sacrifice général pour le péché , ayant été fait comme anathème, séparé et abandonné de son Père Eternel.
Première affection. — Mon âme, vivez désormais entre les fouets et les épines du Sauveur, et là, comme un rossignol dans son buisson , soupirez humblement : Vive Jésus qui veut mourir afin que mon âme vive. Ah! Père Eternel, que vous peut rendre le monde pour le présent que vous lui avez fait de votre propre Fils? Hélas! pour nous racheter, une chose si vile que moi, il s'est donné et livré soi-même, et misérable que je suis, je fais la chiche à donner et abandonner mon rien à celui qui m'a donné son tout.
Deuxième affection. — Ah ! si je suis Epouse de Jésus crucifié et souffrant, je dois tout le temps de ma vie tenir à grande fa-* veur de me parer de ses livrées, à savoir : les clous , les épines et les lances. Souvenez-vous, mon âme, que le festin de ses noces, c'est le fiel et le vinaigre : ne cherchez pas en ce monde la douceur ni les joies. Trop d'honneur, ô Roi de gloire! de boire avec vous le calice des douleurs; qu'il ne m'arrive donc jamais de faire refus de ce breuvage; car, ô Dieu! dit David , c'est la boisson de vos bien-aimés.
Troisième affection. — 0 religieuses I qui avez enlrepris de suivre Jésus crucifié, sachez que vous devez être dépouillées de vos affections propres, comme il le fut de sa très-sainte robe. Ah! Dieu, je me déçois moi-même, si je veux cueillir la myrrhe de vos mortifications d'une main, et les chétifs contentements de la terre de l'autre : défendez-moi de ce malheur, mon bienaimé Jésus, et me faites aller à votre suite, jusques à la gloire, par le chemin de la douleur.