DE LA CORRECTION
Mes Sœurs, l'on m'a avertie que quelqu'une d'entre vous avait mal pris, ou mal entendu ce que j'avais dit des avertissements, et quelques-unes disent par derrière : Notre Mère a dit qu'il ne fallait point avertir. Certes, mes chères Sœurs, si je l'ai dit, j'ai fort mal fait, et suis extrêmement blâmable, car j'exténuerais la règle qui dit : Toutes les Sœurs feront les aver Ossements, et, comme nous nous avertissons toutes, si, dès qu'une Sœur aurait averti une autre, elle ne l'osait plus avertir, dans peu de temps il n'y aurait plus d'avertissements, et je vous dis et vous déclare que, si je l'ai dit, j'ai mal parlé, et m'en dédis en plein chapitre; mais, si j'ai dit, comme je suis assurée
d'avoir fait, que je trouve bon que l'on n'avertisse pas sur-lechamp, ou le même jour, celle qui nous aura avertie, ni même pendant que l'on sent le cœur piqué de quelque ressentiment, sans l'avoir dit à la supérieure pour prendre conseil d'elle, certainement, mes Sœurs, je n'ai pas mal dit, ce me semble, et j'eusse bien désiré que ces bonnes Sœurs se fussent enquises de mon intention devant que blâmer ce que j'avais dit, et elles eussent vu qu'elle n'était pas telle qu'elles l'ont pensé.
Non certes, je ne suis pas fâchée de ce qu'elles ont cru que j'avais fait une imperfection, mais bien je l'ai été de ce qu'elles en ont parlé par derrière, plutôt que de s'adresser à moi pour me dire simplement mon défaut; sur quoi, je vous prie, mes Sœurs, que lorsqu'on dira quelque chose en communauté d'y prêter attention, afin que l'on ne fasse pas accroire aux supérieures qu'elles ont dit des choses à quoi seulement elles n'ont jamais pensé.
Je conclus donc qu'il ne faut pas avertir sur-le-champ celle qui nous a avertie, il est mieux d'attendre au lendemain : que si l'on sent de l'amertume de cœur contre elle , il faut aller dire à la supérieure : Ma Mère, ma Sœur telle a fait telle faute, mais j'ai un sentiment contre elle, c'est pourquoi je ne l'ose pas avertir, que plaît-il à Votre Charité que je fasse? et puis, faire humblement, simplement et charitablement ce que la supérieure dira; voilà pour les avertissements.
Mais, il faut que je dise un mot pour ce qui est de ces petits mots secrets que l'on dit, quand les Sœurs demandent leurs imperfections; car, d'autant que personne n'entend cela que celle à qui nous les disons, certes 7 il est grandement dangereux que nous suivions nos petites inclinations; et, non-seulement cela, mais que nous y fassions de bons et gros péchés : nous aurons une petite mouche contre une Sœur ou bien nous ne l'agréerons pas, et elle nous viendra prier au réfectoire de lui dire ses fautes; nous ne lui dirons pas celles qui lui peuvent faire plus
de profit, mais celles qui la peuvent plus humilier et confondre. Je vous laisse à penser s'il n'y a pas là matière de confession. Oui, je vous assure, mes Sœurs, et bien bonne. Voici donc comme il faut faire quand une Sœur nous vient prier de lui dire ses fautes : il nous faut humilier devant Dieu, et penser que c'est à nous à qui chacune devrait dire les fautes, et que cette Sœur est bien meilleure que nous, et puis, dire cordialement, humblement, courtement, et charitablement, quelques défauts extérieurs; et celles qui les demandent le doivent faire avec beaucoup d'humilité, et penser qu'à cause que l'on ne connaît pas son orgueil, on ne lui dit pas les plus grosses. Voilà, mes chères Sœurs, ce que j'avais à vous dire; je vous prie, pratiquez-le es occasions.
EXHORTATION IX