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Quand nous ne nous tiendrons pas ramassées en nous

mêmes aulour de Dieu, nous ne ferons rien qui vaille; nous nous relâcherons en toutes choses, car c'est par cette porte de la présence de Dieu que nous devons attendre tout notre avancement en la perfection, de sorte que si cette fidélité au recueiljement nous manque , tout le reste nous défaudra et nous n'aurons jamais une vertu solide.

12. — C'est le propre de la vertu solide, d'être acquise et pratiquée avec beaucoup de difficultés. Les sécheresses et ennuis sont de grands moyens en la vie spirituelle pour accroître en nous le pur amour de Dieu, qui prétend, par toutes ces peines, élever notre âme au-dessus d'elle-même.

13. — Bienheureuse est l'âme qui marche en la présence de Dieu et de qui Dieu prend soin , car elle fera un grand chemin ; et pour cela, il lui donnera de grandes occasions de s'avancer en la pratique des vertus, de la générosité à entreprendre tous les sacrifices, comme aussi la fidélité pour les poursuivre, et une grâce spéciale pour persévérer en son saint service. Tenezvous toujours en la présence de Dieu comme un cierge qui se consume en brûlant et en éclairant l'autel.

14. — A quel prix que ce soit, acquérons les vraies vertus; mais, en cette glorieuse entreprise, ne nous appuyons pas sur nos propres forces : jetons toute notre confiance en la bonté de Dieu, qui nous soutient de son paternel regard et de sa grâce toute-puissante.

15. — Nous ne voyons pas Notre-Seigneur, mais nous sommes averties par la foi qu'il est présent en toutes choses, par présence, par essence et par puissance; de plus, qu'il réside en nos cœurs d'une façon particulière, par assistance et par grâce. Hélas! mon Dieu, nous sommes aveugles, et parce que nous

ne vous voyons pas, nous perdons facilement le souvenir de votre divine présence. Que faire à cela? sinon vivifier souvent notre foi, que Dieu est présent partout, et que rien n'arrive ici-bas que par Tordre de sa divine Providence, qui régit tout ce monde selon son bon plaisir.

16. — Dieu ne cesse jamais, tant il est bon, d'être autour du cœur de l'homme, pour l'aider à sortir de lui-même, des choses vaines et périssables , afin qu'il puisse recevoir sa grâce et se donner tout à lui. Il présente sa grâce à chacun suffisamment et très-abondamment pour le salut, et pour l'avancement et progrès en la perfection. A l'exemple d'Abraham , marchons donc en la présence du Seigneur, et nous serons parfaites.

17. — La sainte crainte de Dieu dans une âme est un indice des plus certains du salut éternel, et que l'on est dans la prescience de Dieu pour être des élus. Toutes les actions du

juste louent Dieu; au contraire, toutes les propres volontés, convoitises, l'offensent et le déshonorent, et toutes les mortifications et pratiques des vertus l'honorent.

18. — Notre Bienheureux Père disait que « la plupart des manquements des religieux et religieuses procèdent de ce qu'ils ne se tiennent pas assez attentifs à la présence de Dieu, mais que nous y étions en toutes nos actions quand nous les faisons purement pour l'amour de Dieu >>.

19. — Il faut faire une grande attention à porter une sainte révérence à la sainte présence de Dieu, surtout au commencement de nos prières et oraisons; c'est la finesse des finesses de se bien mettre en cette divine présence et de bien approfondir cette vérité, que c'est à Dieu que nous parlons et qu'il nous voit.

20. — Nous devons avoir une grande fidélité à retourner fréquemment notre esprit à Dieu , faisant toutes nos actions pour son divin amour, recevoir tout de sa main et nous conformer en tout à son bon plaisir ; car ceci sont les vrais moyens de se tenir en la présence de Dieu.

21. — La prière est le canal qui unit le cœur du chrétien avec celui de Dieu ; elle attire les eaux du ciel qui descendent et montent de nous à Dieu, et de Dieu à nous; elle est la voix par laquelle nous demandons à Dieu et à Jésus-Christ, qui est notre unique libérateur, qu'il nous sauve, parce que nous ressentons en nous de si grands mouvements d'infirmité, que s'il ne nous soutenait à tout moment par des grâces nouvelles, nous péririons.

22. — La prière a des forces qui triomphent de celles de la nature , et qui surmontent avec empire la résistance de tous les éléments, puisque, même au langage de saint Chrysologue, on peut dire en quelque manière qu'elle entre en partage de la toute-puissance d'un Dieu ; Moïse s'est servi , pour la gloire de ses triomphes, des principales pièces de l'univers, par la force de la prière.

23. — Lorsque le temps de nous mettre devant la divine bonté, pour lui parler seul à seul, est arrivé, ce qu'on appelle prière, la seule présence de notre esprit devant le sien, et du sien devant le nôtre, forme la prière, soit que nous y ayons de bonnes pensées et bons sentiments, ou que nous n'en ayons point. Il faut seulement, avec toute simplicité, sans faire aucun violent effort d'esprit, nous tenir devant lui, avec des mouvements d'amour et une attention de toute notre âme, sans nous distraire volontairement; alors tout le temps que nous sommes à genoux sera tenu pour une prière devant Dieu; car il aime

autant l'humble souffrance des pensées vaines et involontaires qui nous attaquent alors, que les meilleures pensées que nous avons eues en d'autres temps; car une des plus excellentes prières , c'est le désir amoureux de notre cœur envers Dieu , et la souffrance des choses qui nous déplaisent.

24. — La première condition qu'il faut avoir pour bien prier, disait notre Bienheureux Père, est qu'il faut être petit en humilité; la seconde, qu'il faut être grand en espérance; et la troisième , qu'il faut être appuyé sur Jésus-Christ crucifié. Pour bien prier, il faut reconnaître que nous sommes pauvres , et s'humilier grandement : et comme nous voyons qu'un tireur d'arbalète, quand il veut décocher un grand trait, plus il veut tirer haut et plus il lire la corde de son arc en bas, ainsi devons-nous faire quand nous voulons que notre prière aille jusqu'au ciel; il faut très-fort s'approfondir par la connaissance de notre néant. David nous enseigne à le faire par ces paroles : Quand tu voudras prier, dit-il , approfondis-toi tellement dans l'abîme de ton néant , que tu puisses après sans difficulté décocher ta prière comme une sagette jusque dans les deux.

25. — La sainte Ecriture nous fournit de beaux exemples sur la façon de prier; celui de Tobie me plaît entre tous. Ce saint patriarche commanda un jour à son fils de s'en aller à Rages , pour retirer de l'argent qui lui était dû; et pour le faire plus facilement il lui bailla une cédule, par laquelle on ne pouvait lui refuser son argent. Ainsi devons-nous faire, quand nous voulons demander au Père éternel son paradis, l'affermissement de notre foi et son amour; toutes choses qu'il veut nous donner, pourvu que nous portions une cédule de la part de son Fils, c'est-à-dire que nous lui demandions au nom et par les mérites de Notre-Seigneur, lequel nous a bien montré l'ordre qu'il nous faut tenir en nos demandes, en nous ordon-

nant de dire Je Pater, où elles sont toutes comprises en ces paroles : Que votre nom soit sanctifié ; que votre royaume nous advienne; que votre volonté soit faite.

26. — Après les trois premières demandes, nous ajoutons : Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. Sous le nom de pain sont compris tous les biens temporels : or, pour ceux-là, nous devons être grandement sobres à les demander, et devrions beaucoup craindre en les demandant, parce que nous ne savons pas si Notre-Seigneur ne nous les donnera point en son ire et en son courroux. C'est pourquoi ceux qui prient avec perfection demandent fort peu de ces biens, ains demeurent devant Dieu comme des enfants devant leur père, mettant en lui toute leur confiance, ou bien comme des serviteurs fidèles qui servent bien leur maître; car ils ne vont pas demandant tous les jours leur nourriture , mais leurs services demandent assez pour eux.

27. — Il faut être comme un vase ouvert et exposé devant Dieu, lorsqu'on le prie , afin qu'il y distille sa grâce peu à peu, selon sa volonté, et demeurer presque aussi content de rapporter chez nous ce vase vide, que s'il avait été tout rempli. A la fin, il arrivera que Dieu y distillera cette eau divine, si l'on se présente souvent avec cette foi vive et un entier désintéressement de ce qu'on peut désirer de lui, car souvent on croit qu'on s'en retourne vide , lorsqu'on est rempli de l'esprit de Dieu , bien qu'on l'ignore.

28. — Pour nous faire estimer la prière, et nous faire comprendre le pouvoir qu'elle a sur le cœur même de Dieu, je ne vois point de paroles plus puissantes que celles-ci , souvent répétées par saint Bernard : « Dieu ne demande pas les splen- « deurs, mais les ardeurs de la prière. Si l'oraison est languis-

« sanle , elle déchoit dans son progrès; si elle est animée de «ferveur et de flammes, elle perce les cieux, et ne retourne «jamais les mains vides, mais toujours chargée de dépouilles, « de palmes et de conquêtes. »

29. — En nos âmes, comme au temple de Salomon , il y a quatre étages, disait notre Bienheureux Père : au premier, il y a une connaissance grossière que nous avons par le moyen des sens; au second, un peu plus haut, une connaissance que nous avons par le moyen de la raison; le troisième, beaucoup plus relevé que les autres, est celui où réside la connaissance que nous avons de la foi par une lumière surnaturelle; et le quatrième, qui est le sancta sanctorum, est la fine pointe de l'àme où se font les acquiescements, et que nous appelons esprit; et pourvu que cette fine pointe regarde toujours Dieu, nous ne nous devons pas troubler, ni mettre en peine de ce qui se passe aux étages inférieurs.

PAUVRETE ET DELAISSEMENT

1er Mars. — La pauvreté consiste non-seulement à n'avoir rien en propre , et à ne se point attacher à ce que Ton nous donne pour notre usage; mais elle nous fait réjouir de ce que les choses nécessaires nous manquent, et que le moindre de la maison nous est donné. S'il était permis de faire choix, l'àme vraiment pauvre ne prendrait pour sa part que ce que les autres auraient rebuté et les choses les plus viles.

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