ARTICLE VINGT-CINQUIÈME
SO\ KSPÉRAXCE.
Ad vigesimum quintum respondit :
Je dis que j'ai reconnu clairement, conférant avec notre Bienheureux, qu'il avait reçu de Dieu un amour savoureux, tendre et constant envers les biens qui nous sont promis en
l'autre vie, lesquels j'ai connu qu'il espérait avec une humble confiance en la miséricorde de Dieu , et au mérite de la trèssainte Passion de Notre-Seigneur. Son espoir tendait continuellement du côté de l'éternité bienheureuse. Je pense qu'en plus de cent endroits de ses épîtres l'on trouvera cette vérité.
«Oh! disait-il, qu'il fait bon vivre saintement en celte vie » mortelle î mais qu'il fera bon vivre glorieusement dans le » ciel î 35
ïl confessait franchement qu'eu égard à sa misère, il ne méritait que l'enfer; mais que, considérant l'infini mérite de la Passion de son Sauveur et la grandeur de sa miséricorde, il espérait, avec une humble confiance, posséder dans le ciel les biens infinis qui sont préparés aux enfants de Dieu. « Eh ! di- » sait-il, serons-nous pas un jour tous ensemble au ciel! Je » l'espère et m'en réjouis. »
Une autre fois ce Bienheureux disait : « Mon âme se tient 3> toujours un peu plus serrée avec son Dieu , au moins 3> m'est-il avis qu'elle s'échauffe tous les jours de l'estime des » choses éternelles et de la sainte dilection. 3>
Parmi les afflictions de cette vie , il disait souvent : « Il faut 33 prendre courage, nous irons bientôt là-haut; oui, il nous le 3> faut espérer fort assurément, que nous vivrons éternellement. 33 Qu'est-ce que ferait Notre-Seigneur de sa vie éternelle , s'il 33 ne la donnait aux pauvres, petites et chétives âmes comme >3 nous? 3)
Il dit un jour à un grand prélat , qui est monseigneur l'évêque de BelJey, qui nous l'a prêché depuis , qu'il fallait mourir entre deux oreillers, l'un de l'humble confession que nous ne méritons que l'enfer; l'autre, d'une entière et parfaite confiance en la miséricorde de Dieu qui nous donnera son paradis.
Je me souviens que moi, étant un jour malade à l'extrémité, ce Bienheureux vint pour me consoler et m'assister au passage de la mort , et me dit que je misse ma tête sous le pied de la
croix , et me tinsse là comme une petite lézarde pour recevoir l'efficace du sang précieux qui en découlait, avec une grande confiance en la miséricorde de Notre-Seigneur.
« Je voudrais, me dit ce Bienheureux, une autre fois, vous » dire le sentiment qu'aujourd'hui j'ai eu en communiant avec » une grande suavité en l'espérance , ains assurance que mon » cœur sera un jour tout abîmé en l'amour du Cœur de
55 JéSUS. 5)
Une autre fois ce Bienheureux écrivait : « Il me semble que 55 mon âme est un peu plus solidement établie en l'espérance 55 qu'elle a eue de pouvoir un jour jouir du prix de la mort et 55 résurrection de Notre-Seigneur , qu'il me fut avis que, »5 parmi ces jours de la semaine sainte et jusques à présent, il n me fit voir plus clairement, et non sensiblement, mais avec 55 une certitude et consolation intellectuelle, et tout en la 55 pointe de l'esprit, ses sacrés axiomes et maximes évangé- 55 liques , plus clairement et suavement , dis-je , que jamais ; et 55 je ne puis assez admirer comme ayant toujours eu une si 55 grande estime de ces maximes et de la doctrine de la croix, )5 j'ai si peu pris soin pour les pratiquer. Et, si je revenais au 55 monde avec mes sentiments présents, je ne crois pas que 55 toute la prudence de la chair et des enfants de ce siècle me )5 pût ébranler en la certitude que j'ai que cette prudence est 55 une chimère, une toute véritable niaiserie. 5>
Une autre fois: « Voyez-vous, disait ce Bienheureux, les )5 passages de nos chers amis; ils sont certes très-aimables, « puisqu'ils se font pour peupler le ciel et agrandir la gloire » de notre Roi. Un jour que Dieu sait , nous irons vers eux, et 5) cependant apprenons soigneusement le cantique du saint )5 amour, afin que plus parfaitement nous le chantions en cette 55 sacrée éternité. 55
« Mon Dieu, disait ce Bienheureux, une autre fois, que j'ai » de consolation en l'assurance que j'ai de nous voir éternelle-
» ment conjoints en la volonté d'aimer et louer Dieu ! Que sa » divine Providence nous conduise par où il lui semblera » mieux , mais j'espère , ains je m'assure que nous aboutirons » à ce signe , et que nous arriverons à ce port. Vive Dieu ! J'ai » cette confiance. Soyons joyeux en ce service , soyons joyeux 55 sans dissolution , et assurés sans arrogance. »
Ce Bienheureux écrivit une fois que, passant le lac de Genève sur une petite barquette, il avait une aise fort grande de n'avoir qu'un ais de trois doigts sur lequel il pût assurer sa vie , sinon la sainte Providence. « Mon âme n'a point de 55 rendez-vous qu'en cette divine Providence. Mon Dieu, vous 55 me l'avez enseigné dès ma jeunesse , et jusques à présent j'en 5> annoncerai vos louanges. »
Environ l'année de son décès , ce Bienheureux écrivit : « Je 55 vas faire la revue de ma conscience pour un renouvellement 55 extraordinaire que Notre-Seigneur m'invite de faire , afin 55 qu'à mesure que ces années périssables passent, je me pré- 55 pare aux éternelles , respirant et soupirant à la croix de mon 55 Sauveur. Je sens mon esprit , ce me semble, plus tendant à la 55 pureté du service de Dieu et à l'éternité que jamais. 0 Dieu ! 55 que je serais heureux si un jour, sortant de la sainte com- 55 munion, je trouvais mon chétif cœur hors de ma poitrine et 35 celui de mon Sauveur établi en sa place. »
Et toutes ces choses, il me les a dites ou écrites en m'instruisant et encourageant de tendre fortement à l'éternité, et à la pureté du service de Notre-Seigneur, et par ces témoignages que j'ai avancés, on peut recueillir et affirmer la grandeur de son espérance, laquelle est vraie, notoire et publique.