DE LA DESCENTE DU SAINT-ESPRIT
PREMIER POINT
Ames dévotes, entrez humblement au cénacle, où la glorieuse Vierge, les saints apôtres, les bienheureux disciples, et les saintes femmes, sont assis en prières, en repos, en foi, en espérance, attendant que leur bon Maître accomplisse sa promesse, et qu'ils fussent tous revêtus de la vertu d'en haut; retirez-vous pareillement à l'écart de tous pour recevoir ce don parfait du Père des lumières; car Dieu ne déploiera jamais en vous ses merveilles, s'il ne vous trouve en une sainte retraite intérieure, et n'ayant rien à démêler avec les mondains. Ne voyez-vous pas que toute cette heureuse compagnie est en Jérusalem, mais à l'écart, mais retirée, mais comme dans un désert?
DEUXIEME POINT
Dix jours après que le Sauveur fut monté en haut, et que ses bien-aimés se furent préparés par silence, fraternité et prières, il se fit un son du ciel, comme d'un vent qui s'enfle avec véhémence, lequel remplit toute la maison où ils étaient assis, et il leur apparut comme des langues de feu, qui se posèrent sur un chacun d'eux : Ah ! c'est aujourd'hui que Dieu fait ses présents, il ne se faut attendre qu'à recevoir.
TROISIEME POINT
Considérez combien le Père Eternel a aimé la sainte Eglise, puisqu'il l'a enrichie de ses propres trésors: non content de lui avoir donné son Fils et son image, il lui donne encore son Saint- Esprit, afin que tout ainsi que le Saint-Esprit obombra la Vierge du pur sang de laquelle Jésus devait naître, pour être Père de l'Eglise, ainsi le Saint-Esprit descendit pour embraser cette sainte Eglise, qui était nouvellement née du sang de Jésus- Christ.
Première affection. — Ah! qui me fera la grâce de me tenir assise en repos intérieur, loin de toutes les distractions du monde, afin qu'en silence j'attende la venue du Saint-Esprit! 0 très-sainte Vierge! ô glorieux apôtres! impétrez-moi de votre dévotion, afin que je sois persévérante en oraison; que si le Seigneur tarde à venir, que je soutienne son attente; car je sais certainement, ô mon bon Dieu! que vous ne me laisserez pas orpheline, mais que si je persévère à vous obéir, vous m'enverrez l'Esprit de vérité.
Deuxième affection. — Venez, Saint-Esprit , remplissez tous les cœurs du feu de votre charité; venez, Père des pauvres, venez donneur des dons, lumière des cœurs. Ah! doux Jésus, voulant donner commencement à la publication de votre loi, vous jetez sur vos disciples plusieurs langues de feu, montrant assez par là que la prédication évangélique était toute destinée à l'embrasement des cœurs au céleste amour. Ah! Saint-Esprit, qui apportez tant de feu en terre, que voulez-vous, sinon qu'il brûle? Je vous conjure encore une fois, remplissez mon cœur du feu de votre charité, de celte charité, dis-je, qui souffre tout, qui croit tout, qui n'est point ennuyeuse.
Troisième affection. — O très-sainte Eglise du Dieu vivant !
que vous voilà riche; le Saint-Esprit remplit tous vos bienheureux ouvriers, il les change tous en feu, en arnour et en zèle; ils sont ivres du vin de l'Epoux, et tellement dégoûtés des choses terrestres, qu'ils se réputent désormais heureux d'être en angoisse, en persécution, et en état de mort, pour leur cher Jésus : 0 Saint-Esprit! si je vous recevais sans résistance, sans doute je devrais avoir en moi de grands effets; je ne parlerais que des merveilles de Dieu, je ne rechercherai que sa gloire et mon avilissement propre, je m'estimerais heureuse de souffrir opprobres pour le nom du Seigneur.
TRENTIEME MEDITATION
PREMIER POINT
Considérez, que le ciel et la terre sont pleins de la Majesté de Dieu, qui est en tout et partout, par essence, présence, et puissance. Hélas! comment tombons-nous en l'oubli d'une vérité si infaillible et si douce? « Ah! disait Moïse pour encourager son » peuple, il n'y a point de nation qui ait ses dieux si proches » d'elle que nous, car notre Dieu est toujours avec nous, ses » ijeux nous voient continuellement , ses oreilles sont amoureuse- » ment inclinées pour nous écouter en tout lieu. »
DEUXIEME POINT
Considérez, que l'attention à la présence divine est un moyen éminent pour s'avancer à la perfection ; aussi fut-ce l'un des premiers préceptes que Dieu donna à son serviteur Abraham : « Marche devant moi, et soit parfait. » Ah ! Seigneur, que m'avez-vous dit autre chose en me mettant dans ce saint monas-
1ère, sinon : Ma fille, marche toujours en ma présence, et tu parviendras à la perfection : pense à moi en toutes tes voies, et je conduirai tes pas?
TROISIEME POINT
Considérez en quel abus et malheur tombe l'âme qui vient à s'oublier de cette divine présence. Les deux vieillards de Babylone détournaient leurs yeux du ciel, pour ne se point ressouvenir de leurs péchés. « Vous êtes fol, dit David , si vous » dites : Le Dieu de Jacob ne nous voit pas, le Dieu d'Israël » n y prend pas garde » ; car ses yeux sont ouverts sur toute la face de la terre ; il voit et contemple tout ce qui se fait en icelle ; il sonde les cœurs, il prévoit les pensées , rien ne lui échappe, son œil remarque tout.
Première affection. — 0 mon doux Jésus, mon Seigneur et mon Dieu ! certainement je sais que si je monte au ciel , vous y êtes ; si je descends aux enfers , je vous y trouve ; si mon esprit vole à l'extrémité des mers, et s'il descend aux abîmes, je vous y rencontre ; eh I pourquoi donc ne vous servirai-je pas partout, ne vous prierai-je pas en tout lieu, puisqu'en tout lieu, mon Bien-Aimé, vous m'écoutez? 0 Roi souverain! que les vôtres sont heureux, vous leur donnez audience à toute heure; qui me fera la grâce, qu'en tout et partout je m'oublie de moi-même par le continuel souvenir de vous qui m'êtes plus présent que moi-même, et plus je m'éloigne de moi, et plus je m'approche de vous.
Deuxième affection. — Hélas ! quel désordre est ceci? je suis appelée pour marcher devant le Seigneur, et être parfaite; et, tout au contraire, je marche après mes appétits, propres volontés et recherche de mon propre amour ; ainsi j'anéantis toute la perfection. Ah! mon âme, il faut désormais qu'en toutes vos actions vous regardiez Celui qui sied à la dextre du Père, absent
à nos sens, mais présent au cœur où il veut régner aussi bien qu'au ciel.
Troisième affection. — 0 épouse ingrate et insensée ! osezvous bien vous détourner volontairement de votre Bien-Aimé, pour prendre des chétifs contentements de la terre? Ahî c'est en sa présence , c'est devant ses yeux que vous manquez de fidélité ; rien ne peut être caché à ce grand spectateur d'en haut. 0 Dieu! sondeur des cœurs, que toutes mes pensées et mes désirs soient dressés à vous !