‹ Œuvres diversesChapitre 225 sur 281 · LETTRE SUR LES VERTUS DE SAINT FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LES VERTUS DE SAINT FRANÇOIS

0 Jésus! que l'ordre que Dieu avait mis en cette bienheureuse âme était admirable! tout était si rangé, si calme, et la lumière de Dieu si claire, qu'il voyait jusqu'aux moindres alomes de ses mouvements. Il avait une vue si pénétrante pour ce qui regardait la perfection de l'esprit, qu'il la discernait entre les choses les plus délicates et épurées; et jamais cette pure âme ne souffrait volontairement ce qu'elle voyait de moins parfait, car son amour plein de zèle ne le lui eût pas permis. Ce n'est pas qu'il ne commît quelque imperfection, mais c'était par pure surprise et infirmité. Mais qu'il en eût laissé attacher une seule à son cœur, pour petite qu'elle fût, je ne l'ai pas connu ; au contraire, celte âme était plus pure que le soleil, et plus blanche que la neige, en ses actions, en ses résolutions, en ses desseins et affections. Enfin, ce n'était que pureté, qu'humilité, simplicité et unité d'esprit avec son Dieu.

Aussi , était-ce chose ravissante de l'ouïr parler de Dieu et de la perfection. Il avait des termes si précis et intelligibles, qu'il faisait comprendre avec grande facilité les choses les plus délicates et relevées de la vie sipirituelle. Il n'avait pas cette lumière si pénétrante pour lui seul ; chacun a vu et connu que Dieu lui avait communiqué un don spécial pour la conduite des âmes, et qu'il les gouvernait avec une dextérité toute céleste. Il pénétrait le fond des cœurs, et voyait clairement leur état, et par quel mouvement ils agissaient : et tout le monde sait sa charité incomparable pour les âmes, et que ses délices étaient de travailler autour d'elles. Il était infatigable en cela, et ne cessait jamais qu'il ne leur eût donné la paix, et mis leurs consciences en état de salut. Quand aux pécheurs qui se voulaient convertir, et qu'il voyait faibles, qu'est-ce qu'il ne faisait pas autour d'eux? Il se faisait pécheur avec eux : il pleurait avec eux leurs péchés, et mêlait tellement son cœur avec celui des pénitents, que jamais aucun ne lui a rien su celer.

Or, selon mon jugement, il me semble que le zèle du salut

des âmes était la vertu dominante en notre Bienheureux Père; car, en certaine façon, vous eussiez quelquefois dit qu'il laissait le service qui regarde immédiatement Dieu, pour préférer celui du prochain. Bon Dieu! quelle tendresse! quelle douceur! quel support! quel travail! enfin il s'y est consumé.

Mais encore faut-il dire ceci, qui est remarquable : Notre-Seigneur avait ordonné la charité en cette sainte âme ; car, autant d'âmes qu'il aimait particulièrement (qui étaient en nombre infini), autant de divers degrés d'amour il avait pour elles; il les aimait toutes parfaitement et purement, selon leur rang, mais pas une également. Il remarquait en chacune ce qu'il pouvait connaître de plus estimable, pour leur donner le rang en sa dilection, selon son devoir et selon la mesure de la grâce en elles. 11 portait un respect non pareil à ses prochains, parce qu'il regardait Dieu en eux, et eux en Dieu. Quant à sa dignité, quel honneur et respect lui portait-il! Certes, son humilité n'empêchait point l'exercice de la gravité, majesté et révérence due à sa qualité d'évêque.

Mon Dieu! oserais-je dire! Je le dis, s'il se peut; il me semble naïvement que mon Bienheureux Père était une image vivante en laquelle le Fils de Dieu Notre-Seigneur était peint ; car, véritablementl'ordre et l'économie de cette sainte âme étaient tout à fait surnaturels et divins. Je ne suis pas seule en celte pensée ; quantité de gens m'ont dit que quand ils voyaient ce Bienheureux, il leur semblait voir Notre-Seigneur en terre.

Je suis, mon Révérend Père, Votre très-humble, très-obéissante indigne fille et servante en Notre-Seigneur,

Sœur Jeanne -Françoise Frémyot, De la Visitation Sainte-Marie.

DIEU SOIT BÉNI

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