‹ Œuvres diversesChapitre 157 sur 281 · DES CINQ PREMIÈRES PAROLES QUE NOTRE-SEIGNEUR DIT EN CROIX · texte numérisé non relu

DES CINQ PREMIÈRES PAROLES QUE NOTRE-SEIGNEUR DIT EN CROIX

PREMIER POINT

Considérez, que le débonnaire Jésus regardant autour de lui ses ennemis , se mit à dire : « Père , pardonnez-leur , car ils ne » savent ce qu ils font. » 0 quelle ardente charité ! ce Seigneur, ne pouvant excuser le péché de ces méchants, il se jette sur la cause la plus supportable, à savoir l'ignorance; et était sur cette sainte croix avec un Cœur si plein d'amour pour les hommes, que dès qu'un larron lui eut dit d'avoir seulement mémoire de lui, il lui fit une promesse solennelle du paradis. Ah! que c'est une chose terrible que la chute de ceux qui sont en des hautes vocations! Judas apôtre se perd dans son orgueilleuse malice; le larron s'humilie et se sauve.

DEUXIEME POINT

Voyez saint Jean et la très-sainte Vierge aux pieds de leur Bien-aimé, qui, regardant sa Mère toute outrée de douleur, lui dit : « Femme, voilà votre Jils, » à savoir Jean; et à Jean : « Voilà votre mère. » 0 Mère admirable î ah ! qu'il fallait bien que votre cœur fût tout accoutumé au langage de l'amour et à son intelligence : vous vîtes bien qu'il vous donnait pour Mère à son Epouse, \* Eglise, qu'il enfantait sur la croix, dit saint Augustin. 0 chose incomparable! dès que Jésus eut prononcé cette troisième parole, le soleil, comme touché de vive douleur, relira sa clarté, et les ténèbres furent faites sur toute la terre.

TROISIEME POINT

Écoutez, comme après trois heures de silence, le doux Jésus s'écria : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous aban- » donné! » La portion inférieure fut tellement délaissée et destituée de toute part, et environnée de maux, que Jésus, pour nous consoler en nos faiblesses, se plaignit à son Père; mais pour montrer que la partie supérieure ne voulait que ces travaux mêmes, il s'écria : « J'ai soif. » Laissant à part la soif corporelle , croyons , mon âme , qu'il avait une altération saintement brûlante du salut de ceux qui avaient une soif mortellement ardente de sa ruine. 0 pauvres gens! vous dites que Jésus descende de la croix; ah! qu'il n'a garde, il est trop altéré de votre salut, qui se doit faire par sa mort en cette croix.

Première affection. — 0 Sauveur débonnaire ! quelle tendresse de cœur m'apprenez-vous pour le prochain? Hélas ! fautil même que j'excuse ceux qui crucifient mon Epoux? Je dirai donc avec l'Apôtre : S'ils r eussent connu, ils n'eussent pas crucifié le Dieu de la gloire; mais, prenez garde, mon âme, que les passions déréglées qui fermaient leurs yeux ne bou-

client pas les vôtres. Ah! mon Sauveur, vous les excusez, même en Pacte du péché, et à peine pouvons-nous oublier une contradiction, fort longtemps après l'avoir reçue j à peine pouvonsnous faire bon visage à ceux qui nous désagréent tant soit peu.

Deuxième affection. — 0 très-sainte et constante Mère ! recevez Jean pour fils , c'est-à-dire recevez les enfants de l'Eglise pour vôtres. Maintenant donc et désormais il nous sera permis de vous nommer, ma Mère : ah! Jésus, que vous voulez bien mourir nu et dépouillé, de donner votre Mère à un autre, et ne vouloir pas seulement lui dire ce mot filial, de Mère.

Troisième affection. — 0 doux Sauveur! ce ne fut jamais pour contrevenir à la sainte indifférence que vous fîtes une plainte à votre Père, mais ce fut pour nous consoler en nos maux, et nous faire voir les véritables peines et angoisses de votre sainte âme, et que non-seulement les douleurs de la mort, mais la soif de l'amour vous desséchait et altérait saintement de notre salut : hélas! suis-je pas une ingrate, si je me plains en mes petits délaissements et angoisses, voyant le Fils unique du Père être altéré de souffrir davantage de travaux pour mon amour; si un tel Père abandonne la partie inférieure d'un tels Fils, pourquoi non celle d'une chétive esclave?

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