‹ Œuvres diversesChapitre 193 sur 281 · SOX AMOUR POUR DIEU · texte numérisé non relu

SOX AMOUR POUR DIEU

Ad vigesimum sextum respondit :

Je dis que j'ai reconnu clairement, par les paroles et actions de notre Bienheureux, que son amour pour Dieu tenait une souveraine autorité et régence sur toutes ses passions et affections. Je crois, comme je l'ai reconnu, que les manquements que faisait ce Bienheureux n'étaient que par pure fragilité ou surprise. Je crois, de plus, qu'il a vécu dans l'exacte observance des divins commandements de Dieu , et dans la garde des conseils et maximes évangéliques, autant que sa condition et la fragilité humaine le lui permettaient. Je tiens que c'est une vérité notoire et publique, que toutes les actions de sa vie ont été des effets et la preuve de ce saint amour divin qui dominait si puissamment dans son âme. Ce Bienheureux a composé un traité admirable de douze livres à ce sujet, où je vois qu'il s'est dépeint naïvement.

Parlant une fois à une personne qu'il aimait comme luimême, de ce souverain amour qu'il portait à Dieu , il lui dit : « Si Dieu me commandait de vous sacrifier, comme il fit à » Abraham de son fils Isaac, je le ferais. » Et , par son action , il témoignait qu'il eût fait ce sacrifice avec un courage et un amour non pareils à la divine volonté.

Cet amour divin lui a fait entreprendre des innumérables travaux pour le service de la gloire de Dieu en la conversion de tant d'hérétiques, oii souvent, comme il a été dit, il a exposé sa vie en des périls très-grands. Tant d'âmes qu'il a conduites en la voie de la perfection, tant de milliers de prédications qu'il a faites en divers lieux, tant de travail qu'il a pris pour la réformation de plusieurs monastères et pour l'établissement d'un

Ordre tout entier qu'il a institué, et enfin qu'il se donnait continuellement tout à tous pour les gagner tous à Notre-Seigneur, tout cela sont des vérités qui rendent un ample témoignage du parfait et très-pur amour que ce Bienheureux avait pour son Dieu.

Voici les paroles que ce Bienheureux m'écrivait un jour : « Je n'ai rien su penser ce matin que cette éternité de biens » qui nous attend , mais en laquelle tout me semble peu ou 55 rien , si ce n'était cet amour invariable et toujours actuel de " ce grand Dieu qui y règne toujours; car vraiment il m'est avis » que le paradis serait emmi toutes les peines de l'enfer si » l'amour de Dieu y pouvait être ; et si l'enfer était un feu » d'amour de Dieu, il me semble que ces tourments seraient « désirables. Je voyais tous les contentements célestes être un » vrai rien au prix de ce régnant amour. Ah! il faut, mèshui, v tout de bon transporter nos cœurs auprès de ce Roi immortel » et vivre tout uniquement pour lui. Si vous saviez comme il îj traite mon cœur, vous en remercieriez sa bonté et le sup- 55 plieriez qu'il me donnât l'esprit de conseil et de force pour )5 bien exécuter les inspirations de sapience et d'entendement 55 qu'il me donne.

Une autre fois ce Bienheureux écrivait : « Je finis cette année 55 avec un désir , non-seulement grand, mais cuisant de m'a- 55 vancer, mèshui, en ce saint amour que je ne cesse d'aimer. 55 Vive Dieu sur mon cœur ! Voyez-vous , je dis , mon cœur est 55 fait pour cela. »

Une autre fois : « Quels sentiments, dit ce Bienheureux, 55 relevés, ardents et pressants, je ressens, toujours confirmé 55 par ce divin amour; et c'est la vérité que cet amour céleste 55 et divin prédomine tellement sur ce cœur, que , nonobstant 55 ses misères , il est tout dédié à sa divine Majesté et ne regarde » que sa gloire. Enfin, nous sommes tout à Dieu sans autre » prétention que l'honneur d'être des siens. Si j'avais un seul

DÉPOSITION POUR LA CANONISATION DE S. FRANÇOIS. 125 » filet d'affection qui ne fût pas à lui et de lui , eh Dieu ! je » l'arracherais tout soudain. Oui, si j'avais un seul brin de mon » cœur qui ne fût marqué du crucifix , je ne le voudrais pas » garder d'un seul moment. »

Une autre fois ce Bienheureux disait: « Oh! que je voudrais v volontiers mourir ou aimer Dieu. Je voudrais, ou que l'on m'ar- » rachat le cœur, ou que, s'il me demeure, ce ne soit que » pour cet amour. Et que n'en sommes-nous bien pleins ! Vous » ne sauriez vous imaginer le sentiment que j'ai présente- » ment de ce désir. 0 Dieu! pourquoi vivrons-nous l'année » suivante, si ce n'est pour mieux aimer cette bonté! Eh! ou » qu'elle nous ôte de ce monde, ou qu'elle ôte ce monde de » nous! Ou qu'elle nous fasse mourir, ou qu'elle nous fasse » plus aimer sa mort que notre propre vie ! »

Le confesseur ordinaire de notre Bienheureux m'a dit, et je l'assure aussi qu'il est ainsi, que notre Bienheureux Père ne faisait rien pour éviter l'enfer ni pour mériter le paradis; mais purement et simplement il faisait toutes ses actions pour le seul amour de Dieu, lequel il craignait parce qu'il l'aimait, et l'aimait parce qu'il le méritait et pour l'amour de lui-même. Aussi di. sait-il que son cœur avait pour sa souveraine loi la plus grande gloire de l'amour de Dieu.

Un jour, avant son décès, il m'écrivit : « Maintenant je ne » puis rien dire de mon âme, sinon qu'elle se sent de plus en » plus le désir très-ardent de n'estimer rien que la dilection de » Noire-Seigneur crucifié. »

Ce Bienheureux avait un amour très-tendre à la Passion de notre Sauveur, et son cœur était tout saisi et détrempé en la douceur de cette douleur, et disait souvent ces paroles : « 0 » amour, que tu es douloureux! 0 douleur, que tu es amou- « reuse! »

J'ai vu ce Bienheureux en ces sentiments, qu'à peine pouvait-il parler et contenir ses larmes : « Qu'à jamais, disait-i),

v le jour de la très-sainte Passion de notre Maître soit le jour

» de notre cœur! »

Une autre fois : « Oh! que je fus consolé, dit-il, sur le sujet » de la mort et sépulture du Sauveur! 0 Dieu! si ce Sauveur a » tant fait pour nous, que ne ferons-nous pas pour lui! S'il a » exhalé sa vie pour nous , pourquoi ne réduirons-nous pas la » nôtre à son plus pur service et amour? »

Ce Bienheureux a donné ces témoignages et une infinité d'autres de cet amour divin qui brûlait et consumait son cœur; et toutes ces choses il me les a dites m'instruisant, ou je les ai vues et lues écrites de sa main.

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