‹ Œuvres diversesChapitre 49 sur 281 · SUR LA BRIÈVETÉ DE LA VIE · texte numérisé non relu

SUR LA BRIÈVETÉ DE LA VIE

Le jour d'aujourd'hui parle pour moi; voilà que nous sommes à ia fin de cette année qui s'en va engloutir dans le néant, où tant d'autres se sont abîmées.

Le temps passe; les années finissent, et nous passons et finissons avec elles; mais il faut faire de fortes et absolues résolutions, que, si Notre-Seignear nous donne l'année qui vient, nous l'emploierons mieux que ces autres passées. Cheminons d'un pas nouveau à son service divin et à notre perfection ; prenons donc de grands courages pour travailler tout de bon à la ruine de nous-mêmes, afin que cette année prochaine ne s'aille derechef abîmer dans son gouffre, et que, cependant, nous ne demeurions toujours dans nos imperfections, misères et iniquités; je dis, iniquités, parce que tout ce qui est contre Dieu, pour petit qu'il soit, est inique. S'il est vrai, mes chères Sœurs, qu'il faille que le juste se justifie, et le saint se sanctifie, combien plus faut-il que l'homme inique retourne à l'équité et droiture, l'injuste à la justice; que le pécheur délaisse son mauvais che-

min et entre en la voie de sanctification; que l'âme tiède et non chalante prenne de la ferveur, pour changer en l'amour de Dieu la froideur de ses tépidités.

De vrai, mes chères Sœurs, j'ai grand désir que vous pensiez tout de bon à ceci ; car ce n'est rien de commencer des années, si nous ne commençons de mettre la main à la besogne ; autrement nous serons tout étonnées, que nous verrons le temps couler, et nous avec lui, sans aucun profit pour notre âme. Je désire bien que cela ne soit pas , mais que vous considériez comme le temps s'en va. La figure de ce monde passe ; rien n'y est permanent et durable que la parole de Dieu; le ciel et la terre, et tout ce qui se trouve en iceux, passe et s'évanouit de nos yeux. Que faire donc , parmi ces vicissitudes? Ce que dit le bon David : Fais bien et espère en Dieu. Faisons le mieux notre devoir qu'il nous sera possible 5 employons le temps que Dieu nous donne, avec grand soin, puis, espérons en sa souveraine miséricorde; mais souvenons-nous de faire bien, car notre fin s'approche : nous vieillissons et approchons journellement de notre mort, à mesure que nos jours, les mois, les ans s'écoulent, et que tout prend fin. Mais savez-vous, mes chères Sœurs, nos fautes, nos infidélités ne s'anéantissent pas comme les jours et les ans, ains elles nous seront toutes représentées à l'heure de notre mort, et nous y devrions penser souvent; car, je vous assure, que c'est une sainte et salutaire cogitation que celle de notre fin , qui nous fait opérer plusieurs bonnes œuvres et fuir beaucoup de mal. Le sage la conseille en plusieurs endroits : Pense à ta fin dernière, et tu n'offenseras point. Souviens -toi de ton heure dernière et de ton dernier passage. Il semble que les âmes, esquelles Dieu s'est fait connaître, qu'il a retirées à soi du tracas du monde, ne devraient point laisser finir les années, les mois et les jours mêmes, sans une profonde considération, voyant comme tout est muable, passager et périssable, excepté Notre-Seigneur, leur souverain Epoux, auquel elles devraient

s'attacher uniquement. Rien de tout ce que nous aurons, ferons, dirons, en ce monde, ne nous demeurera, que deux choses: savoir, le bien et le mal. Je voudrais, mes Sœurs, que vous profondassiez ces pensées, et que vous en parfumassiez vos cœurs; ce ne serait pas, à mon avis, sans utilité.

Or sus, commençons donc l'année au nom de Notre-Seigneur, mais avec des efficaces résolutions de commencer à le servir fidèlement, selon notre petit pouvoir; car il ne veut que ce que nous pouvons, mais cela il le veut : soyons soigneuses de le lui donner, faisant bien, puis espérant et nous confiant en son infinie miséricorde.

EXHORTATION VII

(Faite en 1629)

Page 1