OBEISSANCE
1er Juillet. — Souvenez-vous, mes chères filles, de ces paroles de la sainte Ecriture : Vobéissant racontera ses victoires. Vous avez tant d'ennemis visibles et invisibles, que pour être victorieuses, il faut sur toutes choses que vous ayez l'obéissance établie dans une parfaite abnégation de votre propre volonté, afin que vous puissiez très-heureusement vaincre en terre, pour triompher glorieusement au ciel, et rendre compte à Notre-Seigneur et à Notre-Dame de vos victoires.
2. — Rendons-nous exacte et prompte aux obéissances, voire, aux plus petites; car être obéissante, c'est être religieuse, et être religieuse, c'est être obéissante. Le Fils de l'homme a été obéissant tout le temps de sa vie, et encore davantage en sa mort, qui ne fut pas une mort commune, mais la mort pénible , rude et honteuse de la croix.
3. — La perfection d'une vraie religieuse consiste en une véritable et sincère obéissance rendue indifféremment à toutes sortes de supérieurs pour Dieu , et au parfait anéantissement de soi-même, car par l'obéissance nous enrichissons Notre- Seigneur, et, quand nous y manquons, nous l'appauvrissons en tant qu'il est en nous.
4. — Je ne ferais, certes, nul état d'une fille, pour sainte qu'elle paraisse, si je ne la voyais disposée à tout ce que l'obéissance voudra d'elle, et à être envoyée au bout du monde si besoin était; car, si elle est attachée au lieu où elle sert Dieu,
c'est signe qu'elle aime plus le lieu et la consolation qu'elle y reçoit, que le Dieu qu'elle y sert.
5. — Laissons-nous entre les bras de la divine Bonté, et laissons-lui la liberté de nous porter à droite ou à gauche; qu'il nous suffise d être au soin de ce grand Dieu, et laissonsnous conduire en quel lieu il voudra, puisque partout où sa main nous posera nous accomplirons son adorable volonté, par le moyen de la sainte obéissance.
6. — Nous ne sommes pas appelées à porter dans les pays sauvages la croix de Notre-Seigneur et à faire les grandes œuvres apostoliques; mais, au moins, soyons toujours prêtes pour aller, pour venir, pour demeurer et pour retourner où Dieu et nos supérieurs le voudront; autrement, je vous déclare que vous n'êtes pas des vraies Épouses du Fils de Dieu, et que votre vertu n'est que dans votre idée, et non réelle et subsistante en Dieu.
7. — Tout ce qui se fait par la règle de l'obéissance est fait pour Dieu ; c'est pourquoi il nous doit être indifférent d'être occupée ou d'être en repos dans la cellule. Pourvu que nous fassions ce qui nous est ordonné, avec pureté d'intention de plaire à Dieu , cela suffit pour nous élever à une grande sainteté.
8. — Ce sont nos austérités que cette grande obéissance. Que serait-ce sans cela? C'est donc là la perfection qui nous est propre, et que nous devons aimer et pratiquer invariablement, que de quitter notre propre volonté et liberté, pour vivre dans cette amoureuse sujétion de notre Institut qui tend à la mortification de l'esprit.