AVANT LA PETITE RETRAITE DE NOËL
SUR LES PRÉSENTS QU'lL FAUT FAIRE A NOTRE-SEIGIVEUR.
Je crois que voici le dernier chapitre que nous tiendrons, avant la Nativité du Sauveur, ce qui me fait vous prier, mes chères Sœurs, de vous y bien préparer. Pour le mieux faire, j'ai pensé de vous avertir de regarder un peu vos résolutions, et les bonnes affections que Dieu vous a données en vos soii-
ludes, car il me semble que cette ferveur commence un petit peu à s'amortir.
Je vous prie, mes chères Sœurs, faites soigneusement ce que je vous veux dire : regardons devant Dieu nos affections et toute notre âme, pour voir en quelle disposition tout cela est, pour les purger des défauts que nous y remarquerons, afin de pou voir présenter à Notre- Seigneur quelque chose à son arrivée au monde. Mais, hélas! c'est un Seigneur si grand, si riche, si puissant, qu il n'a que faire de nos biens, comme dit David. Quels présents lui pourrons-nous donc faire, si tout ce monde est sien? Il lui faut offrir des âmes pures, et des cœurs nets et blancs, et vides de toutes choses terrestres; mais, voyez-vous, il faut que nos âmes soient nettes pour être offertes à cet Enfant divin, qui naît à ce jourd'hui, Auteur de toute pureté et sainteté. Voilà le plus agréable présent que nous lui pourrions faire, un cœur net, contrit et humilié; il ne veut de nous que le cœur. Ah! mon fils, donne-moi ton cœur. M'est-il pas plus que raisonnable que nous lui donnions ce qu'il demande, puisqu'il nous vient donner la vie, et charger sur lui les peines de nos péchés; et, par un effet non pareil de sa grande miséricorde, bonté et libéralité, nous vient ouvrir le paradis, et nous donner sa grâce et amitié? Donc, en contre-échange, s'il faut ainsi parler, ouvrons-lui nos cœurs, et les lui donnons entièrement pour sa demeure.
Je vous supplie, que ces trois jours de solitude, notre principal soin, soit de purifier nos âmes, pour les rendre capables de recevoir les fruits de cette sacrée Nativité. Prenons courage nouveau, pour cheminer parfaitement, en l'observance de nos règles, et chacune à la vertu dont elle connaît avoir le plus besoin, combattant les défauts particuliers, dont nous avons eu lumière en nos solitudes, prenant de nouveaux cœurs et non des lumières et résolutions nouvelles; mais, par une vive et générale volonté, observons fidèlement celles que nous avons faites
en nos retraites; c'est bien assez pour nous; la multiplicité gâte souvent.
Préparons donc ainsi nos cœurs par pureté, amour et fermeté à nos bons propos, les vidant de tout autre désir que d'y recevoir ce divin Enfant, lequel les trouvant ainsi bien disposés, i] y naîtra assurément, et habiterons avec lui éternellement.
EXHORTATION VI