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SUR LE DANGER DE LA FLATTERIE ET LES AVANTAGES DE LA SINCERITE

Quant à ce que vous demandez, si le malin esprit ne se sert point quelquefois d'une Sœur pour en tenter une autre? Oui bien, ma fille, lorsqu'une Sœur donne des fioles, dit des paroles de flatterie et de louange à une autre, certes, elle fait l'office du diable et fait plus de mai qu'elle ne pense. Notre Bienheureux Père avait une grande aversion à cela. Quand ma Sœur la supérieure de Lyon lui dit que ses filles lui en disaient, car elles

l'applaudissaient grandement, croyant en avoir quelque sujet, d'autant que c'est une Mère aimable, et de grande vertu , il lui dit : « Quoi, ma fille, cela se fait-il céans? Il ne le faut point s juffrir. Enfin, là où il y a amas de filles, il y a amas de flatteries. » De même, lorsque nos Sœurs de Moulins appelaient ma Mère leur supérieure déposée, il témoigna qu'il ne l'approuvait nullement, car c'était une parole de flatterie, de sorte qu'il dit : « Si elles ne veulent se contenter de l'appeler ma Mère , qu'elles l'appellent ma Grand'Mère; mais qui ne voit que ces filles n'observent pas leur règle et ne l'bonorent pas? »

Prenons garde à ce défaut, à ce qu'il ne se commette point parmi nous, je vous en prie, et que celles qui l'ont fait en prennent douze bons coups de discipline pour pénitence. Certes, je le leur conseille, car elles le méritent bien. Il ne faut jamais louer une personne en sa présence; cela se fait pourtant facilement. On va dire à une Sœur : « Je ne sais pourquoi on vous laisse sans charge; vous êtes, certes, capable; vous entendez si bien les choses spirituelles, » — Quand on est proche des changements, on dit à une Sœur : « Ma Sœur, vous serez assistante, sans doute. » — - A une autre : « Ma Sœur, vous serez directrice. » — A une qui sera déposée de sa charge, on lui dira : « Vous donniez le linge si à propos; il était si bien accommodé; vous donniez de si bon cœur et si cordialement ce qu'on vous demandait et ce dont on avait besoin », et chose semblable; que sais -je, moi!... Pour dire du bien d'une Sœur, pourvu qu'elle ne l'entende pas, ce n'est que bon, comme de dire : « Mon Dieu! que telle Sœur est vertueuse, qu'elle est modeste, qu'elle est recueillie, qu'elle est cordiale et de bonne observance! » Cela encourage et édifie celles qui l'entendent.

Si vous devez dire à la supérieure les pensées d'estime et de louange que vous avez d'elle, dites-vous? Non, ma chère fille, vous n'êtes pas obligée de rendre compte de ces pensées-là. Je vous conseille de ne les lui jamais dire; mais, oui bien, celles

que vous aurez contre elle et à son désavantage , et quand vous en auriez les plus mauvaises et extravagantes du monde , diteslui bien librement et nettement. Enfin, mes chères Sœurs, allez toujours votre train, quelle supérieure que vous ayez; quand même elle serait la plus incapable et imparfaite du monde , regardez toujours Dieu en elle. Soyez toujours disposées à faire sa volonté, à obéir, vous humilier et vous soumettre avec toute la perfection qu'il vous sera possible. Soyez toujours douces , modestes, mortifiées et de bonne observance; aimez et respectez, honorez et estimez vos Sœurs; soyez sincères envers toutes celles que Dieu vous donnera pour supérieures ; si vous faites de la sorte , vous attirerez les bénédictions du ciel sur vous et profiterez plus, en un mois, sous telle supérieure qui aura moins de perfection et de talents , que vous ne feriez, en six mois, sous une autre qui serait plus accomplie et à votre gré.

Si les séculiers et les Sœurs méprisaient la supérieure parce qu'elle serait de basse condition ? Oh ! certes , ces Sœurs-là seraient bien extravagantes et montreraient bien qu'elles n'ont pas le vrai esprit de la religion , ains plutôt l'esprit du monde. Dieu nous garde de faire aucune considération là-dessus, et quand il arrivera qu'on prendra garde à la noblesse , véritablement l'esprit de l'Institut défaudra et périra. Non, là supérieure ne doit point procurer d'être déposée pour cela, mais aimer son abjection et animer son courage de la vraie noblesse de l'esprit de Dieu, pour se tenir au-dessus de ses Sœurs, gardant l'autorité de son office, quoiqu'elle doive pourtant l'exercer avec humilité. Il est séant à ces personnes de bas lieu de faire de la sorte, et qu'elles disent franchement : « Il est vrai, mes Sœurs, je suis une pauvre paysanne... » Mais nous avons déjà parlé de ceci dans un chapitre sur la règle. Aux jésuites, ils ne regardent nullement à cela, car il y avait à Bourges un recteur qui était paysan.

Vous demandez à quoi il y a plus de perfection, ou de deman-

der ses habits d'hiver ou d'été, quand on en a besoin, ou bien d'attendre qu'on les donne à la communauté? Ma chère Sœur, n'allons pas épluchant ces choses -là; allons à la bonne foi. Quand nous sentons que cela préjudicie à la santé , ou nous empêche de faire notre charge, ou nos exercices, demandonsles tout simplement, et n'allons point faire ces réflexions : suisje trop tendre ou non? ïl ne faut pourtant pas être délicate, car il y en a qui le sont si fort, que dès qu'elles ont un peu le chaud et de froid, elles veulent incontinent poser ou prendre leurs habits. Je ne désire point que nous nous amusions à ces petites vétilles de vertu. Quand je pense à la perfection si haute, sublime et solide à laquelle nous sommes appelées, je m'en trouve si éloignée que rien plus.

Quelle perfection c'est, dites-vous, ma chère fille? Voyez un peu ce que disent nos règles : que vous n'ayez qu'un cœur et qu'une âme en Dieu, Nous voilà donc appelées a une union excellente avec Dieu et le prochain. // a accompli toute la loi, celui qui aime Dieu et le prochain, dit saint Paul; de îà naîtra le support que nous devons avoir les unes avec les autres. Notre Bienheureux Père dit qu'en ce doux support consiste toute la perfection chrétienne. Oh! qu'il nous désirait éminentes en cette vertu! combien ne nous l'a-t-il pas inculquée! Il disait « qu'il ne fallut pas prétendre à une perfection qui fût exempte d'imperfections; cela est bon pour le ciel. » 11 faut que nous souffrions d'être de la nature humaine, de sorte que nous ferons toujours des manquements, et partant nous aurons toujours à nous supporter les unes les autres.

Voyez aussi cette profonde humilité, obéissance, pauvreté et sincérité que nos règles nous ordonnent et recommandent si étroitement, surtout la simplicité dans laquelle je trouve que tout le reste est enclos. L'humilité et les autres vertus ne peuvent être vraies si elles ne partent du cœur. C'est, à la vérité, une grande chose qu'une àme sincère; il faut être sincère en-

vers Dieu et envers nos supérieurs. La sincérité envers Dieu consiste à faire tout ce que nous faisons pour lui plaire et pour son amour, à ne chercher que lui en toutes nos actions, de lui exposer nos cœurs, voulant qu'il en voie tous les plis et replis et que rien ne lui soit caché. De même , la sincérité envers nos supérieurs consiste à leur découvrir nettement tout ce qui se passe en nos esprits, sans leur rien celer à notre escient, car quand on a intention de leur tout dire , c'est assez. Il faut demeurer en repos, encore qu'il semble qu'on ne se déclare pas bien. La supérieure connaît fort bien celles qui sont sincères ou non. Oh! que cette sincérité est aimable! et qu'elle est importante pour notre perfection et pour nous aider à conserver la paix et la tranquillité d'esprit.

Oh! que je vous souhaite et désire cette sincérité, mes chères filles; c'est la marque à laquelle nous serons reconnues vraies filles de la Visitation; de même celles qui poursuivront seront reconnues être propres pour l'Institut, d'autant que c'est la principale disposition qu'il faut requérir d'elles et à quoi il faut grandement regarder, parce que, si elles sont sincères, infailliblement elles réussiront bien.

sur l'obéissance aveugle

Mes filles, j'ai eu une distraction dans le chœur, je ne sais si c'est à Complies ou à l'oraison, de chercher une supérieure pour cette maison, et de vous demander à toutes, si vous ne seriez pas bien prêtes d'obéir à une supérieure bien fantasque et pour laquelle vous n'auriez guère d'estime, si Dieu vous la desti-

nait? Mes Sœurs, ne voudriez- vous pas lui rendre [à cette supérieure imparfaite] une obéissance aussi aveugle et aussi fidèle qu'à celle que vous aimez et que vous estimez? Je m'attends bien que vous me répondrez qu'oui, et j'espère fort de trouver cette sainte indifférence dans vos chères âmes, tant j'ai de la bonne opinion de votre vertu. En effet, mes chères Sœurs, si nous obéissons pour Dieu , que devons-nous regarder en la personne qui nous commande, pour voir si elle est à notre gré ou non? Hélas! si nous venions jamais à regarder à notre propre intérêt, dans notre obéissance, nous serions bien malheureuses d'en perdre de la sorte le mérite, qui est d'autant plus grand, que nous obéissons avec plus de répugnance et à des personnes moins parfaites, parce que nous avons lors plus d'égard d'obéir purement pour Dieu , où gît la perfection de la pratique de cette vertu; le vrai obéissant obéit avec autant de joie, de soumission et d'indifférence, au moindre, comme au plus relevé. Dieu, par sa sagesse souveraine, a disposé en cette manière l'ordre de l'univers; il a rendu toutes les créatures soumises et dépendantes les unes des autres : l'Eglise entière et universelle obéit au Souverain Pontife comme au vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ; chaque partie de cette divine Epouse a un chef, un évêque , auquel elle obéit; toutes les religions ont de plus un supérieur duquel chaque particulier dépend; toutes les familles particulières ont un père de famille pour la diriger et gouverner. Je ne parle pas des obéissances et sujétions politiques , des rois, des princes, des gouverneurs, des soldats à leur capitaine, de tout le corps de l'armée au général; obéissance pourtant si exacte, qu'elle nous confondra possible devant Dieu; mais je ne vous parle que pour vous faire connaître qu'étant toutes destinées à obéir, nous le devons justement faire pour suivre l'ordre de Dieu , qui doit être notre fin unique dans notre soumission; aussi tient-il fait à lui-même ce que nous faisons à l'égard de la personne de nos supérieurs.

Venons à la conclusion, mes Sœurs : ne seriez-vous pas prêtes d'obéir à ma Sœur N..., si Dieu vous la donnait pour supérieure, et à ma Sœur Françoise-Madeleine (de Chaugy), qui est la dernière de toutes, ou à quelque autre de nos jeunes professes; si elles vous commandaient des choses rudes, et âpres, n'exécuteriez-vous pas exactement et à l'aveugle leurs ordres ainsi difficiles, puisque je sais qu'il n'est céans ni jeune, ni ancienne qui, pour rude qu'elle fût, ne voulût rien ordonner contraire à nos observances? Mes filles, si vous vous trouvez en cette sainte et désirable détermination d'obéir à toutes les supérieures généralement, et que votre cœur l'assure, qu'en vérité il se trouve prêt d'agir dans cette perfection tout le temps de sa vie, dans une vraie humilité, sincérité et soumission, qu'elle dise hardiment : Le Seigneur me gouverne, je n'ai besoin de rien, et qu'elle s'anéantisse devant Dieu dans une humble reconnaissance que c'est un don qui lui est départi de la bonne main de son divin Maître, de laquelle tout bien dérive; qu'elle lui rende des humbles actions de grâces, parce que je la peux assurer qu'elle a de la vertu. Mais que celles qui ne se trouvent pas dans cette disposition s'humilient profondément devant sa divine Majesté, confessant que leur vertu est bien faible et délicatement enracinée dans leurs cœurs.

Remarquez encore ce que je vais vous dire; pensez que je ne vous le dis pas sans cause, et sans y avoir bien pensé avant que de vous en parler : c'est la vraie marque d'un esprit qui ne va pas droit à Dieu et qui n'a des égards que pour ses intérêts propres, sans savoir ce que c'est obéissance, d'aimer plus à obéir à une supérieure pour laquelle nous sommes prévenues d'estime et d'amitié, qu'à une autre qui nous contredirait incessamment. Mes Sœurs, qui désire de plaire à Dieu et d'obéir à ses volontés, si son désir est sincère, son cœur se trouve dans une totale dépendance à la divine Providence, pour obéir à quelle personne que ce soit, parce qu'il sait que

tous ceux qui lui commandent lui représentent Jésus-Christ. La communauté de céans a souvent changé de supérieure ou de celles qui tiennent sa place, par mes fréquentes sorties et longues absences, à cause de la multitude de fondations que nous faisons; mais aussi, elle n'en vaut pas moins. Non, mes Sœurs, il n'en est aucune qui marche d'un meilleur pied que celle-ci, et elle ne saurait être mieux qu'elle n'est. C'est une grande bénédiction de vous voir si bonnes, mes très- chères filles; c'est ce qui me fait souhaiter que Dieu vous donne une meilleure supérieure que je ne suis. L'on me trouve trop indulgente, et je vois moi-même que je n'ai pas assez l'esprit de mortification pour vous bien exercer, pour vous contrarier, afin de vous mieux faire avancer dans la plus haute perfection, et pour vous rendre, de bonnes que vous êtes, excellentes et parfaites, parce qu'il faut monter toujours plus haut dans la voie de Dieu , et il n'est point de meilleur moyen, pour faire cet avancement, que d'avoir des supérieures bien opiniâtres, qui nous bouleversent toutes, qui aient une façon de commander rude et forte. Ce serait lors le temps de faire une copieuse et abondante moisson des bonnes vertus, parce que notre obéissance serait solide. Le vénérable père, Frère Jérôme de la Mère de Dieu, étant novice, se trouva sous un supérieur qui était d'une humeur si étrange et si remplie de sévérité , qu'il fut prêt d'en perdre sa vocation ; mais Dieu, ayant béni sa fidélité, lui départit le don de persévérance, et il confessa lui-même qu'ayant été fidèle à se surmonter, il fit plus de profit, en cette année-là, qu'en plusieurs autres ensemble, sous des supérieurs discrets, doux et raisonnables.

Pour moi , je ne puis comprendre que nous puissions appréhender d'avoir de ces sortes de supérieures qui auraient la tête un peu verte. Si j'étais toujours comme je me trouve présentement, il m'est avis que je serais ravie d'en avoir une telle qui ne m'épargnerait point, moi toute la première; et, assurément, je

suis prête, par la grâce de Dieu, d'obéir, depuis la première ancienne de l'Institut jusqu'à la dernière novice, parce que je sais que, lorsqu'il y a moins de la créature, il y a plus de Dieu, et que je le glorifierai d'autant mieux, que je serai moins satisfaite, dans ma partie inférieure, de celle qui me commande. Mes Sœurs, il faut nous tenir prêtes; possible que ce temps viendra et que Notre-Seigneur vous enverra une supérieure faite de la sorte, sous la conduite de laquelle vos âmes feront beaucoup de profit, et vous connaîtrez pour lors que tout le bien d'une Religion vient d'avoir des supérieures qui exercent bien leurs inférieures, puisque leur obéissance est alors assurée, n'étant accomplie et pratiquée que simplement et purement pour Dieu, pour sa gloire et son plaisir, puisqu'il ne s'en trouve ni de notre part, ni de celle des supérieures. C'est dans ces sortes de pratiques que la solide vertu se nourrit. 0 Dieu! mes très-chères Sœurs, tâchons d'en acquérir un peu, de ces grandes vertus solides, en nous appuyant tout à fait sur le secours de Dieu.

Je voudrais pouvoir écrire tout ce que je vous ai dit ce soir, afin qu'il fût mieux gravé dans vos bons cœurs. C'est Dieu qui me l'a fait dire, puisque c'est lui seul d'où la moindre bonne pensée nous vient. Je me suis sentie extrêmement affectionnée à vous entretenir sur ce sujet, Dieu m'en a pressée; soyez donc toutes pénétrées, mes filles, de ce désir unique de dépendre entièrement de l'ordre de la Providence. Laissons-nous entre les bras de la divine Bonté, et laissons-lui la liberté de nous porter à droite et à gauche; qu'il nous suffise, je vous prie, d'être au soin de ce grand Dieu , et laissons-nous conduire en quel lieu il nous voudra, puisque, partout où sa main nous posera, nous accomplirons son adorable volonté par le moyen de la sainte obéissance.

(Fait en 1630)

sur l'obéissance PROMPTE.

Mes Sœurs, il faut que je vous fasse part de quelques nouvelles que je viens de recevoir et qui m'ont fort consolée. C'est que ma Sœur la supérieure de Lyon, en Bellecour, m'écrit que, comme elle pensait le moins à la fondation de notre monastère du Puy, croyant que le traité en était ou rompu ou fort retardé, elle vit arriver l'équipage, que la ville avait député, pour conduire les Sœurs et les venir quérir, avec ordre exprès de partir le lendemain, de manière qu'elle fut contrainte de préparer toutes choses pour le départ de ses chères filles, le soir même. Elle ne les put toutes choisir, et fut contrainte d'attendre le matin à les nommer, ce qu'elle fit, trouvant tant de véritable soumission dans ces chères âmes, que, de toutes celles qui furent nommées, il n'y en eut pas une qui dît une parole ou qui fît une réplique, ni qui demandât à voir personne avant que de partir; mais s'en allèrent toutes, soumises à la volonté de Dieu , joyeusement travailler à sa gloire. Un acte d'obéissance si parfait, mes chères Sœurs, est d'un grand exemple, et j'en ai été plus consolée que si l'on m'avait avertie que l'Institut avait acquis un grand trésor d'un million d'or.

Or, dites-moi, mes chères Sœurs, serions-nous bien prêtes à faire ainsi? Certes, si nous ne nous tenons toujours en disposition de faire tout ce qu'il plaira à l'obéissance, nous ne serons pas dignes d'être filles de la Visitation. Bien que l'on nous commanderait d'aller au bout du monde, cela nous doit être indifférent, pourvu que nous y trouvions une maison de la Visitation et le moyen d'observer nos vœux et nos règles. Celle qui

est attachée plutôt à un monastère qu'à un autre, montre bien qu'elle ne cherche pas Dieu purement et en simplicité de cœur, car, si cela était, elle aimerait autant l'un que l'autre, puisque partout elle trouve Dieu. Qui ne cherche que lui et son bon plaisir est indifférent de le trouver [ici ou là], pourvu que ce soit toujours à la gloire de sa Majesté.

Oh! mon Dieu! si nos âmes ne cherchent et ne prétendent que votre amour, pourquoi nous fâcherions -nous si l'on nous change de maison, puisque nous vous emportons avec nous et vous trouvons vous-même aux lieux où nous allons? Je ne ferais, certes, nul état d'une fille, pour sainte qu'elle paraisse, si je ne la voyais disposée à tout ce que l'obéissance voudra d'elle, et à être envoyée au bout du monde si besoin était ; car, si elle est attachée au lieu où elle sert Dieu, c'est sigue qu'elle aime plus le lieu et la consolation qu'elle y reçoit, que le Dieu qu'elle y sert.

Il y a trois ou quatre de nos maisons qui désirent avoir des Sœurs de céans, et qui m'en demandent avec une instance trèsgrande. A la vérité, mes chères Sœurs, vous me tromperiez fort et je serais extrêmement fâchée de ne vous pas trouver prêtes à faire tout ce que je voudrais, et soumises aux ordres de l'obéissance. Mais il faut vous préparer, mes filles, vous disposer à ces grands actes. Je ne vous avertirai que huit jours devant, et c'est bien trop pour des filles parfaites, qui veulent servir Dieu au gré de sa Majesté, et non au gré de leur amourpropre. Lorsqu'il s'agit de partir pour une mission où l'on va sept ou huit ensemble, cela passe, me direz-vous, mais cela n'est pas si parfait que ce que je veux de vous présentement : c'est qu'il s'agit d'obéir pour aller, une en un lieu, l'autre en un autre, deux ici et deux là, se séparant de la sorte pour s'unir mieux au bon plaisir de Celui pour la gloire duquel nous faisons tous nos petits sacrifices. Il faut une vertu solide, dans de pareilles occasions } mais nous témoignerions de n'en point

avoir du tout, d'avoir des égards sur nous-mêmes, si nous refusions d'acquérir de si grands mérites que de tels actes procurent à nos âmes.

Mes chères filles, les bons Pères jésuites nous doivent beaucoup encourager par leurs exemples dans de pareilles rencontres, car, pour l'ordinaire, on ne les envoie pas plusieurs ensemble, mais un billet seul de leurs supérieurs en fait partir un pour les Indes et deux pour le Japon. Hélas! où vont-ils? parmi des infidèles, où leur vie sera en des dangers perpétuels. Ils ne vont pas en des lieux où ils espèrent de trouver une maison de leur sainte Compagnie, mais ils partent pour vivre comme des personnes apostoliques, dispersées ici et là pour ramener des brebis errantes au bercail de l'Eglise. Ils n'attendent aucune satisfaction, aucune commodité, mais ils n'espèrent que l'unique et souveraine consolation de gagner des âmes à Dieu, en exposant tous les jours leurs corps à la mort et au martyre.

0 Dieu! mes Sœurs, qu'ils sont heureux! mais pour quel Dieu font-ils de si grandes choses? C'est pour le même que nous servons , mes filles ; le désir d'augmenter la gloire d'un si grand

Roi les fait aller d'aussi bon cœur au Japon, en Ethiopie, qu'ils iraient dans un des plus grands, des plus fameux, et des meilleurs de leurs collèges d'Europe; nous ne sommes, possible, pas si heureuses, pour être destinées à porter si loin la croix de Notre-Seigneur et à faire de si grandes œuvres; mais, au moins, soyons toujours prêtes pour aller, pour venir, pour demeurer et pour retourner ou Dieu et nos supérieurs ie voudront; autrement, je vous déclare que vous n'êtes pas des vraies épouses de Dieu , et que votre vertu n'est que dans votre idée et non réelle et subsistante en Dieu.

Vous me dites, mes filles, que l'on est bien prête d'aller volontiers où l'obéissance vous destine, mais qu'il vous fâche de quitter le précieux dépôt du Corps de notre Bienheureux Père et de vous éloigner de votre vieille Mère, son indigne fille?

Hélas î ce Bienheureux veut qu'on s'attache à son esprit et non pas à son Corps; nous trouverons son esprit et son assistance partout. Cette excuse n'est qu'une défaite d'ainour-propre, aussi hien que celle de se plus attacher à une supérieure qu'à l'autre; nous ne serons pas des vraies servantes de Dieu, qui est l'unique qualité que je vous souhaite le plus,

sur l'humilité et la générosité.

Je voudrais bien voir parmi nous, mes chères filles, cette vraie obéissance , qui ne consiste pas seulement à aller promptement quand la cloche sonne; cela est bon; mais encore à faire les choses qui nous sont désagréables et à quoi nous avons de la répugnance, comme celles qui sont à notre gré; car celui qui est obéissant est humble, et celui qui est humble est obéissant. Notre Bienheureux Père dit : « L'obéissance est une marque très-assurée de l'humilité. Oh! que les âmes humbles sont ' eureuses ! »

Si nous ne visions qu'à acquérir cette vertu, y travaillant fidèlement, et que nous fussions fermes, constantes et invariables en cette résolution, nous ferions beaucoup, car ayant l'humilité, nous aurions toutes les vertus : nous serions souples et obéissantes, bien aises d'obéir à tous, et ne trouverions jamais que l'on eût tort de nous commander ceci et cela; nous ne nous plaindrions de personne, nous verrions que l'on a toujours raison de nous contrarier et mortifier, et que nous en méritons bien davantage. Nous ne nous troublerions point de nos fautes et infirmités, ains nous les reconnaîtrions et en aime-

rions noire abjection et bassesse, à l'imitation de notre Bienheureux Père, acquiesçant doucement à l'amour de celte abjection, ainsi qu'il faisait; car, comme un autre saint Paul, il disait : Je me glorifie volontiers en mon infirmité, afin que la vertu de Dieu habite en moi. C'est de l'humilité de se glorifier en son infirmité, se reconnaître faible, infirme et aimer qu'on le connaisse, et que l'on nous traite telles que nous sommes, c'est la vertu de Dieu. C'est une âme humble celle qui se tient toujours pour la moindre et dernière de toutes, et souffre qu'on îa tienne et traite pour telle.

Nous faisons prou de belles résolutions, mes chères filles, mais nous ne les établissons que sur le sentiment et non pas sur la raison, car sitôt que le sentiment est passé, ces belles résolutions s'en vont en fumée; il n'en va pas de même quand nous les pratiquons par raison, d'autant qu'à force de voir que Notre- Seigneur s'est humilié, nous demeurons invariables à le vouloir être.

Quand nous avons des répugnances, des soulèvements de cœur, que nous manquons de résolution, alors la raison nous fait dire : 0 Dieu, combien est grande l'infirmité humaine! Quelle raison aurai-je de me ressentir de telle et telle chose, d'avoir des trémoussements sur un tel sujet ou parole que l'on m'a dite? Et de là on vient à connaître son infirmité, sa bassesse, à aimer, et à acquiescer doucement à l'amour de son abjection, ïl est vrai que ce n'est pas quand notre cœur est ému qu'il faut faire ces discours, car nous trouverons que nous avons toujours raison et que les autres auront tort; mais, en ce temps-là, il faut pratiquer l'avis de notre Bienheureux Père, qui est admirable en ceci : Parlez à Dieu d'autre chose, et ne disputez point avec la tentation, ains allez-vous-en à Dieu, par un simple divertissement Puis, quand ie sentiment est passé, alors on peu t bien se servir de ces considérations que j'ai dites, pour faire voir à son cœur qu'il avait tort en son infirmité et peu de vertu, il 18

Quand nous avons de l'inclination à quelques personnes, c'est en cela que nous devons témoigner notre fidélité à Dieu et ne nous jamais servir de leur inclination et affection pour nous conduire à la perfection; de même, quand nous avons de la répugnance ou aversion à quelque obéissance , nous ne nous en devons point étonner, mais avoir un fort grand soin de nous servir de cette répugnance pour faire notre action plus purement pour Dieu, et dire : 0 mon Dieu , je fais choix et élection de votre volonté pour faire celle de l'obéissance , d'autant plus volontiers que j'y sens des répugnances et difficultés. Puis, se mettre à faire ce qui est ordonné.

Nous devons tellement être abandonnées aux événements de la Providence de Dieu , que nous soyons prêles de vouloir et acquiescer à tout ce qu'il lui plaît ordonner de nous ; car, en somme, mes chères filles, puisque nous sommes servantes de Dieu, ne devons-nous pas être tout à fait abandonnées à Lui? Je sais bien que la partie inférieure est quelquefois pleine de crainte et de pusillanimité, sans que nous puissions l'empêcher; mais je sais bien aussi qu'en ce temps-là nous pouvons être tranquilles dans la volonté de Dieu, qui permet, pour notre exercice, que nous soyons pleines de crainte et de trouble.

Quoi! y a-t-il céans des Sœurs qui perdent l'assurance quand on les avertit des fautes qu'elles font à l'Office?... et, au lieu de s'amender, elles en faillent davantage, par la crainte et appréhension qu'elles ont de mal faire; cependant le Directoire dit si clairement quV/ ne faut pas excéder en la mainte de Jaillir, non plus qii en la présomption de bien faire. C'est l'amour-propre qui fait cela; car si c'était la crainte de déplaire à Dieu nous l'aurions, cette même crainte, quand les autres feraient l'Office. Pour moi, mes filles, je ressens autant les fautes que l'on fait à l'Office que si c'était moi-même. Et certes, nous devons toutes avoir cet intérêt; et lorsque nous y allons, ce doit être avec résolution d'aimer notre abjection, quand nous n'y faisons rien qui

vaille, ne laissant pour cela de faire tout ce que nous pourrons pour le bien dire, sans nous troubler, et trembler quand nous y manquons, et moins quand on nous avertit des fautes qui s'y font, car cela n'est bon, dit notre Bienheureux Père, qu'aux filles du monde.

Quant à ce qui est de se communiquer ses petits biens, il faut que cela vienne du cœur; car, si ce que vous dites est composé, vous ne ferez rien qui vaille; non plus que celles qui voudraient récréer les autres et qui n'y auraient point de l'inclination. Il ne faut pas s'amuser à discerner celles qui font le mieux, surtout quand on n'en a pas la charge.

(Fait le 28 août 1630)

sur l'humilité et la solide vertu.

Mes Sœurs , je vous ai déjà bien dit autrefois que je ne fais point profession ni de prêcher, ni de parler des choses spirituelles, étant aussi peu entendue que je me trouve; choisissons donc seulement de nous entretenir de la sainte humilité de notre grand'père saint Augustin, qui était sa vertu plus excellente et éminemment particulière. « Si l'on me demande, dit ce » grand Augustin, le chemin du ciel, je vous répondrai que c'est y> l'humilité; et si l'on me dit de nouveau : Par quel cheminpeut- » on aller au ciel? je répondrai toujours : Par l'humilité, par » V humilité. »

Quelle plus parfaite humilité que d'avoir écrit tous ses péchés pour les publier à toute la terre; afin que chacun sût, au

siècle à venir, qu'Augustin avait été un grand pécheur : c'était bien être mort à l'estime de lui-même pour ne priser que ce qui est éternel. Mes Sœurs, je vous dis souvent : tous nos maux ne viennent, sinon que nous ne regardons pas assez l'éternité, c'est ce qui nous entraîne à n'aimer que les choses basses et caduques.

Il y a trois choses desquelles nous ne nous défaisons que difficilement : la première, de l'honneur, de l'amour et estime de nous-mêmes; la deuxième, l'amour de nos corps et de ses commodités; et la troisième, c'est la haine que nous avons pour la soumission intérieure et extérieure.

Or, si nous considérons bien ce que c'est que cette vie si courte et si pleine de misères, quel état ferions-nous de nousmêmes? La vraie humilité tend au mépris de cette estime propre et nous fait aimer d'être tenues pauvres, ignorantes, petites et imparfaites, dans l'oubli de toutes les créatures; et, en un mot, nous ne serons jamais humbles que lorsque nous nous tiendrons nous-mêmes pour des petits néants, et lorsque vous serez parvenues à ce degré d'aimer d'être tenues et de vous estimer vousmêmes comme la souillure de la maison, vous serez très-heureuses et très -grandes devant les yeux de Dieu. Hélas I voyez, que sont devenues tant de créatures qui ont été si grandes et si honorées en ce monde? L'enfer en a reçu beaucoup; le purgatoire en a moins eu, et le paradis en a peu.

Pour le second sujet de nos attachements, qui est l'amour de nos corps et de nos peiiles commodités; hé, mon Dieul mes chères Sœurs, considérons que tout ce que nous avons n'est pas à nous, que ce sont tous des biens empruntés. Nos vrais biens propres ne sont pas de si petits biens et si chétifs : ils sont làhaut, mais ce sont des biens incorruptibles; nos habillements seront là, beaux à merveille, et celles qui porteront de bon cœur des plus chétifs haillons ici-bas en recevront des plus riches ià; ainsi, la plus pauvre ici-bas sera la plus heureuse là-

haut. Pour notre nourriture, jamais, à Dieu ne plaise, qu'aucune de ces épouses voulût avoir plaisir aux viandes corrompues; nous les devons prendre par obéissance, comme un bien qui nous est commun avec les plus lourds animaux, parce que la vraie vie de l'âme, épousée à Dieu , est Dieu même qui se fera notre nourriture éternelle, nous rassasiant, dans la gloire et durant l'éternité, de sa vision béatifique.

Pour notre volonté, ne devrions-nous pas avoir honte de la suivre , après que Jésus-Christ a passé sa vie en obéissance , et qu'il n'a fait gloire que de faire et suivre la volonté de son Père! C'est le grand avantage de l'àme que cette soumission au bon plaisir de Dieu, puisque c'est ce qui l'unit plus intimement à lui-même et à son amour. Soyons désormais plus solides à la vertu , pensant que tous les pas que nous faisons dans icelle , ce sont autant d'échelons pour monter à l'heureuse et désirable éternité, à laquelle nous devons incessamment penser, pour mieux mépriser tout ce qui se passe. Je vous dis et redis mille et mille fois l'année, et je vous le redis encore : travaillons, mais solidement, à cette haute vertu que Dieu veut de nous. Nous avons des grands et bons sentiments de l'amour de ce bon Dieu ! nous avons des excellents désirs et nous faisons des bonnes résolutions; mais quand il s'agit de venir à l'action, nous faisons les enfants, n'étant pas constantes et courageuses. Ohî que j'ai un fort désir de nous voir fidèles à sortir de nos petites tendretés, et de nous voir des filles magnanimes, qui fassent tout pour Dieu , soit le doux, soit l'amer, soit le facile ou le difficile!

Non, ma fille, ce n'est pas manquer de magnanimité ou plutôt de solidité en la vertu que de sentir des répugnances , des rébellions, des contradictions, pourvu qu'on ne leur accorde rien et qu'on les désavoue, car toujours çà-bas la chair luttera contre l'esprit, la prudence humaine contre la divine, l'orgueil contre l'humilité, la partie inférieure contre la supérieure. Se-

rait-ce donc à dire que celles qui sentent ces mouvements soient vicieuses du vice qui les attaque? Oh! non, car ces combats, tentations ou exercices leur sont donnés pour mettre un clou à la solidité de la vertu contraire. Ainsi , une Sœur a une charge pour laquelle elle a une extrême répugnance, et cette répugnance Taccompagne en toutes les actions qu'elle fait pour accomplir son devoir. Je vous dis que pourvu que cette Sœur soit soigneuse de bien faire sa charge, ne négligeant rien, et dressant bien toutes ses intentions [à Dieu] , elle gagne plus que si elle faisait cette même charge avec une grande suavité, inclination et contentement.

Vous me demandez ce que c'est qu'une vertu solide, mes chères Sœurs? C'est une vertu exercée et acquise parmi les difficultés et combattue par son contraire ; nous ne sommes religieuses que pour l'acquérir, mais Dieu nous fasse la grâce qu'à l'heure de la mort nous ayons la victoire de ce combat, et que nous trouvions d'avoir acquis une seule vertu véritable ; par exemple : vous voulez être comme notre père saint Augustin, une vraie humble; il faut aimer le mépris; il faut vous reconnaître vile et abjecte et vouloir être tenue pour telle, qu'en tout ce que vous faites vous cherchiez à vous anéantir et vous humilier. Notre doux Jésus dit : Apprenez de moi à être doux et humble de cœur; si nous apprenons à être humbles comme lui, nous ne le serons pas seulement en obéissant parfaitement , en nous soumettant à vivre sous l'obéissance , comme lui sous la direction de saint Joseph; en nous humiliant nous-mêmes comme il s'est humilié, mais nous le suivrons dans sa souveraine humiliation qui a été de s'être laissé humilié par ses créatures, d'avoir paru un homme simple, digne d'être méprisé, et d'avoir été fait le jouet et la risée de son peuple. Agissez donc ainsi. Humiliez- vous fidèlement et fervemment, et lorsqu'on vous humiliera, souffrez-le courageusement; laissez-vous ès-mains de Dieu et de l'obéissance. Qu'il vous mette ici ou là;

qu'on vous tourne d'un côté et d'autre, il faut laisser, en tout cela, faire de nous comme d'un peu de boue qu'on foule aux pieds, qu'on pétrit, qu'on défait et qu'on repétrit tout comme l'on veut : cela est une vertu solide. Ma chère Sœur, commençons de marcher en ce chemin, sous la faveur du grand saint Augustin. Oui, mes Sœurs, les vraies vertus religieuses sont : profonde humilité, humble soumission, entière remise de nousmêmes entre les mains de Dieu, une abnégation forte de toutes les choses de ce monde, et une généreuse et magnanime résolution qui ne s'étonne point des difficultés, mais qui, connaissant sa faiblesse propre, s'appuie sur l'appui et sur la force de la grâce de son Bien -Aimé, persévérant toute sa vie au bien qu'elle a commencé.

Il n'est point de meilleure marque que l'on n'est pas digne d'une charge, que lorsqu'on la désire et qu'on s'en croit capable, parce que si cela était, vous vous en réputeriez indignes. C'est une pure folie que de désirer quelque chose hors de Dieu, parce que nous n'aurons ni la chose désirée, ni la possession de Dieu , qui est la jouissance de tout bien. C'est aussi un orgueil secret que de ne point désirer d'emploi, et de nous voir déchargées de ceux que l'obéissance nous a donnés, puisque nous nous devons laisser absolument à la disposition de Dieu , croyant qu'on nous l'ôtera lorsque l'on verra que nous ne le faisons pas bien; mais c'est que nous ne sommes pas assez humbles, et que l'amour de notre abjection ne nous suit pas toujours , appréhendant qu'on ne dise : ma Sœur a été ôtée de cet emploi parce qu'elle n'y faisait rien qui vaille.

Mes filles, ne demandez rien, ne désirez rien et ne refusez rien; soyez indifférentes en toutes choses, soyez prêtes à recevoir une charge comme à en être ôtées, et vous aurez de la vraie vertu.

Mes Sœurs, si nous savions le prix de l'obéissance, nous ne négligerions pas une occasion de la pratiquer. Oui, mes filles,

un seuï enclin de tête fait par le mouvement de l'obéissance , quoique avec répugnance de la partie inférieure, nous acquiert un plus grand bien que nous n'en posséderions si nous avions en nos mains l'empire du monde. Nous le connaissons bien dans le choix que la Sagesse incarnée a fait venant ici-bas, qui n'a pas été des richesses et grandeurs de ce monde, mais il a uniquement choisi l'obéissance, vivant soumis à saint Joseph et à Marie, sa mère, et à son Père Eternel jusqu'à la mort de la croix.

Non, ma Sœur, nous n'avons jamais raison de nous excuser, mais nous l'avons bien de nous accuser. Il n'est rien qui répande une plus sainte et douce odeur dans une communauté, qu'une âme humble qui s'accuse franchement, et, au contraire, il n'est rien de si désagréable qu'une qui couvre ses défauts lorsqu'elle est avertie, disant seulement : je dis très-humblement ma coulpe. Hélas! ma fille, je connais soudain l'orgueil caché sous cette petite parole; dites tout simplement : ma Mère, j'en dis très -humblement ma coulpe, afin que l'on connaisse que vous vous rendez coupable; si vous ne l'avez, possible, pas fait cette fois, vous l'aurez fait une autre. On ne doit pas avertir, comme on ne le fait pas aussi, que de certaines fautes dont nous ne devons pas avoir honte de nous avouer coupables, et l'humilité se fait bien connaître en ces occasions , et nous trouverons toujours notre profit et notre avancement à la perfection, où nous trouverons des sujets de nous humilier. Enfin, l'âme humble s'accuse toujours , et l'orgueilleuse s'excuse incessamment. Prions notre grand'père saint Augustin de nous obtenir ce véritable trésor de la vraie humilité, qui l'a rendu plus grand dans le ciel que son éminente doctrine, et que toutes ses autres vertus.

Loués soient Dieu et son grand serviteur Augustin.

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