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ENTRETIEN XXXIV

SUR LA PASSION DE NOTRE-SErGNEUR ET l'oRAISON.

Nous allons célébrer de grandes fêtes. Nous allons faire commémoration de la Passion du Sauveur; tâchons de nous y préparer par une grande pureté de cœur. Dieu a envoyé le trésor du grand jubilé à son peuple, faisons notre possible pour le bien gagner selon son bon plaisir. Regardons notre Sauveur dans l'excès de ses souffrances et dans l'excès de son amour; tenons nos cœurs toujours là dedans, afin que ce divin Epoux leur communique et leur donne force pour souffrir les choses que sa main adorable leur enverra. Mais, hélas! toutes nos souffrances ne sont que des vétilles auprès de celles du Sauveur; aussi, sa paternelle bonté voit bien la faiblesse de nos épaules, qui ne peuvent pas porter de plus grands faix, en quoi nous avons grand sujet de nous humilier, de voir Notre-Seigneur et Maître, qui souffre tant et endure tant pour notre amour, et nous ne pouvons comme rien faire pour lui. Nous le verrons, cette sainte semaine prochaine, sur l'arbre de la croix, consumé pour notre amour, ouvrir toutes ses veines, et donner tout son sang pour nous laver, ouvrir son Cœur pour nous y loger, incliner la tète pour nous baiser d'un baiser de paix, de grâce et de lie éternelle. Enfin nous le verrons, comme un aimant sacré, qui attire à soi toutes nos iniquités [pour en porter la peine et les effacer]. Il s'est donné tout à nous; donnons-nous donc tout à lui, et lui rendons grâces des bienfaits qui nous viennent par ses douleurs. Faisons profit des moyens qu'il nous présente pour commencer tout de bon à batailler sous l'étendard de la sainte croix. Faisons, pendant nos solitudes, de bonnes et fermes résolutions pour notre amendement, et sa bonté nous bénira.

C'est une bonne finesse pour l'oraison, que la simplicité avec

Dieu; car, par cette voie, l'âme se conforme et se rend semblable, en quelque façon, à son Dieu, qui est un esprit fort pur, très-saint et très-simple. Bienheureuses sont lésâmes qui se laissent entièrement conduire à l'attrait de Dieu, le suivant en simplicité de cœur, retranchant à leur esprit toute curiosité, multiplicité, réplique, distinction ou désirs de se voir soimême, suivant fidèlement et en simplicité de cœur leur attrait. Mais, c'est un grand malheur, que bien souvent nous voulons spéculer, et Dieu veut que nous ne fassions qu'aimer sa souveraine Bonté, nous laissant simplement et entièrement comme un pauvre petit enfant tout nu entre les bras et sur le sein de sa très-chère mère.

Ma fille, quand les distractions sont importunes et ne s'en vont point, quoique vous les repoussiez, il faut alors faire l'oraison de patience et dire humblement notre Pater, ou quelques paroles amoureuses, comme : Mon bon Seigneur! vous êtes le seul appui de mon âme, vous êtes ma quiétude, ma consolation et mon unique repos; encore que je cesserai de vivre, je ne cesserai point pourtant de vous aimer, moyennant votre sainte grâce. 11 faut ainsi exciter son cœur, sans attendre que Dieu nous mette le lait ou le miel en la bouche, pour parler à sa Bonté, car il veut que nous nous aidions nous-même. Quand l'âme est si fort accablée qu'elle ne sait presque où se mettre, ni quelle mine tenir, et cela, non tant pour les pensées volages que pour une rude et âpre sécheresse qui lui ôte quasi toul pouvoir d'agir, alors Dieu la fait souffrir d'une manière bien plus haute; elle doit faire l'oraison de révérence, de soumission et souffrance, de conformité, de pauvreté d'esprit, se tenant devant Dieu comme une pauvre devant son souverain libérateur. Je suis, ô mon Seigneur! doit-elle dire, une terre sèche, toute hâlée et crevassée par la véhémence de la bise et du froid; mais, vous le voyez, je ne vous demande plus rien, vous m'enverrez, quand il vous plaira, et la rosée et la chaleur.

Il ne faut jamais aller dire à ces Pères de religion, à qui l'on parle quelquefois : Je ne fais rien en l'oraison ; car celles qui sont conduites par cette voie d'amoureuse simplicité, ne font rien en agissant, mais elles font bien en jouissant. Lorsque Dieu tire l'âme pour la faire reposer sur son sein amoureux, il ne la faut jamais divertir de là, et ceux qui le font ne savent pas le dommage qu'ils portent à cette âme et le déplaisir qu'ils font à Dieu. Oh! tous ceux qui sont à genoux ne font pas l'oraison ! Il faut avoir l'esprit bien pur et dénué de tout ce qui n'est pas Dieu pour faire une bonne oraison. L'arrêt de l'esprit en Dieu est la plus utile occupation que les filles de la Visitation puissent avoir. Elles ne se doivent point soucier des considérations, conceptions, imaginations et spéculations des autres, bien qu'elles les doivent honorer comme des choses de Dieu et qui conduisent à Dieu même ; il leur doit suffire d'être avec Dieu en la simplicité de leur cœur. Je ne blâme point celles qui considèrent au contraire, je vous dis souvent, mes très-chères Sœurs, qu'il nous arrive de grands maux faute de considérer nos obligations, ce que Dieu a fait pour nous; mais, ce que je blâme ce sont les âmes que Dieu attire à lui, par une grande simplicité, lesquelles, néanmoins, ne se peuvent tenir là, ains veulent toujours quelque autre chose. Et d'autres aussi, qui ont l'esprit subtil et qui s'efforcent de faire, en leurs méditations, des recherches, lesquelles ne sont pas moins curieuses qu'inutiles.

Les considérations que je loue, c'est de considérer que Notre- Seigneur est mort pour nous, qu'il nous prépare son éternité, qu'il est avec les hommes, au Très-Saint Sacrement, jusqu'à la consommation des siècles : les quatre fins de l'homme, l'excellence des vertus et de la vie religieuse, de la vanité du monde, tout cela porte coup.

Les considérations que je blâme dans les filles de la Visitation, et dont je n'aime pas qu'on se serve à l'oraison, c'est, par exemple, considérer comme l'étoile conduisit les trois Rois

pour adorer l'Enfant Jésus, vouloir penser ce que c'est qu'étoile, en quel ciel elles sont colloquées, d'où elles tirent leur lumière, si elles ont un mouvement local, ou si elles sont immobiles, de quelle grandeur elles sont, si celle qui conduisit les Mages était naturelle ou miraculeuse, et semblables. Quelques âmes pourraient penser utilement à cela pendant le silence, pour en tirer de bonnes et dévotes conceptions; mais, pour l'oraison, mes chères Sœurs, n'employons pas si mal notre temps, ne parlons point avec les étoiles; faisons plutôt quelque acte d'action de grâce au Père éternel de ce que toutes choses : le ciel, la terre, les étoiles, et toutes les créatures, honorent et servent son adorable fils Jésus. Puis, suivons l'étoile de l'inspiration et attrait divin qui nous appelle à la crèche, et allons-y adorer et aimer l'Enfant Jésus et nous offrir à lui. Toutes ces imaginations à l'oraison sont bonnes, et nécessaires aux grands esprits qui s'emploient à l'étude et prédication; mais, à nous autres, petites femmelettes, il nous faut peu de science et beaucoup de simplicité, d'humilité et d'amour.

Il ne faut pas tant mettre de peine à se défaire de ses imperfections, qu'à acquérir et établir en son cœur les solides vertus : la profonde humilité, la douceur et simplicité, le support du prochain, le respect cordial. C'est une excellente pratique d'aller à Dieu par actions de grâces du bien que nous faisons, et le faire avec une douce confusion; et, quand on a quelques difficultés, il est toujours mieux d'aller à Dieu tout simplement.

Ma chère Sœur, toute bonne oraison est celle qui se produit et se conserve par la mortification; j'aimerais mieux une fille qui irait par le chemin ordinaire des considérations et qui serait bien fidèle à l'observance, qu'une autre qui serait ravie vingt fois le jour, et qui ne s'adonnerait pas tant à l'obéissance ni à la mortification d'elle-même. L'on ne peut pas beaucoup dire de l'oraison, en commun, d'autant que chacune a son attrait particulier; toutefois, on peut dire ceci, qu'il ne se faut pas arrê-

ter aux goûts, ni sentiments qui se reçoivent, si Ton n'en tire ces trois fruits : la mortification et remise entière de soi-même entre les mains de Dieu et de l'obéissance, la profonde humilité, et la sainte simplicité. Celle qui voit qu'elle tire ces trois fruits avec la bonne observance de ce qu'elle a vu, qu'elle suive son chemin, il est bon, et elle n'en demeurera pas là, ains ira toujours croissant si elle est fidèle à correspondre à Dieu.

L'on voit quelquefois des âmes qui voudraient toujours être unies à Dieu; mais sont-elles humbles et simples? si on les contrarie, le supportent-elles patiemment? sont-elles indifférentes à quoi on les emploie? Certes, si cela n'est, je leur conseille de tout mon cœur de se désabuser; car, tout recueillement qui ne produit pas ce fruit est amusement de l'amour-propre, consolation provenant de la nature ou du malin esprit. L'on en voit aussi qui ont un grand attrait à l'oraison, et sont fort attirées à l'humilité et simplicité avec Dieu ; pour connaître si leur union est bonne, il faut les faire sortir de l'oraison, leur faire faire quelque chose que l'on sait qui leur répugne puissamment, leur donner quelque obéissance âpre, rude et difficile ou leur faire quelque forte humiliation. Si elles supportent cela humblement, doucement et sans dire mot, certes, il les faut laisser marcher, car elles vont bien ; si, au contraire, elles murmurent, ou font des répliques volontaires (car par soudaineté elles pourraient bien dire quelque mot ou faire quelque action où il n'y aurait pas grand mal), mais si cela continue et qu'elles fassent ce qu'on leur enjoint avec chagrin, certes, elles sont unies, non avec Dieu, mais avec elles-mêmes; enfin, l'on connaît l'ouvrier à la besogne. Il faut recevoir les goûts quand Dieu nous les donne, nous humiliant beaucoup, et nous anéantissant en notre misère; et, au partir de là, en jouir en simplicité, et en tirer fidèlement les fruits pour les rendre au Seigneur, qui ne nous donne ces talents à autre fin.

Ma fille, il advient quelquefois que l'on va à l'oraison après

avoir été tout le jour dissipée et sans recueillement; ce n'est pas merveille si l'on y est distraite, car on le mérite bien : on suit ses inclinations, on est revêche à l'obéissance; on n'est ni douce, ni condescendante envers le prochain, et l'on va hardiment à l'oraison pour se tenir unie à Dieu, et avoir des consolations et douceurs : si l'on trouve la porte fermée, la pièce est bien mise. La perfection ne consiste point aux goûts et sentiments, mais en une entière mortification et à avoir une résolution ferme et invariable d'être toute à Dieu, ayant un courage de longue haleine, c'est-à-dire une généreuse persévérance à se mortifier et à se surmonter, renonçant à tout, sans relâche : il

est impossible d'être parfaite sans cela. Nous vivons trop et nous arrêtons trop aux sentiments, qui ne sont pas pourtant le plus précieux.

O Dieu! que la simplicité est admirable, et qu'une âme qui marche simplement, marche assurément! Quand il semble que tout est perdu, que tout est renversé sens dessus dessous, c'est alors qu'il faut, comme Abraham, espérer contre l'espérance, et se confier que Dieu pourvoira et aura soin de tout, et demeurer ainsi en paix et en repos dans la douce Providence de Dieu.

Nous ne vivons pas assez selon les vérités de la foi, nous ne sommes pas assez généreuses; nous faisons les enfants et les peureuses; de quoi, je vous prie, avoir peur? La foi nous enseigne que rien n'arrive sans la permission de Dieu, et qu'il a soin de tous, plus que les pères de leurs enfants. Il a dit : Quand bien même la mère oublierait son enfant, je ne vous oublierai point. Si nous vivions selon cette vérité, comment est-ce que nous aurions peur de quelque chose? Eh bien! si nous voyons un fantôme, ne faut-il pas le souffrir? Nous tuera-t-il sans la permission de Dieu? Nenni. — Et puis, nous autres, mes chères filles, nous devons être tellement abandonnées à la volonté de Dieu, en tous les événements, que

nous devons toujours acquiescer de bon cœur à tout ce qu'elle permet, tellement que si Dieu voulait qu'un esprit fût jour et nuit après nous, et que nous mourussions, ou devinssions folles de peur, nous le devons aussi vouloir sans résistance. Je sais bien que la partie inférieure frissonne, et qu'elle nous remplit de crainte; mais il faut bien faire valoir la raison, nous tranquillisant en la divine volonté. Bienheureuse est l'âme de qui Dieu prend soin, car elle fera un grand chemin ; et, pour cela, il lui donnera de grandes occasions de s'avancer, de la générosité à les entreprendre, comme aussi la fidélité pour les poursuivre, et une grâce spéciale pour persévérer; mais pendant que Dieu ne nous conduit pas de la sorte, faisons notre besogne, je veux dire, tâchons de prendre l'esprit de la règle qui est caché sous l'écorce. Peur l'acquérir, tenons-nous au pied de la lettre, dans nos observances, et croyez que cela est ce que Dieu veut de nous.

Les filles de la Visitation doivent beaucoup penser à Dieu, peu à elles-mêmes, et point du tout au monde. Marcher en la présence de Dieu, c'est marcher dans les sentiers de son bon plaisir, et non par la voie de la chair, de l'esprit humain et de l'amour-propre, dans l'estime de soi-même, de son jugement et volonté, mais dans la voie de la divine volonté, perdant leur intérêt, jugement et volonté propres, dans la volonté de Dieu.

La sainte crainte de Dieu dans une âme est un indice des plus certains du salut éternel, et que l'on est dans la prescience de Dieu pour être des élus. Toutes les actions du juste louent Dieu; au contraire, toutes les propres volontés, convoitises, l'offensent et le déshonorent, et toutes les mortifications et pratiques des vertus l'honorent. Oh! que grande et désirable est la gloire que Dieu donne aux bons, et que grande et redoutable est la peine qu'il donne aux méchants !

Dieu donne quelquefois des insinuations à l'âme, lui faisant connaître quelque vérité, comme quand une personne parle à

une autre, à laquelle il veut bien imprimer ce qu'il désire qu'elle sache; ainsi, Dieu insinue par ses lumières, une claire connaissance de ce qu'il veut nous faire savoir, laquelle demeure incomparablement mieux en l'esprit qu'une autre connaissance acquise par plusieurs discours ou considérations de l'entendement. Insinuer, c'est donc faire voir son désir, éclaircir un doute, ou bien enseigner à l'âme quelque chose qu'elle ne savait pas ; cela étant un don de Dieu est grandement profitable à l'âme, et lui sert plus que beaucoup de raisons que les créatures ou son propre esprit lui pourraient faire apercevoir.

Une personne à laquelle Dieu fait des grâces à l'oraison doit prendre garde de les accompagner de la vraie mortification et de l'humilité, car c'est pour cela principalement que Dieu les donne; si elle ne le fait pas, ces grâces ne dureront pas, ou ce ne sont que des illusions. Nous n'entendons pas ce que c'est que l'essence de la vraie oraison, qui n'est autre que d'être toujours prête à recevoir toutes sortes d'obéissances, et tenir notre âme unie à la volonté de Dieu, autant qu'il nous est possible. Voilà en quoi consiste la vraie oraison, et non pas à être toujours en un coin, en douceur et bien recueillie; ce n'est pas cela que Notre-Seigneur regarde, mais le cœur, et si nous sommes prêtes à laisser faire tout ce que l'on voudra de nous. L'âme qui peut dire en lérité qu'elle est toujours disposée à tout ce qu'on voudra et à ce qu'on lui commandera, peut dire aussi en vérité qu'elle est toujours en oraison. Il ne faut pas toujours être à genoux pour faire l'oraison, on la peut faire en pétrissant, en balayant. Pour moi, j'ai plus de consolation à voir une Sœur faire une pratique d'exactitude à l'obéissance, que si je la voyais ravie et être moins observante.

Il est impossible qu'une âme vraiment humble croie les louanges et le bien qu'on dit d'elle, parce que la lumière de Dieu lui fait connaître l'excellence des vertus; et plus elle s'avance, plus elle voit la pureté que doivent avoir les âmes qui

tendent à la perfection, si bien que les moindres impuretés [imperfections] lui paraissent fort grandes; et lorsque l'Esprit- Saint retire la lumière qu'il lui donne et les secours sensibles, elle ne voit en soi qu'imperfections et misères.

Etre fille de la Visitation, c'est mépriser l'honneur et estimer le mépris, non un mépris recherché et désigné, mais humblement accepté quand Dieu l'envoie ou le permet.

SUR LA PATIEXCE A SUPPORTER LES DÉLAISSEMENTS A l'oRAISOX,

Il faut souvent user de cette pratique d'abnégation intérieure, de demander à Dieu, dans tous nos exercices, la parfaite nudité; mais quand il nous arrivera quelque autre trait d'amour, d'union avec Dieu, de confiance en sa bonté, il faut s'y bien exercer, en user fidèlement, sans les troubler ou interrompre pour vouloir pratiquer l'abnégation. Tout ce que doivent prétendre celles qui commencent à s'adonner à l'oraison, doit être de travaillera se résoudre et disposer, par tous les efforts d'esprit et de cœur imaginables, de conformer leur volonté à celle de Dieu, parce qu'en ce point seul consiste la plus haute perfection que l'on puisse obtenir dans la vie spirituelle. Il faut vivre au jour de la journée présente, sans user de prévoyance ni de soin de nous, pour l'avenir ni pour le présent; faire les choses ainsi qu'elles se présentent, profiter de tout de bonne foi et sans autre égard que de plaire uniquement à Dieu, par les seuls moyens que notre vocation nous fournit, sans user de recherches étrangères.

Il faut que l'àme soit fidèle à donner lieu à la parole de Dieu, si nous voulons qu'elle opère en nous, et que Dieu puisse dis-

poser de nos cœurs selon sa volonté, et afin d'obtenir la grâce que nous-mêmes puissions adhérer à cette volonté adorable.

L'àme qui se trouve encore atteinte et remplie de mille imperfections, est ridicule de prétendre déjà aux goûts divins, aux sacrées consolations; elle n'a encore acquis les vertus qu'en désir, et voudrait déjà en avoir les plus douces récompenses, que Dieu a coutume de donner à celles qui les possèdent en effet, et par une longue et constante pratique. Devant que de prétendre aux couronnes et à la gloire, mes filles, il faut embrasser la croix de Notre-Seigneur dans les sécheresses qui nous arrivent à l'oraison. Ce doit être notre premier exercice, et celle qui souffre le plus est la plus heureuse. Vous devez avoir l'âme constamment occupée de cette vérité, que le cœur qui a offensé la bonté de Dieu ne doit jamais demander ces plaisirs divins, ces jouissances et ces douceurs ineffables dont jouissent les âmes innocentes ou purifiées par le saint amour.

Nous ne devons point prétendre ni croire les mériter, quels que soient les services que nous puissions rendre à la divine Majesté. Il y a un manque d'humilité, de faire tant de cas de servir Dieu par les sécheresses, de s'en tant plaindre; Dieu nous les donne pour nous rendre humbles et non pour nous élever ou inquiéter. C'est le démon qui voudrait nous faire faire ce mauvais usage ; il faut pourtant bien compatir et consoler celles qui souffrent de grands et longs travaux intérieurs.

Une âme qui est humble vit aussi paisible, aussi soumise à Dieu, parmi les désolations et les stérilités intérieures que si elle nageait dans les goûts, consolations, et plaisirs intérieurs; Dieu les départ souvent aux faibles. Mes filles, il faut avoir bon courage et vivre dans une profonde humilité. Il ne faut pas même craindre les tentations, car Dieu les permet pour purifier notre cœur; et, bien qu'il arrive que nous y fassions quelques fautes, il faut s'en confesser, s'en humilier et demeurer en paix.

Une âme qui est toute à Dieu agit ainsi; faisons-le aussi et soyons bien tout à Dieu.

Mes filles, hormis que Dieu vous attire par des voies secrètes et intimes au recueillement et à une profonde occupation en lui, il est toujours mieux de se rendre attentives aux exercices du Directoire qu'à toute autre pensée, soit pour l'Office, où l'on doit surtout faire une grande attention de bien prononcer et de bien faire toutes les cérémonies, soit aux récréations et aux assemblées, écoutant avec attention le rapport des lectures. Mais si Dieu vous occupe, laissez-le faire, et ne faites rien autre que d'être bien attentive à nos observances.

Il faut tenir son esprit en tranquillité pour bien faire toutes choses à propos : la douceur, l'humilité et la tranquillité d'esprit sont le siège et le repos du Saint-Esprit. Suivez Dieu en simplicité de cœur, vous soumettant à la direction qu'on vous donne; il ne nous appartient pas de faire aucun dessein dans notre esprit, cela appartient à ceux à qui Dieu a commis le soin de notre àme.

Nous autres, qu'on croit si parfaites, sommes souvent atteintes de tant de distractions que c'est pitié ; mais Dieu le permet pour nous tenir humbles. Il ne faut pas tant penser à la perfection, mais à faire de moment en moment tout le mieux que nous pouvons.

Tâchez, petit à petit, de vous quitter vous-même pour abîmer ce vous-même en Dieu. Il n'y a que la recherche de notre amour-propre et de nos satisfactions qui puisse inquiéter une âme qui veut bien être à Dien.

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