SUR LA FIDÈLE OBSERVATION DES CONSTITUTIONS
Mes chères filles, dès que je fus de retour ici, je m'aperçus que nous nous étions relâchées au silence, au parler, que nous étions toutes dissipées et hors de chez nous; cela me fit mal au cœur tout à fait. Enfin, quand nous ne nous tiendrons pas ramassées en nous-même, autour de Dieu, nous ne ferons rien qui vaille; au contraire, nous nous relâcherons en toutes choses; car c'est par cette porte de la présence de Dieu que nous devons attendre tout notre avancement en la perfection, de sorte que si cette fidélité au recueillement nous manque, tout le reste nous défaudra, et nous ne serons jamais filles d'une solide vertu. Or sus, prenons courage, mes chères Sœurs, et nous redressons; ne nous laissons point tant aller aux choses exlé-
rieures, et ne les faisons point d'un esprit empressé et diverti de Dieu, mais avec un cœur tranquille, rassis, attentif à le regarder.
(Les novices étant dehors, elle ajouta :) Mes chères Sœurs, je vous supplie, pour l'amour de Notre-Seigneur, et par le zèle que vous devez avoir pour votre perfection, de rentrer à bon escient en vous-même, de vous bien regarder et connaître vos imperfections pour vous renouveler; certes, il est bon de monter son cœur, non-seulement tous les ans, mais encore tous les mois, pour voir comme tout y va; procédons avec plus de candeur avec nos supérieures, quelles qu'elles soient, nous ne découvrons pas bien là ce que nous sommes.
Mettons-y dûment la main à la conscience, et vous verrez que je dis vrai. Nous ne disons pas beaucoup de choses que nous devrions pourtant dire; mais, ce qui nous empêche, c'est que nous ne voulons pas les reconnaître comme elles sont; nous étouffons presque la lumière que Dieu nous en donne, pour suivre nos inclinations, et pour nous tenir toujours attachées à l'estime de nous-même et à notre réputation. C'est pourtant un article de nos constitutions qui est très-important.
0 Dieu! quand nous faisons nos lectures, nous devrions nous arrêter sur chaque article, pour voir comme nous observons ce point-là; il y en a surtout deux ou trois qui sont admirables! Mon Dieu, laquelle est-ce qui est toute formée sur la constitution de la modestie; qui est toute tranquille, simple, qui a ses yeux doux et sereins, et pour l'ordinaire baissés; quia ce respect cordial envers ses Sœurs, gracieuse, humble et affable, et cette continuelle présence de Dieu? Pour ce dernier point nous en sommes fort éloignées, c'est pourquoi le reste nous manque ; car nous sommes pour l'ordinaire chez les autres, et si peu chez nous, que c'est pitié! Certes, nous ne sommes pas assez ponctuelles et délicates en l'observance.
Vous autres professes, vous ne savez pas le dommage que
vous apportez, non-seulement à vous-mêmes, mais encore aux autres; il y a une quinzaine de novices céans, qui ont les yeux sur vous; quel exemple leur donnez-vous? car elles seront telles que vous! Je ne vois pas aussi en elles une exactitude assez grande; ma Sœur la directrice, il faut veiller sur elles, non pas pour les trop presser, ni pour les hontoyer et tourmenter, mais pour les encourager et rendre amoureuses de l'observance, les aidant à cela par vos paroles, enseignements et exemples, tellement, qu'il ne faut pas que vous fassiez les fautes que vous ne voudriez pas que vos novices commissent.
Pour Dieu, mes filles, prenons à cœur notre perfection, et nous établissons en des résolutions invariables et efficaces de travailler à bon escient. Regardons toutes en particulier les inclinations qui nous nuisent le plus, pour leur faire une cruelle guerre, afin de faire notre amendement, et ne craignons point que nous n'en venions à bout avec la grâce de Dieu, qui ne nous manquera jamais; tâchons seulement d'être fidèles à cette grâce et de lui correspondre...
EXHORTATIONS