‹ Œuvres diversesChapitre 156 sur 281 · DU SAUVEUR SUR LA CROIX · texte numérisé non relu

DU SAUVEUR SUR LA CROIX

PREMIER POINT

Considérez ce que dit saint Augustin, qu'Isaacfut immolé de volonté où Jésus fut crucifié, et que la croix de ce Sauveur fut plantée sur le sépulcre d'Adam, étant très -convenable que le médecin fût élevé où gisait le malade, et qu'où était tombé l'orgueil, la divine miséricorde s'inclinât; afin donc que le béni Sauveur distillât son sang sur les cendres de l'ancien pécheur, et que l'on crût son péché nettoyé, quand il fut cloué à la croix, elle fut plantée sur le sépulcre de ce premier désobéissant

DEUXIEME POINT

Considérez le divin Sauveur, élevé et étendu sur cette croix, comme sur un bûcher d'honneur; ah! c'est alors qu'il offrit comme grand Evêque le sacrifice parfait à son Père; ce fut alors qu'il lança ses pensées de dilection particulièrement sur nous : Ah! mon Père Éternel , je prends à moi et me charge de tous les péchés de cette fille, pour souffrir la mort, afin qu'elle en

demeure quitte; que je meure, pourvu qu'elle vive; que je sois crucifié, pourvu qu'elle soit glorifiée; ô amour souverain du Cœur de Jésus ! quel cœur te bénira assez dévotement?

TROISIEME POINT

Voyez que tandis que les Juifs sont autour de cette croix avec des cœurs de fer et de pierre, au contraire le doux Jésus, comme dit David, était avec un Cœur tout fondu de dilection, au milieu de sa poitrine; et comme cet admirable oiseau qui attire à soi la jaunisse de l'homme, et meurt pour l'en guérir, notre doux Jésus, unique oiseau du paradis, qui ne fut jamais atteint de la jaunisse du péché, est néanmoins attaché sur cette croix, tirant tout le mal de l'homme, son cher ami, sur soi; il veut mourir avec complaisance pour faire vivre cette pauvre nature humaine.

Première affection. — O Dieu ! dirai-je maintenant avec saint Augustin, tout fâché de l'ingratitude des hommes : Est-il possible que V homme sache que vous êtes mort pour lui, et qu'il ne vive pas pour vous? et avec saint François : Ah! Jésus, mon Jésus, vous êtes mort d'amour, et personne n'y pense! Mon doux Rédempteur, jamais la misère d'Adam ne fut si vénéneuse à nous perdre, que votre clémence à nous sauver. O obéissant Jésus î obéissant jusqu'à la mort de la croix; eh! soyez aussi le Réparateur de toutes mes désobéissances; que ce sang précieux distille dans les profondes plaies de mon âme , car c'est la médecine de mon salut.

Deuxième affection. — O franc arbitre de mon cœur! qu'il vous serait bon d'être attaché sur la croix du divin Sauveur pour mourir à vous-même et vous offrir en holocauste au S eigneur! Ne vous oubliez jamais, ô mon âme ! que votre Congrégation est fondée spirituellement sur le mont de Calvaire pour le service de cet amant crucifié , à V imitation duquel il faut cru-

cifier les sens, imaginations, aversions, passions et humeurs, pour V amour du Père céleste.

Troisième affection. — 0 innocent Jésus, qui mourez pour mon iniquité, eh! de grâce, que je ne vive plus que pour votre bonté! Mon mystique serpent, la charité vous a élevé : mais si je ne vous regarde, mon doux Médecin, je ne mériterai point de recevoir guérison : ah ! Seigneur, que donc mes yeux demeurent arrêtés sur vos souffrances, et mon cœur collé à votre bonté. Jésus, par vos douces mains clouées, donnez-moi pardon de mes mauvaises opérations; par vos pieds percés, l'abolition de mes égarements.

Page 1