SUR LA PARFAITE SIMPLICITE
La parfaite simplicité, mes filles, consiste à n'avoir qu'une très-unique prétention en toutes nos actions, qui est de plaire à Dieu en toutes choses. La deuxième pratique de cette vertu qui suit celle-là, c'est de ne voir que la volonté de ce grand Dieu en toutes les choses qui nous arrivent de bien et de mal ; par ce moyen, aimant cette volonté adorable, notre âme sera toujours tranquille en tout événement, même dans le retardement de notre perfection, ne laissant pas d'y travailler fidèlement. La troisième pratique de simplicité consiste à découvrir ses défauts sincèrement, sans les ombrager. La quatrième, c'est d'être véritable en ses paroles, ne les multipliant guère, surtout lorsqu'il s'agit de nous justifier. La cinquième, c'est de vivre du jour à la journée, sans prévoyance ni soin de nous-même, mais faire bien à tout moment, ce qui nous est prescrit, selon
notre vocation, nous confiant et remettant uniquement à la divine Providence. Si nous employons fidèlement les occasions présentes, soyons certaines qu'il nous en pourvoira de plus grandes de travailler à son divin service, à notre perfection et à sa gloire. Nous ne saurions être vraiment simples et avoir tant de soins de l'avenir. La bonne simplicité rend la personne sans fard et sans réflexion sur ses actions : si elles sont bonnes, vous n'avez que faire de les considérer; si elles sont imparfaites, votre cœur vous les fera bien voir; et, si vous vous découvrez bien à ceux qui vous dirigent, ils sauront bien faire ce discernement.
Je trouve que c'est un acte de grande perfection, de se conformer en toutes choses à la communauté, et de ne s'en départir jamais par notre choix, d'autant que c'est un très-bon moyen de s'unir à notre prochain, et comme c'en est un bien excellent pour cacher à nous-même notre perfection. Il se trouve même, dans cette pratique, une certaine simplicité de cœur si parfaite, qu'elle contient toute perfection. Cette sacrée simplicité fait que l'âme ne regarde que Dieu en tout ce qu'elle fait, et se tient toute resserrée dans elle-même pour s'appliquer à la seule fidélité de l'amour de son souverain Bien, par l'observance de sa règle, sans épancher ses désirs à chercher des moyens de faire plus que cela. Elle ne veut pas faire des choses extraordinaires, qui lui pourraient acquérir l'estime des créatures; mais elle se tient anéantie dans elle-même. Elle n'a pas de grandes satisfactions, parce qu'elle ne fait rien qui contente sa volonté, ni rien de plus que la communauté. Il lui semble qu'elle ne fait rien; et, de cette manière, sa sainteté est cachée à ses yeux et à sa connaissance. Dieu la voit seule, qui se plaît dans cette divine simplicité par laquelle elle ravit son Cœur, en s'unissant à lui par un amour tout pur, tout simple, et tout fidèle. Elle n'a plus d'attention pour suivre les lumières de son amour-propre; elle n'écoute plus ses persuasions et ne veut h. 21
plus voir ses inventions, qui voudraient chercher la propre estime par de grandes entreprises, et par des actions suréminentes qui nous fassent distinguer du commun.
Une telle âme jouit d'une paix toujours tranquille; elle peut dire qu'elle est libre pour s'élever au-dessus de soi, par la possession de l'union divine. Ainsi, mes filles, ne croyez jamais de faire peu de chose lorsque vous ne faites que suivre le train commun.