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ENTRETIEN XXXVIII

(Fait en 1631) SUR LA GLOIRE ET LE BONHEUR DE L'AME RELIGIEUSE.

La Maison de Dieu, c'est la sainte Eglise; les cabinets du Roi, c'est la religion. Il y a vingt et un ans qu'il plut à sa Bonté de s'édifier un nouveau cabinet, pour nous y faire reposer et jouir en icelui de sa divine présence et de ses caresses célestes. Voyez-vous, mes filles, quand un roi a fait bâtir un J cabinet, dans un ancien château, il s'y plaît tellement que l'on dirait que c'est son séjour le plus agréable. Il le fait soudain remplir de mignardises, d'enrichissures, d'odeurs et de parfums, le faisant dépositaire des choses les plus précieuses qu'il

ait, et fait une faveur signalée à ceux qu'il y mène, et là il les entretient seul à seul continuellement avec la reine sa chère épouse Certes, le bon Sauveur Jésus, notre Roi souverain et notre Epoux très-adorable et très-aimable, en ces derniers siècles, a pris plaisir de s'édifier un nouveau cabinet, dans sa royale et sainte Maison, et c'est notre petit Institut, duquel il a pris un soin si amoureux, si paternel et si spécial, qu'il a bien fait voir que c'était une œuvre de sa main que cet édifice, lequel, à la vérité, il a enrichi de beaucoup de vertus ; et les odeurs qu'il a mises en ce cabinet se sont déjà exhalées en divers lieux, et ont grandement édifié et réjoui l'Eglise.

Nous n'étions, mes très-chères filles, que de pauvres et chétives créatures; néanmoins, Dieu, par un excès de bonté envers nous, nous a choisies pour ses épouses et nous a rendues reines. Il nous a tirées dans son cabinet avec des chaînes d'or, d'amour et de suavité ; ses délices seront d'être avec nous et de nous distribuer ses faveurs, si nous prenons réciproquement toutes nos délices d'être avec sa souveraine Bonté. Si nous sommes si heureuses que de ne chercher que cela, vous verrez que ses libéralités s'étendront plus loin qu'elles n'ont encore fait, et il fera sur nous une sainte profusion de ses faveurs qu'il ne communique qu'à ses épouses.

Mais, quand je parle des grâces et faveurs que Dieu communique à ses épouses, je ne veux pas que vous entendiez seulement les caresses intérieures qu'il donne souvent aux âmes religieuses ; mais bien plus faut-il entendre les croix, les mortifications et les souffrances, car ce sont là les vraies odeurs que nous devons suivre et qui nous doivent attirer.

Les odeurs qui nous doivent davantage allécher à la poursuite du vrai bien, sont celles que le Sauveur de nos âmes répandit sur le mont de Calvaire, et non pas celles du Thabor; car les unes sont plus constantes et efficaces que les autres. Oh ! quel bonheur et quel honneur à l'âme, épouse du Fils de

Dieu, de suivre son Epoux par la chemin où il a marché ! C'est la vraie joie de la fidèle épouse, de suivre son Bien-Aimé, soit cmmi le parterre fleuri des consolations savoureuses, soit au champ et au travail de l'action, soit au doux repos du midi sur la sacrée poitrine ; ou dans sa sainte et nuptiale couche, par une douce contemplation; ou sur la montagne dure, âpre, épineuse et amère de la myrrhe, je veux dire des dérélictions, ténèbres et amertumes qui arrivent quelquefois aux âmes les plus aimées de Dieu. Bienheureuses serons-nous, mes trèschères filles, si nous nous tenons fermement attachées à l'Epoux, ne sortant point du lieu où il nous a mises, en son cabinet, pour nous communiquer sa bonté et tout ce qui est de lui. Ne cherchons point d'autre passe-temps, d'autre repos, ni d'autre joie que celle-là, car aussi bien hors d'elle nous ne trouvons qu'ennemis, troubles, amertumes et tristesses.

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