‹ Œuvres diversesChapitre 70 sur 281 · SUR LA GÉNÉROSITÉ A SE RELEVER DE SES FAUTES · texte numérisé non relu

SUR LA GÉNÉROSITÉ A SE RELEVER DE SES FAUTES

L'humilité et la fidélité à se relever de nos chutes, fait voir si les goûts que l'on prend aux choses spirituelles viennent de Dieu. Une âme qui a un naturel rude, revêche et rébarbatif, fera un grand avancement, si elle est fidèle, et acquerra de grandes vertus; si elle fait plusieurs fautes, cela n'empêchera point sa perfection, pourvu qu'elle soit fidèle à se relever et humilier. Si, ayant le désir de s'humilier de ses fautes, il lui semble qu'elle ne le peut faire, ains que ses fautes l'aigrissent, il faut qu'elle mette du sucre dans son cœur pour l'adoucir, disant : Or sus, mon cœur, qu'est-ce donc? nous sommes tombés, et ne nous inquiétons point. Eh bien, j'ai fait une faute, on Va vue , on t'en méprisera; mais regarde en ce mépris la volonté de Dieu, tu seras plus avisée une autre fois.. . Si Dieu donne à

telles âmes du plaisir de penser aux choses intérieures , elles ne laisseront pas de s'amender, sans qu'elles fassent beaucoup de réflexions sur cela; notre Bienheureux Père ne voulait pas qu'on réfléchît tant sur soi. Mais si on voit telles âmes pleines d'elles-mêmes, vives et immortifiées, et qu'elles ne s'amendent point des choses dont on les reprend, ne se mettant en souci de ce qu'on leur dit; le plaisir qu'elles disent avoir en la pensée des choses bonnes et saintes n'est qu'orgueil , que vaine satisfaction et propre recherche. Il est bien aisé de connaître quand c'est Dieu qui donne de telles pensées, car l'on voit la vie conforme à cela. Il y en a qui parlent fort bien des choses spirituelles; mais il faut bien prendre garde si leurs œuvres sont conformes à leurs paroles , et si elles font aussi bien qu'elles disent, car autrement c'est de l'orgueil.

Il peut bien être que Dieu nous laisse souvent en nos faiblesses, et que, pour cela, il nous semble toujours que l'on ne se peut humilier; mais il faut que je découvre cette subtilité de l'amour-propre, qui est fort aise de dire et de croire que Dieu lui donne des exercices. «Je suis, dit-on, bien sujette à telle faute, mais c'est un exercice que Dieu me donne. » — D'autres, qui en rendent compte, disent : « Je suis fort travaillée de telles peines, mais je les souffre, comme un exercice que Dieu m'envoie. » — A telles personnes, je réponds doucement : « Dieu n'y a point pensé. » — Elles demeurent honteuses et ne savent que répliquer. Nous nous donnons , pour l'ordinaire , les exercices que nous avons. Je vois peu de tentations du diable parmi nous, et, néanmoins, on lui met tout dessus; mais il y a beaucoup d'amour-propre et de propre recherche. Les tentations du diable sont bien fâcheuses ; mais celles de notre amour-propre sont plus dommageables et dangereuses, à cause de leur subtilité.

Oui-dà, on peut bien faire une génuflexion en entrant dans sa cellule, pourvu qu'on ne s'y attache pas; mais j'aimerais

que Ton en fit une bonne d'anéantissement de nos affections, sentiments et inclinations.

Il faut avoir une grande dévotion aux saints Anges; il les faut saluer quand on s'entretient; et, quand Ton est en communauté, il est bon de saluer les Anges de nos Sœurs, et les imiter en leur pureté, simplicité et promptitude à l'obéissance, en leur fidélité à servir Dieu et le prochain.

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