‹ Œuvres diversesChapitre 217 sur 281 · SA DERNIÈRE MALADIE ET SA MORT · texte numérisé non relu

SA DERNIÈRE MALADIE ET SA MORT

Ad quinquagesimum secundum articulum respondit :

Je dis que ce très-humble et saint Serviteur de Dieu ayant célébré la très-sainte messe, le jour de saint Jean l'évangéliste en noire église de la Visitation, à Lyon, en laquelle il fut long extraordinairement, nonobstant qu'il fût tard et fort incommodé, il ne laissa de s'en aller au logis de monsieur le duc de Nemours pour une œuvre de charité, dont il retourna. Et après dîner, il se mit à écrire. une lettre de dévotion à une dame abbesse, étant déjà si pressé de son mal que les yeux lui éblouissaient, et tomba tout à coup dans une apoplexie et paralysie, dont il mourut le lendemain, jour des Innocents, fort doucement et paisiblement, comme l'on disait l'Agnus Dei des litanies. Il reçut les saintes huiles avec une grande dévotion, et fit tout Ce ce qu'un vrai chrétien doit faire en ce passage.

Ses serviteurs qui étaient dans une incroyable affliction, le voyant réduit à l'extrémité, le prièrent de leur dire quelque chose; il leur répondit: «Demeurez en paix, et vivez en la crainte de Dieu. »

Pendant son mal, il montra bien la grande habitude qu'il avait à la pratique des vertus et à converser avec Dieu; car bien que le mal l'assoupissait fort , si est-ce que toutes les fois qu'on le réveillait, lui disant quelques paroles saintes de l'Ecriture, il les poursuivait lui-même, et répondait très à propos de son âme et de toutes les choses qu'on lui disait. Il témoignait en ce peu de paroles qu'il dit , lesquelles étaient excellentes, une profonde humilité et contrition.

On lui demanda s'il ne lui plaisait pas bien qu'on exposât dans notre église de la Visitation le très-Saint Sacrement

DÉPOSITION POUR LA CANONISATION DE S. FRANÇOIS. c235

pour faire des prières pour lui, il répondit : « Je ne le mérite pas. »

Il avait une parfaite résignation au bon plaisir de Dieu et indifférence à la mort et à la vie; on le pria de demander sa guérison à Notre-Seigneur, à l'exemple de saint Martin. « Ah! non, dit-il, je ne le ferai pas; car je sais que je suis tout à fait inutile. »

Il témoigna une parfaite et filiale confiance en la divine miséricorde, lorsqu'on lui demanda s'il n'avait point de tentation ou doute delà foi, il répondit fermement : «Ce serait une grande trahison à moi. » On répliqua que plusieurs saints n'en avaient pas été exempts; alors il répéta de suite huit ou dix fois, mais en latin : «Celui qui a commencé en moi son œuvre la parachèvera. » Le révérend père provincial des feuillants qui était auprès de lui m'a rapporté cela.

Il témoigna aussi un amour tendre envers Notre-Seigneur et les biens éternels, ainsi que monseigneur l'archevêque d'Embrun le rapporta à celle qui était lors supérieure de notre monastère de Grenoble; il lui assura qu'étant auprès de ce Bienheureux mourant, tout à coup il s'éveilla et tournant son visage et ses yeux du côté du ciel, dit : « A moi, Mon Dieu! tout mon désir est aux choses éternelles et à mon Sauveur Jésus-Christ; » mais il le dit en latin , puis se rendormit.

Il pratiqua en cette maladie une douceur, obéissance et patience non pareilles , sans jamais se plaindre ni dire aucune parole de chagrin, se soumettant à tout ce que l'on voulait; il prit une médecine avec la cuillère, nonobstant l'extrême difficulté qu'il avait à l'avaler; quand on lui demanda s'il voulait qu'on lui appliquât le bouton de feu, il répondit : « Que le médecin fasse au malade ce qu'il lui plaira. » On lui donna deux fois le bouton de feu, l'un sur la nuque du cou, l'autre sur la tête, et si avant qu'on assure qu'il lui avait gâté le crâne; il ne dit jamais un mot, sinon la première fois qu'il dit doucement Jésus, Maria.

On lui mit un emplâtre de cantharides sur la tâle, et en le levant, on assura qu'il lui emporta la première peau de la tête. On lui écorcha le corps à force de le frotter. Enfin on lui fit souffrir en cette extrémité de sa vie des tourments plus grands que l'on ne pourrait s'imaginer; et ce qui est admirable, c'est la patience et la douceur avec laquelle il endura le tout, sans que l'on lui vît faire ni dire chose quelconque contraire à la parfaite tranquillité et paix intérieure et extérieure qu'il conserva inviolablement jusqu'au dernier soupir de sa vie.

Et toutes ces choses m'ont été dites par des personnes de qualité, religieux et ecclésiastiques très-dignes de foi, qui l'assistèrent en cette maladie, comme aussi ses domestiques.

Je sais que souvent ce très-heureux Serviteur de Dieu avait désiré de mourir martyr pour l'amour de son Dieu; et dit une fois, que si Dieu le favorisait de cette grâce il ne voudrait point être des martyrs à qui il ôtait le sentiment des travaux, qu'il les voudrait ressentir, et Dieu l'a exaucé; car, tant en sa mort que durant la dernière année de sa vie, il fut accablé de douleurs très-piquantes et de travaux continuels pour le service du prochain. Et tout ceci est vrai, notoire et public.

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