‹ Œuvres diversesChapitre 71 sur 281 · SLR LA VRAIE VIE SURNATURELLE ET LE DOUX SUPPORT DU PROCHAIN · texte numérisé non relu

SLR LA VRAIE VIE SURNATURELLE ET LE DOUX SUPPORT DU PROCHAIN

Vous demandez ce que c'est, vivre selon l'esprit et non selon la chair? Mes chères filles, c'est vivre selon les vérités et clartés de la foi, selon les volontés de Dieu, selon sa loi, selon que Dieu nous enseigne. C'est vivre enfin selon nos règles et constitutions, selon la raison et non selon nos inclinations, humeurs, aversions et passions. Le grand Apôtre dit : Dépouillezvous du vieil homme , pour vous revêtir du nouveau qui est Jésus- Christ.

Cela veut dire qu'il faut se revêtir de V imitation de Notre- Seigneur, de sa patience, de sa douceur, de son humilité et charité et autres vertus desquelles il nous a donné l'exemple. Oh ! que nous serions heureuses si nous pouvions dire avec ce grand Apôtre : Je ne vis pluSj moi, ains Jésus vit en moi. — Ma vie est cachée en Dieu, et lorsque Jésus-Christ qui est ma vie apparaîtra, alors j'apparaîtrai avec lui en gloire. Oh ! les admirables paroles! C'est aussi le Saint qui nous a donné le premier des nouvelles de l'éternité, ayant été ravi jusqu'au troisième ciel; après quoi il nous dit que l'œil de l'homme n'a rien

vu, l'oreille entendu, ni le cœur de l'homme compris ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment.

Faisons donc en sorte, mes chères Sœurs, que nous tendions à cette perfection de mourir à nous-mêmes. Notre Bienheureux Père disait : Je ne sais point d'autre moyen pour bien faire sinon de bien faire \ je veux dire pratiquer la vertu. Il n'y a, certes, point d'autre secret pour être parfait que celui-là. Voulezvous avoir l'humilité? pratiquez-la; voulez-vous être patiente? pratiquez la douceur et la patience; voulez-vous mourir à vousmême? mortifiez puissamment vos passions et propre volonté, et ainsi des autres. On travaille bien, dites-vous, mais on ne parvient pas à la perfection. Jusqu'à quand pensez-vous qu'il faille travailler? certes, jusqu'à la dernière période de notre vie. Oh! que cette peine est bien employée! C'est pourquoi nous aurions tort de la plaindre et épargner.

Il fut dit à Moïse : Fais selon le patron que je t'ai donné; or, ce patron, c'est Notre-Seigneur, qui nous a été donné du Père Éternel pour modèle. Voyons ce divin Sauveur, comme il a demeuré trente ans caché, inconnu , et couvert sous la cendre de l'abjection, étant réputé vil et abject, fils du charpentier, lui qui était fils du Père Eternel, qui avait autant de science et de sapience au moment de sa conception qu'il en avait au ciel et qu'il en a maintenant. Néanmoins, il n'a pas voulu, pendant ce temps-là, faire aucun miracle pour se manifester, sinon trois ans devant sa mort, pendant lesquels aussi il a voulu souffrir tant de persécutions et d'injures, qu'il endurait doucement et humblement comme un doux agneau, enfin comme il se laissa maltraiter en sa Passion; combien d'ignominies, de travaux, de douleurs il voulut endurer; être crucifié, puis mourir sur une croix, s'étant fait obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix. 0 mes Sœurs! si nous considérions bien ceci, nous recevrions, bien autrement que nous ne faisons, les contradictions, mortifications et humiliations qui nous arrivent; nous nous tien-

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cirions bien plus cachées, couvertes et rabaissées; nous serions bien plus amoureuses de ce Sauveur, plus zélées à chercher sa pure gloire, et plus ardentes à la pratique de toutes les vertus.

0 Dieu! que cette parole que Notre-Seigneur dit, qu'il vomira les tièdes, est épouvantable, car il ajoute : J aimerais miekj que tu fusses ou tout froid ou tout chaud; mais, parce que tu es tiède , je te vomirai. Les tièdes, ce sont ceux qui sont lâches et paresseux , qui ne veulent pas s'avancer à la vertu , se contentant d'être ce qu'ils sont. Les froids sont ceux qui sont en péché mortel, lesquels sont plus facilement touchés , car il ne faut quelquefois qu'entendre une prédication, lire quelque bon livre, voir quelque bon exemple, pour les faire relever de leur bourbier; de sorte que cette tiédeur est plus à craindre, en nous autres, que non pas aux personnes du monde. Nous avons de bons désirs, dites-vous. Oui, mais à quoi vous sert cela, si vous n'en venez aux effets? Ne savez-vous pas que saint Bernard dit : L'enfer est rempli de bonne volonté. Plusieurs disent : « Je veux » , et ne font rien; d'autres paraissent mettre la main à l'œuvre pour exécuter leur bonne volonté, et puis en demeurent là.

Certes, il faut que les Sœurs de cette maison soient grandement généreuses, qu'elles ne soient attachées à rien qu'à Dieu; car elles doivent être disposées à aller en divers lieux, partout où l'obéissance les enverra. Enfin, il faut que cette maison d'Annecy reluise et excelle en humilité, douceur, simplicité, pauvreté, obéissance et dépendance de Dieu; il faut que celles qui l'habitent aient un cœur large envers Dieu, afin de recevoir tout ce qu'il lui plaira de leur envoyer, soit affliction ou consolation, santé ou maladie, vie ou mort; enfin se laisser mettre en telle sauce qu'il voudra, sans nulle résistance, sans faire aucun choix de vouloir plutôt ceci que cela, cette croix que celle-là. Non, non, il ne faut pas de ces cœurs rétrécis,

mais un cœur large envers le prochain , cela veut dire en dilection, en amour et support, étant toujours disposé à le servir, assister, consoler, supporter et soulager en tout ce qu'on pourra, mais gaiement et cordialement. Un cœur large est un cœur disposé à toutes sortes d'obéissances, un cœur étendu, qui aime souverainement la volonté de Dieu. Enfin, ceux qui ont plus d'union avec cette divine volonté sont les plus parfaits. Nous autres, nous ne sommes pas en peine de la connaître, car elle nous est clairement signifiée en nos règles et par nos supérieurs ; mais le mal est que nous ne la voulons pas reconnaître, quand elle n'est pas revêtue de la livrée que nous voudrions.

En quoi consiste le doux support que nous devons avoir, dites-vous? Ma chère fiîle, il consiste à supporter suavement le prochain, en tout ce qu'il pourrait dire ou faire qui ne serait pas bien et qui vous désagréerait et serait à contre-cœur, sans nous étonner de ses manquements et imperfections , ne les regardant ni épluchant aucunement, et ne concevant pour cela aucune mésestime, sécheresse de cœur et dégoût contre lui; mais ayant une compassion tendre et amoureuse qui nous fasse fondre pour lui. Notre Bienheureux Père dit que la charité ne cherche point le mal, et, quand elle le rencontre, elle s'en détourne. Nous ne pouvons pas nous empêcher de le voir, et ne faut pas penser que ce qui est mal ne le soit pas ; mais, lorsque nous le voyons et rencontrons, allons à Dieu et rentrons en nous-mêmes, et nous trouverons beaucoup de défauts et de choses à corriger et censurer, de quoi il nous faut profondément humilier. Il vous vient, dites-vous, des pensées de mésestime des Sœurs, quand vous leur voyez commettre quelque défaut? Oh! qu'il se faut bien garder de s'y arrêter volontairement, pour peu que ce soit, car ce serait, certes, bien mal et l'on ferait une lourde faute.

Non, ma fille, cet amour cordial que nous devons porter à nos Sœurs ne consiste point au sentiment; c'est un amour du

cœur, non du cœur de la chair, mais du cœur de la volonté. Laissons tourner et virer les sens et tout ce qui est de la nature ; que nous aimions ou que nous n'aimions pas, que nous ayons de l'aversion ou de l'inclination, cela n'importe; pourvu que, selon la partie supérieure, nous demeurions fermes, invariables en cette dilection , étant aussi disposées à leur en donner des preuves au plus fort de nos dégoûts et aversions que parmi nos suavités et amour sensible; car, si nous ne marchons de la sorte, nous ne ferons jamais rien qui vaille. Il faut aussi donner des preuves de notre amour du prochain , en priant soigneusement pour lui; et, certes, je voudrais que nous eussions un trèsgrand zèle, pour demander à Notre-Seigneur les mêmes grâces, pour toutes les créatures, que nous demandons pour nous.

Ne voyez-vous pas que c'est l'intention de ce bon Dieu qu nous fassions ainsi, d'autant qu'en l'Oraison dominicale il nous a enseigné de dire toujours : Notre Père, qui êtes aux cieux,

votre nom soit sanctifié, votre royaume nous advienne. et ainsi

du reste. Il y a des âmes qui ne prient point pour les autres et qui ne pensent qu'à elles. Oh certes ! si nous avions la charité au fond de notre cœur, nous serions sans doute excitées à prier pour le prochain et la conversion des âmes, pour lesquelles nous devons avoir une jalousie nonpareille et aussi pour ceux qui se recommandent à notre Bienheureux Père, et qui ont confiance en nos prières , afin que la gloire de Dieu soit augmentée, et la gloire accidentelle de ce sien Serviteur, étant notre Instituteur, nous avons bien de l'intérêt à procurer sa glorification. Prions donc franchement et fervemment pour tout le monde, afin qu'il plaise à Notre-Seigneur de répandre ses grâces et miséricordes sur toutes les créatures, afin qu'elles s'acheminent toutes à la fin pour laquelle il les a créées.

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