Le fruit de l'amour, c'est l'obéissance; car Notre
Seigneur a dit : « Celui qui m'aime garde mes paroles. » 0 mon Dieu ! que nous serions heureuses si nous pouvions nous faire reconnaître par l'exacte pratique des solides vertus de notre vocation, comme le Fils de Dieu , en ce monde, se faisait connaître par les œuvres de sa mission! La nôtre, c'est la parfaite obéissance.
10. — Nous devons être fort soigneuses de redresser souvent notre intention, et purifier nos obéissances, en les faisant purement pour Dieu , parce que c'est sa volonté , en laquelle doit être notre contentement; et en cette façon d'obéir consiste notre bonheur, notre gain et notre perfection.
11. — Conservez invariablement la lumière de regarder Dieu , ou qui que ce soit qui vous conduise de sa part, et d'y avoir une égale soumission; encore que vous n'y puissiez pas avoir une sensible confiance, pourvu que vous ayez une vraie obéissance, vous ne laisserez pas d'expérimenter combien Dieu a pour agréable que l'on se fie et repose en la fidélité de ses paroles.
12. — Tout ce qui se fait en la religion et qui est ordonné par la sainte obéissance, pour petite que soit la chose, est d'un grand prix et valeur, et tout devrait être regardé et pratiqué d'un œil de dévotion tout adorable. C'est la seule vraie dévotion des filles de la Visitation que celle qui les rend ponctuelles, et exactes jusqu'aux moindres petites choses et plus petites observances qui soient en l'Institut, et toute dévotion qui ne donne point cette attention est indubitablement fausse.
13. — L'obéissance est la couronne du religieux, c'est son rempart et son soutien, sa paix, son repos et son assu-
rance. Le seul obéissant vit dans la sainte liberté des enfants de Dieu; il aime que l'on commande des choses âpres et difficiles , et les fait exactement ; il reçoit de bon cœur les choses moindres et les fait fidèlement; il se réjouit des menues, pénibles et abjectes obéissances , et les exécute soigneusement.
14. — Oh î que bienheureuse est l'obéissance qui nous dépouille, dénué de toutes consolations et appuis sur la terre, car alors l'âme est conduite à Dieu son seul et unique trésor, où elle trouve des richesses abondantes pour subvenir à toutes ses nécessités. Celui est trop avare à qui Dieu ne suffit. Bienheureuse nécessité qui nous fait reposer en Dieu seul !
15. — Si nous venions jamais à regarder à notre propre intérêt dans notre obéissance, nous serions bien malheureuse d'en perdre ainsi le mérite, qui est d'autant plus grand , que nous obéissons avec plus de répugnance et à des personnes moins parfaites, parce que nous avons alors plus d'égard d'obéir purement pour Dieu, où gît la perfection de la pratique de cette vertu. Le vrai obéissant obéit avec autant de joie, de soumission et d'indifférence, au moindre comme au plus relevé.
16. — Occupons-nous sérieusement à considérer l'obéissance de notre bon Sauveur , lequel s'est humilié et a été fait obéissant jusqu'à la mort de la croix, de sorte qu'il a mieux aimé perdre la vie que l'obéissance : regardons ce divin exemplaire, et considérons l'imbécillité et imperfection de nos obéissances au prix de la sienne.
17. — Nous devons accoutumer, petit à petit, notre volonté à suivre celle de Dieu, par les sentiers où il lui plaira nous
faire marcher, et faire en sorte que cette volonté se plie et se soumette sans raisonnement lorsque les supérieurs diront : Dieu le veut! et peu à peu les répugnances que vous sentez si fortes s'affaibliront, et la vertu d'obéissance, qui nous doit être en si grande recommandation , établira son règne dans votre âme à tel point que plus rien ne saurait vous agréer, si ce n'est l'obéissance.
18. — Pour bien obéir, il ne faut pas s'appliquer l'obéissance, mais il faut se laisser appliquer l'obéissance; ainsi, si vous observez votre règle parce qu'elle vous est agréable et conforme à votre sens et à votre jugement, vous vous appliquez l'obéissance; mais si vous l'observez parce que Dieu le veut et l'ordonne, sans avoir égard à ce que votre raison vous dicte, vous vous laissez appliquer l'obéissance, et c'est cette dernière sorte d'obéissance seulement qui sera récompensée au ciel.
19. — Nous nous sommes embarquées volontairement dans le grand vaisseau de la sainte obéissance; il faut voguer au gré de la sainte et divine volonté , qui doit être le fondement de notre soumission. Que de joie à nos cœurs s'ils pouvaient dire à l'heure de la mort : Seigneur, vous savez que je n'ai considéré que vous en la personne de mes supérieurs
20. — Il me semble que j'aurais plus de satisfaction d'obéir à la moindre Sœur qui ne ferait que me contrarier, me commandant d'une façon dure et sévère, qu'à la plus capable et expérimentée de tout l'Ordre, car où il y a moins de la créature il y a plus du Créateur, et cette dernière sorte d'obéissance est plus solide, pure et simplement pour Dieu.