DE L'ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR
PREMIER POINT
Considérez que la très-sainte Vierge, au jour de l'Ascension de son Fils, ne put, sans doute, tenir de lui dire ce trait du Cantique d'amour : « Fuyez-vous-en, mon Bien-aimé ' , sur ces 5> collines éternelles, pleines d'une éternelle suavité ; mais soyez » semblable au petit chevreuil qui se tourne souvent pour voir « ceux qu'il laisse. »
DEUXIEME POINT
Voyez toute cette sainte assemblée sur la montagne des Olives : le Seigneur glorieux les bénit tous; puis, dans Je char de sa propre vertu et puissance, s'éleva glorieusement au ciel. Ohî disait la sainte Vierge , voyez qu'il est beau mon Bien-aimé î oh f que cette croix, qu'il porte en signe de victoire, est sainte! elle est de bois incorruptible ; le Seigneur a couronné ce vainqueur de la gloire de sa Résurrection et Ascension, ce qui doit ravir tout le monde à sa louange.
TROISIÈME POINT
Comme cette généreuse troupe tenait ses yeux attentifs au doux Jésus qui montait en haut, une nuée l'ôta de devant leurs yeux, et pourtant ils ne laissaient de regarder, jusques à ce que des anges, serviteurs de ce roi, lui dirent : «Pourquoi vous » arrêtez-vous regardant au ciel? Ce Jésus qui a été enlevé d'avec » vous au ciel, viendra ainsi que vous l'avez vu pour juger les » vivants et les morts. » Alors celle sainte compagnie s'en retourna à Jérusalem, tandis que le victorieux Prince, qui emmenait la captivité captive, s'en alla asseoir à la dextre de son
Père, faisant placer ses bons serviteurs dans les sièges angéliques, que Lucifer et ses anges avaient laissés vacants. 0 Dieu! quelle faveur aux hommes, quelle félicité aux anges, quelle liesse parmi la Jérusalem céleste !
Première affection. — 0 très-sainte Amante 1 qui invitez votre Bien-Aimé à s'en aller, ah! que vous étiez dépouillée de tout propre intérêt ! Les autres filles de Sion l'appellent à grands cris, et le prient de ne les point quitter; mais vous, ô unique Colombe I vous cherchez la gloire de votre Fils, et en cela votre joie et votre félicité. Oui, mon Seigneur, allez-vous-en sur les collines éternelles, mais jetez-nous à tout moment vos saints ei bénins regards.
Deuxième affection. — « Hélas! dit saint Augustin, ô Sei- » gneur! que je jette de soupirs, de ce que je ne me trouvais » point présent sur ce mont d'Olivet, pour baiser laperçure de » vos clous, et arroser des douces larmes de ma joie les blés- » sures de votre précieux corps ! Hé! mon Jésus , j'étais absent, » et encore bien loin, quand vous vous en allâtes en Paradis. 55 Les mains élevées au ciel, vous bénîtes vos disciples, et je n'y 55 étais pas ; les anges les consolèrent , et je n'en entendis rien. 55 Que ferai-je donc à présent? où vous irai-je chercher? Non, il n'y a plus de joie en mon cœur; mon âme refuse toute consolation, sinon de vous, ô mon indicible douceur! Que donc ma conversation soit aux cieux, où mon Jésus est dans sa gloire.
Troisième affection. — O anges de paix ! ne me blâmez point si je regarde toujours en haut; car où est mon Jésus, là est mon trésor : toutefois, vous m'apprenez qu'il faut être prompt à faire ce que le Bien-aimé ordonne , renvoyant ses disciples en Jérusalem, où ils avaient ordre d'aller attendre le Paraclet. 0 sainte troupe délivrée du limbe, que mon Jésus place en sa gloire, souvenez-vous, comme des autres Elie, de laisser
choir votre manteau sur votre servante ; laissez tomber sur ma pauvre àme le manteau de la foi et le voile de l'espérance , car vous n'avez besoin que de la robe de charité.