‹ Œuvres diversesChapitre 47 sur 281 · SUR L'HUMILITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

SUR L'HUMILITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE

Je pense, mes Sœurs, que l'Eglise nous représente l'Evangile auquel on voit l'humilité de saint Jean [pour nous exciter à l'imitation de ses vertus]; au moins, il y a plus de quinze jours

que j'ai désiré que Monseigneur nous en parlât. Cet Evangile nous fait voir le glorieux saint Jean, qui répond à tout par négative : Es-tu Prophète? Non. — Es-tu Elle? Non. — Es-tu Christ? Non. Enfin, il ne répond que par négative; si qu'il contraint ceux qui l'interrogeaient de lui dire : Qu es-tu donc? Et il leur répondit cette sainte parole de vérité : Je ne suis rien.

0 mes Sœurs, que bienheureuse est l'âme qui nie tout ce qui peut l'élever, et qui, à toute rencontre, dit de bouche et de cœur, avec croyance et sentiment : Je ne suis rien, car c'est la parole de vérité.

Toutes les créatures, dit le prophète, sont devant Dieu comme si elles n'étaient point ; cela veut dire : tous les cieux, tous les royaumes, toutes les nations, bref, toute la terre, et tous ceux qui l'habitent ne sont rien devant la souveraine grandeur de Dieu. Or, dites-moi, mes chères Sœurs, si tout le monde et toutes les nations ne sont rien devant Dieu, que sommes-nous, sinon seulement que le rien même? C'est une parole qui m'a donné souvent à penser : toutes les créatures ne sont rien devant Dieu; il faut donc tirer cette conséquence : si tous les peuples qui habitent la terre ne sont rien, moi qui ne vaux pas le moindre, que puis -je être? Cette pensée est salutaire, parce qu'elle porte puissamment l'âme à la connaissance de sa bassesse. Connaître cette bassesse, disait notre Bienheureux Père, c'est n'être pas bête; et, partant, je vous exhorte, mes Sœurs, s'il y en a quelqu'une qui présume quelque chose de soi, qu'elle recourt à la connaissance de sa bassesse; mais qu'elle ne s'arrête pas là, ains qu'elle aime cette petitesse, vileté et abjection, et désire que toutes la traitent comme abjecte et chétive; ainsi elle acquerra la sainte humilité. Sachez, mes Sœurs, que l'humilité est le siège de la grâce : Sur qui reposera mon esprit, dit la Vérité éternelle, sinon sur l'humble qui craint mes paroles? Autant que nous nous abaisserons par vraie humilité de cœur, autant le Tout- Puissant s'abaissera en nous

pour combler nos cœurs de l'abondance de son Saint-Esprit, lequel nous préparera pour recevoir le Seigneur en sa sainte naissance, et cette préparation ne sera autre qu'un accroissement d'humilité ; car ce divin Sauveur et Maître ne se complaît que dans les âmes profondément anéanties, humbles et petites à leurs propres yeux. Jetons les yeux sur Notre-Seigneur, requérons son secours, afin que nous soyons enseignées, dans ce que nous avons à faire, pour le recevoir à son arrivée au monde. Il ne nous enseignera rien autre chose que ceci : qu'il faut tenir nos cœurs hauts, élevés en la grandeur et miséricorde de Dieu, et profondément anéantis en notre vileté, bassesse et abjection : et, voyez-vous, mes Sœurs, les trésors des richesses de Dieu se déploient dans les âmes pauvres, cela veut dire humbles, basses et petites. Soyons donc bien pauvres, bien petites et bien simples ; car Notre-Seigneur prendra soin de nous évangéliser : cela veut dire de nous enseigner ses divines volontés.

Et s' adressant à une Prétendante qui demandait d'entrer à son essai : Hé bien ! ma très-chère fille , vous avez bien regardé ; avez-vous bien considéré si votre cœur pourra bien s'accommoder à toutes les observances? Car, voyez-vous, ma fille, ce que vous entreprenez n'est pas petite besogne; il est requis d'avoir un grand courage : vous prétendez, en entreprenant celte vocation, une guerre continuelle, et un renversement entier de tout vous-même : voire, ma fille, vous entreprenez de mourir à la nature , pour vivre à la grâce de Dieu. Ditesnous ici qu'est-ce qui vous invite à entreprendre une chose si grande ?

Bénissons Dieu, ma fille, voilà un bon motif; et puisque vous prenez Notre-Seigneur avec vous, j'espère que si vous ne le quittez point, aussi ne vous abandonnera- t-il pas. Mettez profondément cette maxime en votre cœur : Sans Dieu je ne puis rien, avec Dieu je puis tout. Or, tenez -vous profondément humble devant Dieu, en reconnaissance de l'honneur qu'il vous

fait de fous choisir pour son épouse, et pour vous loger en sa sainte maison. Il vous a tirée de parmi les maux, les misères, les niaiseries et vanités du monde, parmi lesquelles, hélas! ma fille, peut-être vous fussiez-vous perdue; et regardez que si vous correspondez à la grâce divine, Dieu vous prépare une robe de gloire et d'immortalité, de laquelle sa bonté vous vêtira, si pour son amour vous dévêtez bien votre cœur de toutes les choses du monde et de vous-même; enfin, il vous fera régner avec ses fidèles épouses dans sa glorieuse éternité , où il changera nos chétifs corps passibles et mortels en des corps glorieux.

Or sus, ma chère fille, allez vous offrir à Dieu, tandis que nous poursuivrons le chapitre. Remettez-vous bien toute entre ses mains, et celles de l'obéissance , pour n'être désormais plus à vous, mais à son bon plaisir, par le renversement et changement total de toutes vos inclinations, habitudes, passions, paroles, pensées et gestes, pour vous réduire en l'état bienheureux des âmes qui s'étant délaissées elles-mêmes, ne cherchent plus que Dieu, par la voie d'une exacte et sainte observance

EXHORTATION V

(Faite le 15 décembre 1629)

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