‹ Œuvres diversesChapitre 83 sur 281 · SUR TROIS MANIÈRES DE FAIRE L'ORAISON ET SUR LA SIMPLICITÉ · texte numérisé non relu

SUR TROIS MANIÈRES DE FAIRE L'ORAISON ET SUR LA SIMPLICITÉ

Mes chères filles, pour nous bien disposer à faire l'oraison, il nous faut faire souvent des retours de notre esprit à Dieu, considérant sa bonté, son amour, sa grandeur et majesté infinie, nous tenant dans un profond respect en sa divine présence. Il faut bien préparer ses points à méditer.

Il y a trois façons de faire l'oraison :

La première se fait en nous servant de l'imagination, nous représentant le divin Jésus en la crèche, entre les bras de sa sainte Mère et du grand saint Joseph; le regardant entre un bœuf et un âne ; puis voir comme sa divine Mère l'expose dans la crèche, puis comme elle le reprend pour lui donner son lait virginal, et nourrir ce Fils qui est son Créateur et son Dieu. Mais il ne faut pas se bander l'esprit à vouloir, sur tout ceci, faire des imaginations particulières, nous voulant figurer comme ce sacré Poupon avait les yeux et comme sa bouche était faite ;

ains nous représenter tout simplement le mystère. Cette façon de méditer est bonne pour celles qui ont encore l'esprit plein des pensées du monde, afin que l'imagination, étant remplie de ces objets, rechasse toute autre pensée.

La deuxième façon, c'est de nous servir de la considération, nous représentant les vertus que Notre-Seigneur a pratiquées : son humilité, sa patience, sa douceur, sa charité à l'endroit de ses ennemis, et ainsi des autres. En ces considérations, notre volonté se sentira toute émue en Dieu et produira de fortes affections, desquelles nous devons tirer des résolutions pour la pratique de chaque jour, tâchant toujours de battre sur les passions et inclinations par lesquelles nous sommes le plus sujettes à faillir.

La troisième façon, c'est de nous entretenir simplement en la présence de Dieu, le regardant des yeux de la foi en quelque mystère, nous entretenant avec lui par des paroles pleines de confiance, cœur à cœur, mais si secrètement, comme si nous ne voulions pas que notre bon Ange le sût. Lorsque vous vous trouverez sèche, qu'il vous semblera que vous ne pourrez pas dire une seule parole, ne laissez pas de lui parler, et dites : « Seigneur, je suis une pauvre terre sèche, sans eau; donnez à ce pauvre cœur votre grâce ! » Puis demeurez en respect en sa présence, sans jamais vous troubler ni inquiéter pour aucune sécheresse qui puisse arriver. Cette manière d'oraison est plus sujette à distraction que celle de la considération, et si nous nous rendons bien fidèles, Notre-Seigneur donnera celle de l'union de notre âme avec Lui. Que chacune suive le chemin auquel elle est attirée.

Ces trois sortes d'oraisons sont très-bonnes; que donc celles qui sont attirées à l'imagination la suivent, et de même celles qui le sont à la considération et à la simplicité de la présence de Dieu; mais, néanmoins, pour cette troisième sorte, il faut bien se garder de s'y porter de soi-même, si Dieu ne nous y

attire. Que si quelqu'une était attirée à quelque chose d'extraordinaire, elle le doit dire à la supérieure, et puis faire ce qu'elle lui dira.

Votre demande n'est pas hors de propos, ma chère fille; il peut bien arriver qu'une personne soit si contente qu'elle ne pense pas à s'humilier; mais il arrivera que Dieu retirera la consolation, et alors il faudra que l'âme s'humilie; mais de quoi faudra- t-il qu'elle s'humilie? De ce qu'elle ne s'est pas humiliée, et Dieu permettra qu'elle commette des grands manquements pour la faire rentrer en soi.

Il est requis d'être grandement simple en toutes choses, et marcher à la bonne foi, sans jamais réfléchir en quoi on nous emploie, ni sur ce que l'on dira ou pensera si nous faisions telle chose ou en disions une telle; mais, aller, dis-je, simplement et ne regarder que le bon plaisir de Dieu en tout et incessamment, soit qu'on nous emploie aux offices bas ou aux grands, à quelque chose qui nous mortifie, comme à quelque chose qui nous récrée, penser que nous devons être satisfaits de tout, en tout et partout, parce qu'en tout et partout nous pouvons avoir Dieu et trouver Dieu. J'ose vous promettre que si vous êtes bien fidèles à cette simplicité, ne cherchant jamais que Dieu en quoi que vous fassiez ou que vous souffriez, vous acquerrez en six mois la paix du cœur, ce don si désirable, si aimable, et si fort profitable à nos âmes.

Oui, mes filles, allez au réfectoire pour Dieu, «omme vous allez à l'Office pour son amour et pour le louer, dicssant votre intention de vouloir le glorifier, autant dans une action comme dans l'autre, parce que vous allez à toutes deux par obéissance et pour accomplir son bon plaisir.

Voici ce qui m'est tombé en mains, tenant nos constitutions, les ouvrant et serrant : « Quelles soient humbles, douces, cordiales et franches entre elles. » Il faut donc être grandement cordiales et franches, nous communiquant nos petits avantages

spirituels en la manière que j'ai dit ailleurs, avouer que nous sommes dans l'état d'une douce et sainte consolation, lorsqu'on nous le demande; ou bien dire tout simplement que nous sommes en sécheresse, mais que nous faisons comme on nous a appris, n'ayant pu avoir l'oraison de jouissance, nous avons fait celle de patience; ou bien encore, confesser librement qu'un point de la prédication ou de la lecture de table nous a bien touché le cœur, et ainsi être comme de petits enfants les unes avec les autres. Voyez-vous les petits enfants, lorsqu'ils ont à faire quelque chose, comme ils s'appellent l'un après l'autre? Oui, mes chères novices, il faut être ainsi, ne le ferezvous pas, et toutes nos professes aussi? Agissez avec la même simplicité et confiance envers Notre-Seigneur qu'un saint religieux qui cachait le saint Enfant Jésus lorsqu'il ne lui accordait pas ce qu'il désirait, et ne le sortait qu'il n'eût obtenu la grâce qu'il en désirait.

Page 1