SUR LA VIGILANCE ET LA GUERRE A FAIRE AUX ENNEMIS DE L'AME
Mes chères Sœurs, je n'ai que deux mots à vous dire : c'est pour vous faire ressouvenir qu'il faut se faire violence, ruiner et prendre garde à notre amour-propre et à ses vanités, à nos corps et à nos sensualités, à nos jugements et à leur témérité,
à nos propres volontés et à leurs fausses libertés : voilà les quatre principaux ennemis que nous avons; et, comme notre amour-propre, nos corps et nos autres ennemis ne cessent d'être après nous pour nous faire chopper, aussi ne devonsnous jamais cesser d'être après eux pour les combattre et renverser : combattre fortement l'esprit de la chair et l'esprit du inonde, car ce sont ces deux qui nous font plus de mal. Celles qui ne se rendront pas veillantes pour les découvrir et les repousser, certes, insensiblement ils les entraîneront après eux en un lieu où il ne fera pas bon pour elles; mais celles qui seront soigneuses et veillantes a se garder de leurs embûches, ce seront celles-là qui seront des filles sages et qui seront reconnues pour telles. C'est à quoi je vous exhorte, mes chères Sœurs; car il me semble que nous en avons besoin; et, moi aussi, je m'y exhorte moi-même de tout mon cœur.
EXHORTATION III
SUR LES MAUX QUE CAUSENT A L'AME LES FINESSES DE l' AMOUR-PROPRE ET DE LA PRUDENCE HUMAINE
Pensant ce matin, mes chères Sœurs, à ce que je devais vous dire au chapitre, il m'est venu cette vue de vous avertir cordialement de prendre garde à l'amour-propre et à ses finesses, afin de remédier au mal que pourraient faire à nos âmes ces deux racines qui sont des vraies sources de tous maux et imperfections; et, je vous dis souvent, ce me semble, que l'amourpropre fait tout perdre en la vie spirituelle, à cause de la production de ses propres recherches qui nous empêchent de chercher purement Dieu et son bon plaisir. La prudence de
l'esprit humain fait aussi beaucoup de mal; et, tandis que nous nourrirons cette fausse prudence, cet esprit humain agira en nous, il nous rendra incapable de cette union intime et amoureuse que nous devons avoir avec Notre-Seigneur. Il faudra de la peine pour renverser ces deux ennemis, car ils sont adroits et font leurs coups si subtilement, que, bien souvent, on ne les aperçoit que quand ils ont joué leurs personnages.
Mes chères Sœurs, nous ne sommes pas venues céans pour vivre selon le naturel; Ton nous apprend, dès le commencement , qu'il le faut ruiner ; il le faut donc faire généreusement, et, au lieu de suivre Pamour-propre, et l'esprit humain, vivre, par une sainte force d'esprit, selon les lumières de la grâce et de la raison. Ces deux lumières, bien suivies, suffisent pour conduire l'âme à la très-haute perfection de l'amour divin.
Je vous conjure donc, mes chères filles, que toutes considèrent devant Dieu si l'amour-propre et la prudence humaine demeurent chez elles; celles qui voudront chercher et qui trouveront en avoir beaucoup, qu'elles prennent beaucoup de courage pour s'en affranchir, sachant bien que rien n'est si contraire à cette pureté d'intention et simplicité, que Dieu requiert des âmes qui font état de la perfection; que celles qui ne s'en trouveront pas tant s'humilient fort et rendent grâces à Notre-Seigneur , suppliant sa bonté d'arracher d'elles le mal, que, parleur peu de lumières intérieures, elles ne voient peutêtre pas, et qu'il les préserve d'en avoir davantage. Et, tant les unes que les autres , je vous supplie, chèrement et cordialement, de faire profit de ce que j'ai dit; car je crois que Dieu ne m'a pas donné cette lumière pour néant et sans vouloir que nous en fissions profit; faisons-en toutes, je vous prie, mes chères Sœurs. ...
A ce chapitre, cette Bienheureuse Mère dit que la conscience la pressait de donner des 'pénitences à celles qui feraient des
fautes à V Office, et, quà la troisième fois, elle ferait perdre la communion , quelle ne savait point déplus grosse pénitence pour des âmes qui aiment Dieu.
EXHORTATION IV