‹ Œuvres diversesChapitre 75 sur 281 · SUR LA SOUMISSION A LA VOLONTÉ DE DIEU ET LE RESPECT MUTUEL · texte numérisé non relu

SUR LA SOUMISSION A LA VOLONTÉ DE DIEU ET LE RESPECT MUTUEL

Quand nos fautes, et tout ce que nous avons vu et fait en la ;ournée, nous revient en i'esprit au temps de l'oraison, il s'en faut détourner fidèlement et unir sa volonté avec celle de Dieu, qui permet que nous soyons exercées par telles pensées; au lieu de nous meltre en peine pour nous en défaire, il faut appliquer son soin à regarder et s'unir à la volonté de Dieu. Il en faut faire de même quand on se sent sèche, aride et distraite parmi la journée, et ne s'en point mettre en peine, mais demeurer toujours soumise à cette volonté première et signifiée de notre Dieu. S'il veut que nous soyons sèches, arides et distraites, il y faut acquiescer doucement et humblement; car, bien qu'il ne veuille pas que nous soyons infidèles, il le permet néanmoins, afin que, le connaissant, nous nous humiliions et abaissions. Enfin, le remède à tous nos maux, c'est d'unir noire volonté à celle de Dieu, qui veut que nous soyons pleines de courage, comme nos règles nous marquent. . . . e

Ce qu'il faut faire, dites-vous, ma chère fille, pour ne point perdre la paix du cœur, quand on a quelque chose qui fait de la peine et qui revient toujours dans l'esprit? — Je vous dirai, avec notre Bienheureux Père, que celle qui ne la veut point perdre , doit aller à Dieu sans réfléchir sur ce qui fait de la peine; mais quand nous allons à Dieu, nous lui voulons toujours parler de nous, et, par manière de dire, lui conter ce qu'on nous fait, et rejeter sur les autres la cause de nos manquements. Enfin mille et mille réflexions inutiles et tout à fait contraires à la simplicité qui nous est tant recommandée par ce Bienheureux

C'est aussi un grand orgueil de s'étonner des fautes d'infir-

mité et de toutes les autres, et encore un plus grand d'en faire Tétonnée parmi les Sœurs et de leur en faire la mine froide. Si une Sœur, par un mouvement de colère , me venait donner un soufflet, je n'en serais ni n'en ferais l'étonnée, pourvu que la Sœur s'humiliât de sa faute, l'ayant reconnue. Elle aurait sujet d'aimer son abjection ; et moi , d'unir ma volonté à la volonté permise de Dieu

Si nous étions bien fidèles, nous ne laisserions passer aucune occasion sans nous mortifier; nous anéantirions tant de désirs, tant de volontés, tant d'inclinations; nous ne perdrions pas une occasion de condescendance et de respect; en somme, nous nous rendrions meilleures ménagères , tant de ce qui se présente en nous que hors de nous, et surtout nous nous garderions de la lâcheté et des manquements de support. Mon Dieu! manquer de support et de respect et dire des paroles sèches, quel défaut dans une religieuse qui doit toujours parler affable-

ment, comme serait : Oui bien, ma Sœur Oui bien, ma

chère Sœur Très-volontiers et ainsi des paroles douces,

et témoigner, même par sa mine, qu'elle sert et qu'elle fait ce de quoi on la prie , et de bon cœur.

Ce qui est cause que nous nous manquons de respect, c'est que nous avons trop de familiarité les unes avec les autres. Nous disons tant de paroles mal gracieuses et rudes qui ne se devraient point entendre parmi nous. Il se faut porter un respect véritable, qui ne consiste pas à faire des mines et façons affectées , car je n'aime point cela. Il y a encore une autre raison qui empêche bien le respect, ce me semble, c'est que l'on dit trop, les unes parmi les autres, les fautes que l'on fait; cela rabat grandement l'estime et le respect que l'on se doit; car, on dit, à deux ou trois, que sais-je moi (sous prétexte de confiance et de familiarité, ou pour témoigner de l'affection), les pensées et sentiments, et même les fautes qui se font par infirmité; certes, tout cela amoindrit l'estime que l'on a des Sœurs. Enfin,

ENTRETIEiYS. 283

il me semble que cette trop grande connaissance que nous nous donnons de nos faiblesses; de ce que nous disons, pensons et faisons, c'est la seule cause que l'on ne voit pas ce respect tel que nous nous le devons. Nous ne savons point parler des choses sérieuses, bonnes, nobles et conformes à notre vocation. Si l'on fait quelque discours de plaisanterie ou quelque conte de choses indifférentes, chacune prête l'oreille et y contribue en quelque chose , et par ce moyen témoigne le plaisir qu'elle y prend; mais si ce sont des choses bonnes, personne n'y contribue et l'on demeure muette. Enfin, l'on ne sait que dire, et cela sans doute amoindrit bien l'estime que nous aurions les unes des autres, si nous nous voyions affectionnées à parler des choses sérieuses.

sur l'amour de l'abjection.

Vous avez raison certainement de me dire que, lorsque vous lisez ces deux constitutions de la Modestie et de Y Humilité, vous y trouvez quelque chose de si parfait, qu'on appréhende de n'y pouvoir arriver. Non, ma fille, on ne saurait y ajouter une plus grande perfection que celle qu'elles nous enseignent. Que voudrions-nous de plus modeste et de mieux réglé, qu'une âme qui serait parfaitement moulée sur la première, et où trouver une plus intime et divine humilité, que celle qui est décrite dans la seconde de ces constitutions? Je trouve ces deux points les meilleurs : Humilité profonde, et humilité qui ne consiste pas seulement en gestes et paroles, mais en vérité et en effet. Oui, mes Sœurs, ne parlons plus tant de l'humilité; ne nous amu-

sons pas tant à la désirer ; mais venons à la pratique. Cette vertu veut des œuvres, et non des paroles. Voulez-vous être humble, ma fille, iâchez de vous bien connaître; aimez que l'on vous connaisse imparfaite, aimez le mépris en toutes les manières, dans toutes les actions et de quelle part qu'il vienne. Ne cachez point vos défauts; laissez-les connaître, en chérissant l'abjection qui vous en revient. Ne laissez jamais abbattre votre cœur pour quelque faute que vous puissiez commettre. Défiez-vous de vous-même, et vous confiez uniquement et incessamment en Dieu, vious persuadant fortement que, ne pouvant rien de vous-même, vous pouvez tout avec sa grâce et son puissant secours.

Ma fille, lorsqu'on vous traite rudement, que l'on vous rabat, qu'on vous néglige, qu'on vous humilie et qu'on vous emploie aux offices bas et pénibles, ne pensez pas que ce soit pour éprouver votre vertu; mais faites confesser à votre cœur que vous méritez bien plus que cela. Ce sont là, à mon avis, les marques d'un esprit humble; et, lorsque vous serez dans ces pratiques, dites, ma fille, que vous commencez d'aimer l'humilité. Voulez-vous connaître si un esprit est humble? Voyez s'il est sincère à découvrir ses imperfections sans fard et détours, mais de bonne foi; quand on voit une fille qui aime avec joie son abjection et d'être avertie et corrigée, jugez que c'est une âme véritablement humble.

Lorsque je dis qu'il faut aimer le mépris, la correciion, le rebut, l'abjection , j'entends qu'il faut l'aimer dans notre partie supérieure et dans la suprême poinie de l'esprit, malgré nos répugnances et nos difficultés; parce que, pour aimer des choses si contraires à notre partie inférieure, d'un sentiment sensible, il ne serait presque pas possible. C'est une grâce que Dieu ne départ qu'à quelques âmes qu'il veut souverainement gratifier, ou pour récompense de leur fidélité, mais cette faveur n'est pas nécessaire.

Vous me demandez si le cœur humble n'est point tenté d'orgueil, et s'il n'a point quelquefois des pensées de vanité? Oui, ma chère Sœur, il peut avoir des tentations d'orgueil, mais il ne fait pas les œuvres d'orgueil, et elles ne servent qu'à le faire mieux anéantir devant Dieu, et à le jeter plus profondément en sa bassesse et en Dieu. Mes Sœurs, que cette humilité est une grande vertu ! C'est la bien-aimée de Jésus-Christ et de notre divine maîtresse, sa glorieuse Mère. Son sacré Cantique n'est qu'une louange de cette admirable vertu. Il a regardé, dit-elle, l'humilité de sa Servante, et, pour ce, toutes les générations me diront Bienheureuse. Il détruira les superbes et exaltera les humbles. Toute l'Ecriiure-Sainte est remplie des panégyriques des humbles : David, ce grand roi, fait selon le cœur de Dieu, dit : Le Seigneur est le protecteur du simple d'esprit. Enfin, 1 humilité attire sur nous les yeux et le cœur du même Seigneur. Mais il faut que ce soit une humilité plus intérieure qu'extérieure. II ne nous dit pas d'apprendre de lui celle-ci; mais, oui bien, la première : Apprenez de moi, nous dit-il à tous, que je suis humble et doux de cœur. 0 Dieu! mes Sœurs, que c'est une rare pièce qu'un cœur vraiment humble, parce qu'on le trouve toujours plus bas qu'on ne la saurait mettre. Croyezmoi, mes chères filles, c'est posséder un trésor et une monnaie propre à acheter le ciel et le Cœur de Dieu, que d'avoir la possession d'un grain de vraie humilité.

Page 1