‹ Œuvres diversesChapitre 246 sur 281 · CONSEILS AUX SUPÉRIEURES EN GENERAL · texte numérisé non relu

CONSEILS AUX SUPÉRIEURES EN GENERAL

Les supérieures doivent être invariablement fermes en leur fin, mais douces et humbles dans les moyens d'y parvenir. Qu'elles n'ordonnent rien avec précipitation et par caprice ; car, si on les voit agir ainsi, on méprisera avec raison leur gouvernement, et l'obéissance sera refusée ou rendue avec répugnance. Qu'elles suivent volontiers le conseil des anciennes et des plus entendues aux affaires domestiques. Qu'elles ne fassent point trop les sérieuses avec leurs filles, sinon quand il faudra les corriger. Qu'elles ne reprennent jamais avec chaleur, car on ne saurait faire cas d'une correction qui en mériterait une. Qu'elles parlent toujours en bien de leurs filles et qu'elles

n'en croient pas facilement le mal. Qu'elles aient un grand soin de toutes, mais surtout de celles qui se négligent. Qu'elles emploient aux affaires le temps qui sera requis pour conserver les biens de leur maison et en assurer le repos. Et après y avoir donné tous leurs soins, qu'elles en attendent sans se troubler le succès de la main de la Providence ; car Dieu ne leur demandera pas compte de l'événement, mais de la manière dont elles auront agi. Qu'elles ne se plaignent point si elles sont pauvres , et qu'elles n'en parlent (tout au plus) qu'à ceux qui peuvent y remédier; on ne doit pas se plaindre aisément de ce qu'on doit aimer. Qu'elles agissent dans leur conduite avec plus de charité que d'exactitude. J'ai éprouvé de toutes les conduites, et j'ai trouvé que la meilleure est celle qui est douce, humble et charitable, et que les supérieures de la Visitation la doivent suivre. Ce n'est pas qu'il ne faille joindre l'exactitude au support du prochain, mais que celui-ci l'emporte toujours quand il faudra choisir entre les deux. Notre saint Fondateur disait qu'il fallait supporter le prochain jusqu'à la niaiserie. Cela s'entend des fâcheuses humeurs, de certaines importunités qui ne font d'autre mal que de nous ennuyer, ces petits manquements d'un esprit déraisonnable, ces faiblesses, ces inconsidérations; mais ces choses où il y a de la malice, ces opiniâtretés manifestes, ô mon Dieu, il ne nous enseigna jamais aies supporter sans correction.

Soyons humbles, mes chères filles, mais surtout de cette humilité généreuse qui ne craint que le péché, qui ne dépend et ne tient qu'à la volonté de Dieu, qui embrasse les humiliations avec joie, qui méprise les honneurs, qui fuit les louanges. Sans cette vertu , toutes les autres ne sont que des ombres. En un mot, l'humilité est la clef des trésors divins, et rend heureux dès ce monde ici tous ceux qui ne veulent se glorifier qu'en la croix de Jésus-Christ.

Ne nous étonnons point pour nos besoins; la Providence n'a

jamais manqué à qui s'est confié en elle; et soyons inébranlables sur cette parole de Notre-Seigneur : Chercliez le royaume de Dieu et sa justice, et toutes choses vous seront données par surcroît, en abondance.

Page 1