‹ Œuvres diversesChapitre 223 sur 281 · LETTRE SUR LES VERTUS DE SAINT FRA ÇOIS · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LES VERTUS DE SAINT FRA ÇOIS

v a-t-il au ciel pour moi, et que veux-je en terre, sinon vous? » Vous êtes ma part et mon héritage éternellement. » Aussi, ce qui n'était pas Dieu ne lui était rien, et c'était sa maxime.

De cette union si parfaite procédaient ses éminentes vertus que chacun a pu remarquer; cette générale et universelle indifférence que Ton voyait ordinairement en lui. Et, certes, je ne lis point les chapitres qui en traitent au neuvième livre de l'Amour divin , que je ne voie clairement qu'il pratiquait ce qu'il enseignait, selon les occasions.

Ce document si peu connu, et toutefois si excellent, ne

DEMANDEZ RIEN , NE DESIREZ RIEN , NE REFUSEZ RIEN , lequel il a pratiqué si fidèlement jusqu'à l'extrémité de sa vie, ne pouvait partir que d'une âme entièrement indifférente, et morte à soimême. Son égalité d'esprit était incomparable : car qui l'a jamais vu changer de posture en nulle sorte d'action, quoique je lui aie vu recevoir de rudes attaques ; mais cela se prouve par les mémoires.

Ce n'était pas qu'il n'eût de vifs ressentissements L, surtout quand Dieu en était offensé, et le prochain opprimé; on le voyait en ces occasions se taire et se retirer en lui-même avec Dieu, et demeurait là en silence, ne laissant toutefois de travailler, et promptement, pour remédier au mal arrivé, car il était le refuge, le secours et l'appui de tous.

La paix de son cœur n'était-elle pas divine et tout à fait imperturbable? Aussi était-elle établie en la parfaite mortification de ses passions, et en la totale soumission de son âme à Dieu. « Qu'est-ce, me dit-il à Lyon, qui saurait ébranler notre paix? » Certes, quand tout se bouleverserait sens dessus dessous, je » ne m'en troublerais pas : car que vaut tout le monde ensemble, )) en comparaison de la paix du cœur? »

Cette fermeté procédait, ce me semble, de son attentive et

1 Voir l'article 37 de la Déposition.

vive foi, car il regardait partir tous les événements, grands e petits, de l'ordre de cette divine Providence, en laquelle il se reposait avec plus de tranquillité que jamais ne fit enfant unique dans le sein de sa mère. 11 nous disait aussi que Notre-Seigneur lui avait enseigné cette leçon dès sa jeunesse, et que s'il fût venu à renaître, il eût plus méprisé la prudence humaine que jamais, et se fût tout à fait laissé gouverner à la divine Providence. Il avait des lumières très-grandes sur ce sujet, et y portait fort les âmes qu'il conseillait et gouvernait.

Pour les affaires qu'il entreprenait, et que Dieu lui avait commises, il les a toujours toutes ménagées, et conduites à l'abri de ce souverain gouvernement; et jamais il n'était plus assuré d'une affaire, ni plus content parmi les hasards, que lorsqu'il n'avait point d'autre appui l. Quand, selon la prudence humaine, il prévoyait de l'impossibilité pour l'exécution du dessein que Dieu lui avait commis, il était si ferme en sa confiance, que rien ne l'ébranlait; et là-dessus il vivait sans souci. Je le remarquai quand il eut résolu d'établir notre Congrégation; il disait : « Je ne vois point de jour pour cela, mais je » m'assure que Dieu le fera. » Ce qui arriva en beaucoup inoins de temps qu'il ne pensait.

A ce propos, il me vient en l'esprit qu'une fois (il y a longues années), il fut attaqué d'une vive passion qui le travaillait fort; il m'écrivit : « Je suis fort pressé, et me semble » que je n'ai nulle force pour résister, et que je succom- » berais si l'occasion m'était présente; mais plus je me sens » faib.le, plus rna confiance est en Dieu, et m'assure qu'en 35 présence des objets je serais revêtu de force et de la vertu » de Dieu, et que je dévorerais mes ennemis comme des » agnelets. »

Notre Saint n'était pas exempt des sentiments et émotions des

1 Voir article 28 § 3 de la Déposition.

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