‹ Œuvres diversesChapitre 39 sur 281 · SUR DIVERS SUJETS · texte numérisé non relu

SUR DIVERS SUJETS

EXHORTATION I

SUR LA CONSTANCE QU'lL FAUT AVOIR AU SERVICE DE DIEU AU MILIEU DES VICISSITUDES DE LA VIE.

Si Dieu a caché le prix inestimable de la gloire éternelle dans la victoire de soi-même, pourquoi ne l'entreprendrionsnous pas? L'apôtre saint Paul dit : « Que le monde n'a pas connu Dieu dans la sapience de Dieu; à nous autres il nous est donné de connaître Dieu dans la folie de sa croix. » Le vrai bonheur du chrétien est de connaître Dieu en la personne de son Fils, et l'imiter aux vertus qu'il a pratiquées en sa vie, en sa sainte Passion, en son humilité, pauvreté, abjection, mépris, vileté, douleur et souffrance : la nature n'agrée pas ceci, mais nous ne sommes pas nées pour vivre selon son instinct. L'esprit de la chair nous fera inquiéter, lorsque quelque chose nous manquera, et celui de Dieu nous portera à nous soumettre à sa volonté dans nos incommodités et les souffrir avec patience ; les humbles sont toujours doux et gracieux; ils sont si petits et bas en eux-mêmes qu'ils ne disent jamais une parole de travers.

C'est un grand trésor que la sainte crainte de Dieu. Qui a établi en son cœur de ne jamais offenser Dieu, ni de commettre volontairement aucune imperfection, ne pense guère à l'enfer; il ne craint pas de déplaire à Dieu, mais il pense à lui plaire.

Il y a des cœurs d'eau , en qui il ne demeure aucune impres-

sion; entendant parler des jugements de Dieu, ils sont saisis de crainte pour les peines de l'autre vie; mais ils ne sont pas sitôt hors de là, qu'ils n'y pensent plus. Les autres, oyant louer quelques vertus, ont des désirs de les pratiquer; et, néanmoins, ces bons sentiments ne leur demeurent point dans le eœur; car, quand l'occasion se présente de les mettre en effet, ils ne se souviennent plus de leurs bons désirs, non qu'il faille toujours penser à ce que l'on entend dire, tant aux prédications qu'autrement; mais il y faut penser, en sorte qu'on le pratique lorsqu'il en est temps, et non pas comme ces cœurs d'eau qui ne gardent rien de ce qu'on leur dit.

Que cette vie est bigarrée ! quand on pense faire une chose , il en faut faire une autre. Le grand bonheur est en cela de faire tout pour Dieu, et d'accomplir sa sainte volonté, humiliant notre entendement, afin qu'il nous illumine; lui soumettant nos volontés, afin qu'il les gouverne. Il importe peu que nous soyons en la cave ou sur le toit, pourvu que partout nous fassions la volonté de Dieu.

Marcher en la présence de Dieu, c'est marcher dans le sentier de son bon plaisir, et non par les voies de la chair, de l'esprit humain, de l'amour-propre, de l'estime de soi-même, de son jugement et volonté.

EXHORTATION II

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