‹ Œuvres diversesChapitre 224 sur 281 · LETTRE SUR LES VERTUS DE SAINT FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LES VERTUS DE SAINT FRANÇOIS

passions, et ne voulait pas que Ton désirât d'en être affranchi; il n'en faisait point d'état que pour les gourmander, à quoi , disait-il, il se plaisait. Il disait aussi qu'elles nous servaient à pratiquer les vertus les plus excellentes, et à les établir plus solidement en l'âme. Mais il est vrai qu'il avait une si absolue autorité sur ses passions, qu'elles lui obéissaient comme des esclaves; et sur la fin il n'en paraissait quasi plus.

Mon très-cher Père, c'était l'âme la plus hardie, la plus généreuse et puissante à supporter les charges et travaux, et à poursuivre les entreprises que Dieu lui inspirait, que l'on ait su voir. Jamais il n'en démordait, et il disait que quand Notre- Seigneur nous commet une affaire, il ne la fallait point abandonner, mais avoir le courage de vaincre toutes les difficultés. Certes, mon très-cher Père, c'était une grande force d'esprit que de persévérer au bien comme notre Saint a fait. Qui l'a jamais vu s'oublier, ni perdre un seul brin de la modestie ? Qui a vu sa patience ébranlée, ni son âme altérée contre qui ce soit? aussi avait-il un cœur tout à fait innocent. Jamais il ne fit aucun acte de malice ou amertume de cœur : non, ceries, jamais a-l-on vu un cœur si doux, si humble, si débonnaire, gracieux et affable, qu'était le sien?

Et avec cela, quelle était l'excellence et solidité de la prudence et sagesse naturelle et surnaturelle, que Dieu avait répandue dans son esprit, qui était le plus clair, le plus net et universel qu'on ait jamais vu. Notre-Seigneur n'avait rien oublié pour la perfection de cet ouvrage, que sa main puissante et miséricordieuse s'était elle-même formé.

Enfin, la divine Bonté avait mis dans cette sainte âme une charité parfaite ; et comme il dit que la charité entrant dans une âme , y loge avec elle tout le train des vertus ' , certes , elle les avait placées et rangées dans son cœur avec un ordre admi-

1 Traité de V Amour de Dieu, liv. XI, chap. 8.

rable; chacune y tenait le rang et l'autorité qui lui appartenait : l'une n'entreprenait rien sans l'autre, car il voyait clairement ce qui convenait à chacune , et les degrés de leurs perfections; et toutes produisaient leurs actions selon les occasions qui se présentaient, et à mesure que la charité l'excitait à cela doucement et sans éclat : car jamais il ne faisait des mystères \ ni rien qui donnât de l'admiration à ceux qui ne regardent que i'écorce et l'extérieur. Point de singularité, point d'action, ni de ces vertus éclatantes qui donnent dans les yeux de ceux qui les regardent, et font admirer le vulgaire. Il se tenait dans le train commun, mais d'une manière si divine et céleste, qu'il me semble que rien n'était si admirable en sa vie que cela.

Quand il priait, quand il était à l'Office, ou qu'il disait la très-sainte messe, à laquelle il paraissait un ange pour la grande splendeur qui était en son visage, vous ne lui voyiez faire aucune simagrée, ni même quasi lever ou fermer les yeux ; mais il les tenait modestement abaissés, sans faire des mouvements, que ceux qui étaient nécessaires. Et cependant, on lui voyait un visage pacifique, doux et grave, et l'on pouvait juger qu'il était dans une profonde tranquillité.

Quiconque le voyait et l'observait en cette action, était infailliblement touché, surtout quand il consacrait2, car il prenait encore une nouvelle splendeur; on l'a remarqué mille fois ; aussi, avait-il un amour tout spécial au très-saint Sacrement : c'était sa vraie vie et sa seule force. 0 Dieu ! quelle ardente et savoureuse dévotion avait-il, quand il le portait aux processions î vous l'eussiez vu comme un chérubin tout lumineux. Il avait des ardeurs autour de ce divin Sacrement , inexplicables ; mais il en a été parlé ailleurs, et de sa dévotion incomparable à Notre-Dame; c'est pourquoi je n'en parlerai pas.

1 C'est-à-dire des choses extraordinaires et singulières.

2 Voir les articles 33 et 38 de la Déposition.

Page 1