‹ Œuvres diversesChapitre 256 sur 281 · La meilleure et plus grande pratique de patience que · texte numérisé non relu

La meilleure et plus grande pratique de patience que

l'on puisse faire en la vie spirituelle, c'est de se supporter soimême avec les faiblesses et impuissances de volonté dans lesquelles la pauvre âme se trouve quelquefois de faire le bien. Il y a des âmes qui, pour sentir en elles de bons désirs, croient être des demi-saintes. Oh! Dieu nous garde de nous-même! Il n'y a point de plus dangereux ennemis que l'orgueil et la vanité; l'amour veut des œuvres, et celui qui se termine en des seuls désirs est faux et supposé.

24. — Je vous laisse ce partage, mes chères filles : ne vous étonnez point des difficultés de la nature ; combattez-les vaillamment; celle qui en tuera le plus sera la plus victorieuse. Mais savez-vous quelle victoire? La patience dans les souffrances, l'amour à l'humiliation, la soumission du jugement et de la volonté, jointe à l'étroite observance et à la constance dans la tentation; c'est ainsi que les amateurs du Calvaire se rendent vainqueurs enterre et jouissants au ciel.

25. — Mes filles, si vous avez de la peine à surmonter vos inclinations, regardez le divin Sauveur dans les combats, voyez ce qu'il souffre innocemment afin de vous acquérir la gloire. Si vous l'imitez et faites régner sa divine volonté au-dessus de la vôtre, il vous comblera de toutes ses bénédictions, surtout de cette paix qui surpasse tout sentiment et qui est le bien incomparable des bonnes âmes.

26. — L'âme qui aime sa perfection d'un amour sincère ne doit point désirer ceci ou cela, quelque saint qu'il soit, mais recueillir et unir tous ses désirs dans la seule volonté de Dieu, attendu qu'il y a bien plus de perfection et de sainteté à dire de grand cœur avec saint Paul : Seigneur, que voulez-vous que je fasse? qu'à faire des miracles, à être ravie en extase et à se voir élevée jusqu'au troisième ciel. Il n'y a rien qui puisse

mettre une aine en assurance ou la rendre juste, que cette mort de la volonté propre. Tandis que l'âme manquera de le faire , qu'elle sache qu'en matière de perfection , elle n'a fait aucun progrès considérable devant Dieu.

27. — Quel bonheur et quel honneur à l'âme épouse du Fils de Dieu, de suivre son Epoux par les chemins où il a marché! C'est la vraie joie de suivre son Bien-Aimé, soit parmi les pâturages et les vergers fleuris des consolations savoureuses, soit aux champs et au travail de l'action, soit au doux repos du midi sur sa poitrine sacrée, ou sur la montagne dure, âpre, épineuse de la myrrhe, c'est-à-dire des délaissements, ténèbres et amertumes qui arrivent en la vie spirituelle.

28. — Ma fille, il faut retrancher absolument toute sorte de réflexions sur ce qui se passe en nous, ne faisant pas semblant de le voir, quoique nous le sentions bien; ains, demeurer dans la souffrance, douce, patiente et sans rien vouloir, attendant en paix le bon plaisir de Dieu, et cependant redoubler, s'il se peut, notre fidélité en la pratique extérieure de toutes vertus, selon les rencontres, employant généreusement, et malgré nos répugnances et dégoûts, toutes les occasions que la Providence divine nous présentera pour cela dans chaque moment, sans en faire élection , ni les prévoir de plus loin, et cela comme en trompant votre mal.

29. — Si quelqu'un, touché d'un grand désir de recevoir des faveurs célestes que Dieu communique à ses enfants, demeurait néanmoins content du refus qui lui en serait fait, et se résignait entièrement au bon plaisir divin , celui-là recevrait une plus grande grâce que si on lui accordait ce qu'il désire, car il y a cent fois plus de grâce, de mérite et de gloire dans cette abnégation de sa propre volonté que dans les consolations sensibles.

30. — Une vraie fille de la Visitation, dans la milice qu'elle doit exercer sur la terre, combat avec générosité, avec liberté et avec de grandes espérances de victoires. Ces dispositions sont nécessaires dans l'âme pour l'établir et l'affermir dans Ja vraie vertu, afin de ne point tomber dans le scrupule et d'éviter les écueils qui se rencontrent sur le chemin de la perfection.

31. — Si nous sommes fidèles à marcher vigoureusement, en tout temps, après le Sauveur, et par tous les chemins qu'il voudra, sans nous soucier d'autre chose que de cheminer, bientôt il nous fera la grâce de nous fortifier et de nous faire courir. Si nous nous trouvons engourdies en marchant, ne nous décourageons point, mais disons avec un courage résolu : Seigneur, tirez-moi, et je courrai, car, s'il vous plaît que je coure, il faut aussi que vous me tiriez. Ne doutons point que le Sauveur, voyant notre courage à marcher par tous les chemins qu'il voudra, ne nous fasse jouir de l'amoureuse jouissance de sa bonté, et ne nous fasse courir après ses parfums qui rendront notre course facile, délectable, désirable et suave.

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